Tension au sommet entre Paris et Bruxelles

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Paris n'entend pas calmer le jeu dans l'affrontement avec la Commission européenne, sur le dossier des Roms. Nicolas Sarkozy a affirmé mercredi « qu'il était scandaleux que l'Europe s'exprime de cette façon sur ce que fait la France », indique le sénateur UMP Bruno Sido. Dans la soirée, le Premier ministre François Fillon devait se rendre à Bruxelles au dîner du Parti populaire européen (PPE) pour « défendre et expliquer la position » de Paris. Cette controverse entre Paris et Bruxelles a valeur de test pour la Commission européenne, jusqu'ici réputée être à la solde des puissants états membres, et au delà sur le rapport de la France à l'Europe.Le gouvernement français est allé trop loin dans la provocation, et la Commission, « poussée à bout », « joue sa crédibilité » dans cette affaire, explique une source interne. D'abord gêné par la sortie fracassante de sa vice-présidente, Viviane Reding, le président de la Commission, José Manuel Barroso lui a finalement apporté mercredi son soutien « personnel », prenant toutefois ses distances avec le parallèle fait par elle entre les mesures françaises et les déportations sous Vichy. La Commission va maintenant lancer une procédure d'infraction contre la politique de la France à l'égard des Roms.Jusqu'ici pourtant, la Commission a toujours été prudente dans sa relation avec les états membres, particulièrement avec la France. Elle n'a jamais été « embêtante », se contentant de « faire son boulot, avec doigté », principalement sur les questions économiques et les dossiers de concurrence. Une docilité qui lui a même valu d'être qualifiée de simple « secrétariat du Conseil », surtout durant la présidence française. Personne, à Bruxelles ou à Paris, n'imaginait que la Commission, très en retrait depuis le début de la polémique autour des Roms, oserait « monter au créneau » face à la France. Mais Viviane Reding n'a pas supporté que Pierre Lellouche, secrétaire d'état aux Affaires européennes, présentant la France comme un « grand pays souverain » n'ayant aucune leçon à recevoir de Bruxelles, aille jusqu'à contester le rôle de « gardienne des traités » de la Commission. Face à une telle attitude, même l'Allemagne a appuyé la Commission, tenant à rappeler que le droit de libre circulation au sein de l'UE « est inconditionnel ».Mais au delà de cet affrontement entre Paris et la Commission, c'est le rapport de la France à l'Union européenne (UE) qui reste problématique, comme l'avait montré le rejet de la constitution européenne lors du référendum de mai 2005. En 2007, l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence du pays avait débloqué la situation et marqué « le retour de la France en Europe », rassurant ceux qui doutaient de la réelle volonté dans l'Hexagone de poursuivre la construction européenne. Du point de vue de la méthode, ce retour europhile à l'Elysée s'est d'ailleurs effectué sans se priver de bousculer les dogmes européens en matière de concurrence, de déficits excessifs ou de marché intérieur. Voyant l'UE comme un multiplicateur de puissance pour la France, Nicolas Sarkozy a souvent enjoint l'Europe à « faire de la politique ». Mais, les rares fois où il a été entendu, ce fut par les eurodéputés et en sa défaveur, comme lors du vote anti-Hadopi ou encore la récente résolution appelant à cesser les expulsions de Roms.C'est surtout la crise grecque, qui aura nécessité plusieurs mois de négociations pour trouver une solution européenne et soumis le projet politique européen, notamment son centre, la zone euro, a des forces centripètes dangereuses. En acceptant la mise en place d'un mécanisme d'aide de 750 milliards d'euros pour venir en aide à un état membre menacé de faillite, l'Allemagne, son premier contributeur, a exigé que désormais il y ait des sanctions économiques et politiques à l'égard des états-membres qui ne respecteraient pas les règles qui régissent l'UE. Dans un contexte de déprime économique, la France, qui s'apprête à prendre la présidence du G20 et compte sur l'appui européen pour imposer son agenda, a tout intérêt à jouer plus collectif.

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