La ruée vers le « cloud computing » a commencé

Lorsque Dell lance une OPA amicale sur le spécialiste du stockage de données haut de gamme 3PAR, tout le monde applaudit. Nous sommes à la mi-août 2010. Dell propose une somme rondelette de 1,15 milliard de dollars pour une société dont le chiffre d'affaires est inférieur à 200 millions de dollars... mais qui compte quelques beaux comptes clients. Avec cette acquisition, pensent les analystes, Dell peut renforcer sa branche « stockage de données » et positionner son offre sur le segment de marché du « cloud computing » (« informatique dans les nuages »).Oui, mais voilà, HP pense exactement la même chose. La branche stockage de HP est dirigée par Dave Donatelli, un ancien d'EMC, le leader de la spécialité. Il a déjà pris contact avec 3PAR mais Dell a tiré le premier. Qu'importe. HP surenchérit sur l'offre de Dell et propose un tiers de plus, soit 24 dollars par action 3PAR (1,5 milliard de dollars). Dell revient à la charge et offre 30 cents de mieux (24,30 dollars). HP surenchérit encore de 2,70 dollars (27 dollars par titre 3PAR). Selon les termes négociés par Dell avec le conseil d'administration de 3PAR, Dell peut égaler n'importe quelle offre supérieure à la sienne. Ce qu'il fait le 27 août en proposant lui aussi 27 dollars par titre. Quatre-vingt-dix minutes plus tard, HP passe à 30 dollars par action?!Wall Street, qui a remarqué l'accélération des intentions, porte le titre 3PAR à plus de 31 dollars, espérant que Dell va encore surenchérir. Bien vu, car Dell offre 32 dollars. Et finalement, HP l'emporte le 2 septembre avec 33 dollars par action 3PAR, soit en comptant les stock-options des employés de 3PAR, un prix total de 2,35 milliards de dollars.Est-ce bien raisonnable?? Il est trop tôt pour répondre à cette question mais, avec un cash-flow annuel de 8 milliards de dollars par an, HP n'aura pas de mal à absorber cette acquisition. En revanche, la bataille boursière illustre bien l'attirance des acteurs de l'informatique pour le concept du « cloud computing ». Globalement, il s'agit de mieux utiliser les ressources informatiques disponibles, qu'elles soient situées dans le centre de données d'une grande entreprise ou dans un centre informatique distant.Depuis quelques années, une technique, la virtualisation des serveurs, a creusé les fondations du « cloud computing ». Au lieu d'associer un serveur à une application (paie, comptabilité, logistique, relation client, commandes, expéditions), on utilise un seul serveur, généralement puissant, pour faire tourner plusieurs applications. Les bénéfices de cette technique sont multiples. Avec un seul serveur, on réduit les coûts de maintenance et le montant des investissements. Par ailleurs, un serveur, même puissant, consomme moins d'électricité, notamment en climatisation, qu'une grappe de serveurs plus petits. La virtualisation des serveurs est un des piliers du mouvement « green computing », l'informatique verte. Quatre grands acteurs sont présents sur ce segment de marché?: VMware, le poids lourd du secteur avec 2,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires attendu cette année, Microsoft, venu tard sur ce segment de marché mais qui a les moyens de s'y imposer, Citrix, spécialiste de la performance des applications et Red Hat, le spécialiste du système d'exploitation Linux. Témoin de l'importance de la virtualisation, on a installé l'année dernière plus de serveurs virtualisés que de serveurs classiques et l'écart devrait encore se creuser.Cependant, si la branche virtualisation du « cloud computing » est bien maîtrisée, il existe encore beaucoup de travail à faire du côté des données. Et il y a urgence car la masse de données créées sur la planète ne cesse de croître. « Dans l'entreprise, la croissance annuelle des données est de l'ordre de 40 % à 50 % », explique Jean-Yves Pronier, directeur marketing d'EMC. « Il y a trois ou quatre ans, l'essentiel du volume de données était généré par l'entreprise. Depuis 2007, il y a un bouleversement puisque le particulier est devenu le principal générateur de données. » L'utilisation de sites comme Youtube et des réseaux sociaux (Facebook, LinkedIn, Viadeo) accroît considérablement le besoin de stockage de données. Selon une étude réalisée par IDC, l'humanité va créer cette année 1.200 exaoctets, ou 1,2 zettaoctets, « zetta » désignant 10 à la puissance 21 ou mille milliards de milliards. « Le terme zettaoctet figurait dans les bouquins de physique mais on ne l'utilisait jamais dans la réalité, note Jean-Yves Pronier. Et cela va continuer. On estime qu'en 2020, ce volume sera passé à 35,2 zettaoctets. C'est considérable. »De fait, le stockage traditionnel ne suffit plus à éponger ce tsunami. Pour l'endiguer, Il faut essayer de ne conserver que les bonnes données grâce à la déduplication de données. Cette technique consiste à ne conserver qu'un exemplaire de données « maître », évitant ainsi de remplir les disques durs de stockage avec de multiples copies. L'année dernière, EMC a racheté Data Domain, le spécialiste de la chose, pour 2,1 milliards de dollars. EMC l'avait emporté sur son concurrent NetApp. Cependant, pour que les data centers puissent respirer, les analystes suggèrent de décharger les données excédentaires vers le « cloud computing » (on parle alors de « cloud storage »). Selon une étude de Gartner, le stockage de données dans le « cloud » représentera un volume d'affaires de 5,8 milliards de dollars en 2013.« Le phénomène du ?cloud computing? n'est pas uniquement américain et européen, explique Jean-Pierre Brulard, président de VMware Europe. Il est mondial car il permet d'offrir de la flexibilité et de l'élasticité aux directions informatiques. » VMware vient de conclure un accord d'équipement avec la SSII Steria pour son offre de « cloud computing » dont une solution de puissance informatique à la demande. Il devrait bientôt en annoncer un autre avec Orange Business Services. Et peu à peu, les propositions de « cloud computing » se mettent en place sur la planète. Les grandes SSII comme Capgemini, Atos et Accenture veulent y participer. Pascal BoulardLa bataille boursière de l'été entre Dell et HP pour s'offrir 3PAR, spécialiste du stockage, illustre l'appétence pour « l'informatique dans les nuages », c'est-à-dire mutualisée et délocalisée. Enjeu : se positionner sur un segment de marché en plein boom.

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