À la recherche d'un nouvel ordre monétaire international

La Banque des règlements internationaux (BRI) l'a révélé le dernier jour du mois d'août : il s'échange désormais le record absolu de 4.000 milliards de dollars par jour sur le marché des changes. Un volume de transactions qui donne le vertige, ou le dollar, bien qu'en léger retrait, continue à régner en maître incontesté : le roi vert est impliqué dans 84,9 % des transactions mondiales de change, contre 86,8 % en 1998, l'année précédant le lancement de l'euro financier qui n'a jamais réussi à lui tailler des croupières puisqu'il n'est impliqué que dans 39,1 % des échanges. Telles étaient les révélations de l'enquête triennale de la banque centrale des banques centrales réalisée auprès de 53 instituts d'émission qui ont procédé à des relevés très précis concernant la taille et la structure de leurs marchés des changes nationaux.Sans complexes, c'est à la réforme du plus grand marché du monde que les grands argentiers de la planète voudraient s'attaquer. Un chantier pharaonique, dont Nicolas Sarkozy souhaiterait poser les premières pierres à l'occasion de la présidence française du G20 qui débutera pour un an le 12 novembre et à partir du 1er janvier 2011 celle du G8. Évitant, à la différence du forum de Davos, de se fourvoyer dans un projet de Bretton Woods II, qui n'avait guère eu d'écho, le locataire de l'Élysée ne s'en veut pas moins l'architecte d'une réforme en profondeur et « sans tabous » du système monétaire international, qui permettrait de mettre en place une structure de contrôle des fluctuations erratiques des taux de change. « Depuis les années 1970, nous vivons dans un non-système monétaire », déclarait-il fin août, en référence à l'abandon du système des taux de changes fixes basés sur la convertibilité du dollar en or qu'avaient mis en place les 44 pays réunis à Bretton Woods, aux États-Unis, en 1944.L'initiative unilatérale de Richard Nixon, le 15 août 1971, de rompre cette convertibilité avait précipité la planète dans l'ère des changes flottants, lui faisant subir les caprices du dollar, étalon monétaire élastique, que les multiples tentatives de réforme n'ont jamais réussi à dompter. Et pourtant, Nicolas Sarkozy s'est également déclaré favorable à un nouveau système qui réduirait la domination du dollar au profit de monnaies alternatives. Une réflexion à laquelle il souhaite associer la Chine, proposant même qu'une conférence sur cet enjeu se déroule sur son gigantesque territoire.une croisade surréalisteEt pour cause... C'est la Chine qui, à la fin de l'hiver 2009, avait lancé une croisade surréaliste visant à mettre fin à l'hégémonie du dollar comme monnaie de référence mondiale, ralliant à sa cause les autres Bric et bon nombre de grands pays émergents. Mais faut-il le rappeler?: la réforme du système monétaire international est à l'ordre du jour depuis qu'il existe et les pistes de réforme à explorer ne sont pas légion. Même la création historique de l'euro n'a pas mis un terme à la tyrannie du dollar sur le SMI. Parmi les autres pistes, l'étalon or a toujours ses nostalgiques et les récents achats de métal jaune de la Chine laissent penser qu'elle ne serait pas hostile à une référence à l'or. Les rapports de force, en revanche, brisent vite le rêve. Bon an, mal an, ce ne sont pas plus de 2.500 tonnes qui sont extraites chaque année. Et même si les banques centrales conservent jalousement dans leurs coffres le quart de l'or jamais extrait dans le monde, soit 30.000 tonnes, ce stock n'est rien au regard des volumes qui s'échangent sur le marché des changes. L'or apparaît bien comme la « relique barbare » que dénonçait John Maynard Keynes.Le recours au DTS est lui aussi fréquemment évoqué. Mais cette unité de compte du FMI n'a qu'un des attributs d'une monnaie. Elle peut figurer dans les réserves de changes mais ne fait pas l'objet de facturations, de transactions et n'est pas un vecteur d'émissions internationales.Quant à trouver des substituts au dollar, ils n'ont, pour les protagonistes potentiels, que des inconvénients. Ni le Japon, ni la zone euro n'ont jamais mis en avant leurs propres monnaies, sachant qu'une internationalisation en accroîtrait fortement la demande, provoquant, dans une première étape en tout cas, une forte appréciation de leurs cours. À terme, le yuan pourrait certes jouer un rôle, surtout si la Chine fait front commun avec ses partenaires asiatiques. Mais, pour l'heure, il n'est même pas convertible. En quête du Graal monétaire, le G20 pourrait devoir se contenter d'étendre les pouvoirs de gendarmes monétaires qu'il avait conférés d'abord au G5 en 1985, puis au G7 dès 1987. Isabelle Croizard, journaliste au service Marchés de « La Tribune »

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