Fusions télécoms en Europe : à qui le tour ?

 |   |  906  mots
Après le mexicain Carlos Slim, l'homme le plus riche du monde, entré au capital du néerlandais KPN et de Telekom Austria l'an dernier, c'est au tour du milliardaire hong-kongais Li Ka-Shing, et de son conglomérat Hutchison Whampoa, de discuter avec Telecom Italia pour devenir son actionnaire majoritaire. Et la rumeur court d'une opération conjointe des américains Verizon et AT&T sur le britannique Vodafone. Avec des cours de Bourse au plancher, les opérateurs télécoms européens deviennent des proies tentantes, voire faciles, pour leurs homologues étrangers. Qui sera le prochain? Le « Wall Street Journal » prêtait à AT&T début janvier de l'intérêt pour « un de ses homologues en Europe », notamment aux Pays-Bas, en Allemagne et au Royaume-Uni. Mais on parle aussi de fusion ou de partage de réseau entre Telefonica et KPN en Allemagne. La consolidation d'un marché européen encore très fragmenté, dont on parle déjà depuis plusieurs années, serait-elle en marche ?AT&T en embuscade ? « On ne peut pas comparer la démarche de Carlos Slim, qui n'était pas présent en Europe avant ses prises de participation dans KPN et Telekom Austria, avec celle de Hutchison, très implanté, qui apporterait un actif, son opérateur mobile « 3 », valorisé 1,5 à 2 milliards d'euros, dans son éventuelle fusion avec Telecom Italia », relève un analyste. Hutchison avait essayé l'an dernier de se renforcer en Irlande, mais son offre sur Eircom avait été rejetée. Quant à AT&T, « il a un vrai problème de riche, beaucoup de cash, dont il ne sait quoi faire, peu d'endettement, une capitalisation boursière colossale de plus de 200 milliards de dollars », c'est-à-dire 10 fois celle de France Télécom. Les opérateurs historiques ont-ils du souci à se faire ? « L'Etat français ne laissera jamais un acteur comme AT&T faire une OPA sur France Télécom [dont il possède 27% du capital NDLR]. Idem en Allemagne, où l'Etat contrôle 32% du capital de Deutsche Telekom », considère cet analyste. Le seul opérateur majeur que l'Américain pourrait s'offrir : Vodafone « dont personne ne se sent propriétaire et le gouvernement britannique ne dirait rien », pronostique ce bon connaisseur du secteur. D'où les rumeurs de la semaine passée : si Verizon a démenti « avoir actuellement l'intention de fusionner ou faire une offre sur Vodafone », son rival AT&T, avec lequel il aurait pu se partager les actifs (Verizon reprenant les parts de Vodafone dans sa filiale Verizon Wireless), ne s'est pas exprimé. Ironie de l'histoire, c'est AT&T qui avait essayé de racheter Telecom Italia il y a 5 ans. Mais il avait renoncé à son offre à 2 milliards d'euros en avril 2007 face aux pressions politiques contre la vente à un actionnaire étranger. « Vous, européens, préférez vous vendre à des Chinois ? » s'interroge, incrédule, un investisseur américain. Des synergies, mais le risque de se voir retoqué Face aux appétits des opérateurs étrangers, les grands acteurs européens seront-ils tentés de prendre les devants et de se rapprocher ? France Télécom et Deutsche Telekom ont déjà mis en commun leurs achats dans une co-entreprise, Buyin : aller plus loin serait compliqué avec les deux Etats actionnaires et obligerait à d'importantes cessions dans les pays où ils sont présents tous les deux (Roumanie, Slovaquie, Pologne). La tendance est plutôt aux acquisitions ciblées pour se renforcer sur un marché, le « cherry-picking », car les grandes opérations comme France Télécom/TeliaSonera, qui permettent d'être plus gros face aux géants américains, ne sont pas forcément comprises par les marchés financiers. Il se dit que Telefonica est vendeur de certaines participations, en République tchèque, en Irlande, que les actionnaires de l'opérateur mobile Play, le « Free » polonais, seraient prêts à le céder... Les difficultés rencontrées lors des dernières opérations incitent à une certaine prudence, au point d'éteindre toutes velléités ? « La Commission européenne ne nous empêche pas de fusionner deux opérateurs aux emprises géographiques disjointes », relève Elie Girard, directeur exécutif en charge de la stratégie et du développement chez France Télécom Orange. « Le vrai sujet concerne les fusions sur un même marché, qui peuvent générer des synergies importantes, quantifiables, mais la Commission et les autorités de la concurrence sont très regardantes. Il faut mesurer le coût de la consolidation : les concessions qui risquent d'être demandées, l'attention du management qui peut être détournée du business, l'énergie que l'on va consacrer au projet, etc. On l'a vu en Autriche, où la vente de notre filiale nous a pris un an, avec des remèdes imposés très sévères. Nous nous attachons désormais à bien prendre en compte dans nos offres ce type de coûts, comme nous sur l'espagnol Yoigo, qui a été finalement retiré de la vente. » Orange avait aussi été interdit de fusion en Suisse avec Sunrise en 2010 par l'autorité de la concurrence helvétique. Aux Etats-Unis aussi, les fusions peuvent être retoquées : AT&T n'avait pas pu se marier avec T-Mobile USA en 2011 et dû payer une indemnité de rupture de 4 milliards de dollars à Deutsche Telekom. Ce qui pourrait expliquer qu'il revienne chasser en Europe...  

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :