Chez Thales, les couteaux sont ressortis

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La CFDT demande le changement de Luc Vigneron
La CFDT demande "le changement" de Luc Vigneron
Après quelques mois de calme ou de résignation chez Thales - c'est selon l'appréciation -, la tension est montée de plusieurs crans en interne au sein du groupe électronique ces dernières semaines.

Le PDG du groupe, Luc Vigneron, qui était parvenu à apaiser le climat en interne, est en train de remettre l'entreprise sous tension à la suite de plusieurs décisions de cessions et délocalisation d'activités ainsi que de nouvelles restructurations, qui touchent plus particulièrement le management et les cadres dirigeants. Ce qui a fini par faire exploser la CFDT de Thales, d'habitude mesurée, qui a publié un tract très dur envers la politique de Luc Vigneron et intitulé "Quand le PDG de Thales va vers une 'Alcatelisation' du groupe et met en oeuvre la dictature de l'actionnariat". "Depuis son arrivée à la tête du groupe Thales, Luc Vigneron n'a eu de cesse de développer une politique de tension", écrit le syndicat.

Après avoir violemment critiqué le fonctionnement du groupe, ses résultats et sa stratégie, après s'être séparé de la très grande majorité des précédents dirigeants, après avoir instauré un système qui étouffe toute contestation au sein de son comité de direction et installé une politique de méfiance entre actuels dirigeants, il impulse "à un rythme de plus en plus rapide une politique d'instabilité touchant toutes les sociétés du groupe". Et de conclure, "cette situation devient insupportable".

Départ du directeur des ressources humaines ?

Que demande la CFDT Thales ? Ni plus, ni moins "le changement" de Luc Vigneron. La CFDT "veut que l'Etat assume pleinement son rôle d\'actionnaire en prenant les décisions qui s'imposent notamment dans le domaine du management de notre groupe". Car pour elle, la coupe est pleine. "Les dossiers s'empilent les après les autres" : cession de l'informatique de Thales Services Business Solutions (BUS), centralisation des activités fonctionnelles, le projet Socle qui menacerait 1.500 managers, le projet de vente de la radiologie ainsi que le transfert d\'activités TR6 (radars, ndlr) vers Singapour, un remaniement de la direction du groupe. Deux projets révélés par "La Tribune".

Les différents projets menés par la direction de Thales ont jeté de l\'huile sur le feu. Et pas seulement au sein des troupes. Conséquence de la prochaine réorganisation de la direction, qui devrait être annoncée le 24 ou 25 juillet par Luc Vigneron, le directeur des ressources humaines et de la communication, Loïc Mahé serait sur le départ, selon nos informations. Car cette nouvelle réorganisation mettrait tous les PDG des divisions, ainsi que la direction des ressources humaines, sous la coupe du directeur des opérations, Patrick Fournié, dont les pouvoirs seraient renforcés.

En outre, le départ des deux grands commerciaux de Thales, Alex Dorrian en charge de la zone A (Australie, Canada, Corée du sud, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, USA, Euripe du Nord et Europe centrale, Asie du Nord et Asie centrale, OTAN et Nations-Unies) et Blaise Jaeger en charge de la zone B (Allemagne, Italie, Espagne, Autriche, Suisse, Europe du sud, Singapour, Inde, Arabie saoudite, Asie du sud et du sud-est, Moyen-Orient, Amérique latine et Afrique) semble acquis. Ils pourraient être remplacés respectivement par Pascale Sourisse, actuellement en charge de la division C4I de défense et sécurité et par le PDG de Thales Alenia Space, Raynald Seznec. Eux-mêmes pourraient être remplacés par Jean-Loïc Galle, actuellement en charge de la division Opérations aériennes, et par Blaise Jaeger.

Laurent Fabius veut voir Luc Vigneron

Enfin, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, élu de la région de Rouen, a tenu à voir Luc Vigneron, selon plusieurs sources concordantes. Une date a même été arrêtée dans l\'agenda des deux hommes : le 19 juilllet. En dépit de deux démentis de Thales sur les menaces qui pèsent sur les emplois du site de Rouen-Ymare à la suite d\'un projet de délocalisation des radars civils révélé par "La Tribune", le ministre devrait demander quelques explications au PDG de Thales. Car, selon la CFDT Thales, "d'ores et déjà, la situation de Rouen-Ymare paraît être critique".

En tout cas, Luc Vigneron n'avait pas l'intention de reculer et devrait présenter son projet de réorganisation, assure-t-on en interne. Pourquoi une telle assurance alors que son actionnaire privé de référence, Dassault Aviation, est réellement inquiet des visées gouvernementales pour le marginaliser au sein de Thales ? Certains rapportent que le PDG du groupe d'électronique entretient de bonnes relations avec François Hollande depuis la restructuration du site de Nexter (alors Giat Industries) à Tulle. Le dossier, notamment les reclassements, avait été rondement mené par le PDG d'alors de Giat-Industries, un certain Luc Vigneron. Depuis, ce dernier entretient régulièrement le contact avec le Président de la république et les deux hommes se parleraient de temps en temps au téléphone. Du coup, Luc Vigneron estime, à tort ou à raison, qu\'il n\'est pas menacé. A suivre...

Dassault Aviation augmente ses droits de vote dans Thales

En revanche, une nouvelle crise chez Thales risque ne pas arranger les relations entre Dassault Aviation et le gouvernement aujourd'hui très fraîches, voire quasi inexistantes. Jeudi, l'avionneur a déclaré avoir franchi en hausse, le 9 juillet 2012, le seuil de 25 % des droits de vote de Thales. Il détient individuellement 52.531.431 actions Thales représentant 86.531.431 droits de vote, soit 25,96 % du capital et 29,33 % des droits de vote de cette société. Ce franchissement de seuil résulte de l'attribution de droits de vote double au déclarant portant sur une fraction de sa participation.Le concert formé entre le secteur public et Dassault Aviation n'a franchi aucun seuil. Il détient 107.318.085 actions Thales représentant 193.988.991 droits de vote, soit 53,04% du capital et 65,75% des droits de vote de la société.

Les membres du concert ont précisé que : "la participation du secteur public reste supérieure à celle de Dassault Aviation, laquelle est inférieure au seuil de l\'offre obligatoire. Le dispositif contractuel assurant la prédominance du secteur public au sein du concert n'a fait l\'objet d\'aucune modification". Enfin Dassault Aviation, dont la détention des actions Thales s'inscrit dans le cadre d\'une politique d'investissement industriel à long terme, a déclaré ne "pas avoir l\'intention de procéder à des acquisitions d\'actions supplémentaires de Thales, ni d\'acquérir seule son contrôle". Dans ce cadre, Dassault Aviation ne demandera pas de modification de la répartition du nombre d\'administrateurs.

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