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L'Islande, un an après le tsunami financier

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Publié le 16 septembre 2009 à 00:03 - Mis à jour le 16 septembre 2009 à 00:03

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Le ministre reçoit au Te & Kaffi, un improbable café près du port de Reykjavik. C'est tout ce qui reste de l'immense boutique de meubles design, sise dans une ancienne usine de conserves de poissons : un petit coin restauration orné de lampions en forme de croix rouges très chics. Faute de consommateurs fortunés, l'espace vente a dû fermer. Depuis la crise d'octobre dernier, [qui a vu les trois principales banques du pays nationalisées pour cause de faillite], l'île, contrainte de demander plus de 5 milliards de dollars d'aide au Fonds monétaire international, cherche à rebondir. Si l'Union européenne, à laquelle ils souhaitent désormais adhérer, leur paraît un gage de stabilité pour leur monnaie et de sécurité pour l'avenir de leur économie, les Islandais entendent également trouver chez eux les ressorts nécessaires pour sortir du marasme. Installé à l'une des tables du Te & Kaffi, Gudjon Mar Gudjonsson expose ses idées. C'est d'ailleurs le titre qu'il s'est choisi : « ministre des Idées » ! Évidemment, il ne fait pas officiellement partie du gouvernement associant la gauche et les Verts qui a remplacé l'équipe précédente renversée par le tsunami financier. Mais ce blondinet de 37 ans n'est ni un farceur ni un doux rêveur. C'est un businessman, qui a créé plusieurs sociétés. Il a revendu l'une d'elles, avec un joli profit, à Nokia l'an dernier. « Je veux participer à la renaissance de l'Islande », professe-t-il. Pour cela, il a lancé une initiative citoyenne ? « le ministère des Idées » ? au début de cette année. Brainstorming tous les samedis matin, Parlement fictif pour élaborer des projets de lois qui iraient dans le sens d'une nouvelle vision de l'Islande, discussions avec de (vrais) ministres, lettres au G20 : il ne néglige rien pour faire avancer son plan de renaissance. Il faut, selon lui, changer le modèle de croissance économique de l'île, pour le rendre plus durable. Finie la finance : profitant de l'argent disponible sur le marché mondial, les banquiers islandais ont emprunté et prêté à tout-va ? avant que le credit crunch ne les fauche, laissant toute l'économie de l'île pantelante. Reste la pêche, qui représente près de 40 % des exportations. Mais l'activité pourrait être menacée par une adhésion à l'Union, si les pêcheurs du reste de l'Europe venaient à se servir dans les eaux territoriales islandaises. Reste également l'aluminium. Alimentées par l'énergie bon marché, tirée de la géothermie (à cheval sur la faille qui sépare l'Eurasie et l'Amérique du Nord, l'île compte de nombreux volcans et geysers, qui fournissent de l'électricité), les premières fonderies sont apparues dans les années 1970. Alcoa et Rio Tinto Alcan ont toutes deux des opérations sur place. « J'ai manifesté il y a déjà dix ans aux côtés de la chanteuse Björk contre cette industrie, qui pollue, siphonne notre énergie, et défigure le paysage », précise d'emblée le ministre des Idées. L'aluminium n'est donc pas la solution. Pour le renouveau du pays, c'est sur l'innovation que Gudjon mise. Cela va d'une évolution du parc automobile qui passerait au tout-électrique, jusqu'à la mise en ?uvre de projets dans le domaine des technologies propres, des bio et des nanotechnologies, en passant par celles de l'information. Selon lui, l'Islande est l'endroit idéal pour réussir le pari. L'île, qui compte autant d'habitants (320.000) que l'agglomération stéphanoise, pourrait même servir de minilaboratoire pour le reste du monde industrialisé, en mal d'un nouveau modèle de croissance.Mais pour innover, il faut de l'argent. Or l'île n'en a pas. Elle ploie sous un déficit budgétaire atteignant 13 % de sa richesse et une dette publique qui devrait s'élever à 120 % du PIB cette année. « Nous devons attirer les investisseurs », explique Gudjon Mar Gudjonsson, qui chiffre son plan de renaissance à 200 milliards de couronnes islandaises, soit près de 1 milliard d'euros. « C'est ce qu'a coûté la mise en place d'une seule fonderie d'aluminium », précise-t-il, pour relativiser les besoins. Ceux qui se sont brûlé les ailes avec la bulle islandaise ne sont sans doute pas disposés à prendre de nouveaux risques. Qu'à cela ne tienne, Gudjon est allé voir du côté de la Silicon Valley. Il a déjà pris langue avec les champions californiens du capital-risque, tels que Kleiner Perkins Caufield & Byers (dont le patron, John Doerr, a été consulté par l'administration Obama pour sa stratégie en matière d'économie verte), Sequoia Capital, North Bridge Venture Partners et Benchmark Capital. Mais même si ces spécialistes sauraient gérer un fonds voué à l'innovation, le compte n'y serait pas. Il faudrait donc faire appel à l'épargne. Pas celle des Islandais, déraisonnablement endettés en devises étrangères pour acheter leur appartement et leur 4 × 4. Selon les données officielles, un ménage sur six doit aujourd'hui faire face à des remboursements correspondant à plus de 60 % de ses revenus nets. C'est vers les étrangers que le ministre des Idées se tourne. « Les détenteurs d'obligations ?glacier? ? très populaires du temps de la splendeur économique ? sont coincés », fait-il valoir. De fait, le papier, détenu par des étrangers qui ont acheté les bons émis par les banques islandaises en Allemagne ou au Japon, représente des montants de l'ordre de 500 milliards de couronnes (2,75 milliards d'euros soit un quart du PIB du pays). Or il est bloqué. En raison des restrictions mises en place par le gouvernement sur les mouvements de capitaux au moment de la crise, les détenteurs, des institutionnels pour la plupart, ne peuvent l'échanger contre des obligations libellées dans d'autres devises. Reste donc à les convaincre de convertir ces bons « glacier » en parts du fonds pour la renaissance de l'île. Des parts qui bénéficieraient de la note AAA, puisqu'elles seraient garanties par la Banque mondiale et la Nordic Investment Bank. Le « ministre » a pensé à tout. L'argent viendrait abonder le fonds et irriguer les projets innovateurs. « Nous avons déjà proposé ce schéma au gouvernement, qui a promis de l'étudier, rapporte Gudjon Mar Gudjonsson, mais pour l'instant, il est trop occupé à gérer la crise. » Les autorités ont également accepté de réfléchir à une autre proposition du ministre des Idées, celle d'offrir des réductions d'impôts à tous ceux, étrangers ou Islandais, qui investiraient dans l'innovation. Mais la coalition de gauche semble réfractaire aux baisses d'impôts, regrette l'homme d'affaires qui veut sauver l'île. Ce qui ne l'empêche pas de faire d'autres suggestions, comme celle d'instaurer un système de rémunération plus flexible, « à base de stock-options pour les salariés, comme dans la Silicon Valley », explique-t-il. Le chemin de la reprise sera sans doute long. Mais dans les locaux désertés de l'ancienne boutique de meubles design, de jeunes diplômés, dont le talent était autrefois happé par le secteur bancaire, s'affairent déjà autour de projets high-tech. Kari, Gunnar et les autres ont mis au point un système d'« écoute » des blogs. « À l'heure actuelle, les gens se renseignent sérieusement avant d'acheter. Nous étudions ce que disent les consommateurs sur certains produits. Ces informations peuvent être très utiles aux fabricants eux-mêmes », explique Kari. Le petit groupe espère bien vendre son procédé informatique à des entreprises étrangères et participer à sa façon au renouveau économique du pays. « La population islandaise est jeune, diplômée, et a l'esprit d'entreprise », résume d'ailleurs Olafur Isleifsson, professeur d'économie à l'université de Reykjavik. Cet ancien haut fonctionnaire à la banque centrale d'Islande n'en doute pas : « Nous allons encore souffrir, mais nous sommes assez riches pour encaisser le coup. Et nous allons nous en sortir, c'est sûr. » nL'adhésion à l'Union européenne est redoutée par les pêcheurs islandais dont l'activité pèse 40 % de l'économie nationale.

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