Benoît Hamon persiste et signe

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Le 7 octobre, le ciel lui est tombé sur la tête. Ce matin-là, Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, répond à l'Agence France Presse qui l'interroge sur un livre publié il y a quatre ans par Frédéric Mitterrand. Dans « la Mauvaise Vie », le neveu du premier président socialiste de la Ve République, revendiquant sans fard son homosexualité, raconte, sous une forme romancée, une expérience de tourisme sexuel en Thaïlande. Lorsque Nicolas Sarkozy propose en juin à Frédéric Mitterrand de devenir ministre de la Culture, au nom d'une habile ouverture « patronymique », les deux hommes ont largement évoqué cet ouvrage que le président a lu lors de sa sortie.Benoît Hamon n'ignore rien de l'origine de la polémique. La veille, Marine Le Pen a brandi ce roman autobiographique comme une arme anti-Sarkozy en en citant quelques lignes qui font mouche dans l'opinion. « Je trouve choquant qu'un homme puisse justifier, à l'abri d'un récit littéraire, le tourisme sexuel », déclare le porte-parole du PS à l'AFP. « Au moment où la France s'est engagée avec la Thaïlande pour lutter contre ce fléau qu'est le tourisme sexuel, voilà un ministre du gouvernement qui explique qu'il est lui-même consommateur », souligne-t-il avant de rappeler sa dénonciation du soutien apporté par le ministre de la Culture à Roman Polanski.« Et là j'en ai pris plein la gueule ! J'ai tout entendu : homophobe, pétainiste? » constate aujourd'hui, non sans amertume, Benoît Hamon. À l'en croire, il ne s'attendait pas à une telle volée de bois vert : « Je suis heureux d'avoir réconcilié Bernard-Henri Lévy et Jean-Luc Mélenchon, Éric Besson et Julien Dray. » De fait, dans les quotidiens les plus influents auprès de l'électorat socialiste, les plumes se déchaînent. Bernard-Henri Lévy l'accuse, dans une tribune de « Libération », d'être le chef de file d'une « nouvelle brigade des m?urs » et le tenant d'un « ordre moral » que n'oseraient plus défendre aujourd'hui que les Marine Le Pen ou « les Pères et les Mères la Pudeur » comme Christine Boutin ou Philippe de Villiers. À la une du « Monde », le directeur de la rédaction, Éric Fottorino, fustige, lui, « une chasse à l'homme ». La controverse enfle. Sur Europe 1, l'animateur Pierre-Louis Basse, écrivain engagé à gauche, envoie « une énorme bise » à Frédéric Mitterrand. « On commence par s'en prendre à un roman, ?la Mauvaise Vie?, et on finit par brûler les livres de Gide, Thomas Mann ou Marcel Proust. Et qu'une petite gauche emboîte le pas au FN, amoureux transi de la France de Doriot, ça fait quand même peur », lance-t-il à l'antenne. Même le ministre de l'Immigration, Éric Besson, qui a pourtant franchi de manière spectaculaire la frontière entre gauche et droite en pleine campagne présidentielle de 2007, se paye le luxe d'ironiser sur le nouveau « porte-parole du Front national ». Et parle de « régression redoutable ».Plus grave, les critiques pleuvent au sein même du PS. Pour Harlem Désir, principal lieutenant de Bertrand Delanoë, « tous les coups ne sont pas permis et la bataille politique, pour la gauche, n'est pas la chasse à l'homme ». « Par son histoire et ses valeurs, la gauche s'honore de ne pas verser dans le populisme et de ne pas relayer n'importe quelle campagne lancée par n'importe qui, au prétexte qu'elle vise nos adversaires politiques », assène l'ancien président de SOS-Racisme. Julien Dray, ancien porte-parole du PS, rappelle pour sa part Benoît Hamon aux devoirs de sa charge. « On n'a pas que des droits, et pas simplement le droit à la parole. On a le droit de représenter tout le Parti socialiste. [?] On doit faire attention d'être vraiment au point de convergence de toutes les opinions du Parti socialiste et de les rassembler », affirme le député de l'Essonne, qui a peu goûté le manque de solidarité de ses pairs lors de ses tracas judiciaires. Même Bruno Julliard, pourtant allié de Benoît Hamon, parle d'une « erreur politique ». Benoît Hamon, lui, estime qu'on se méprend sur ses intentions : « J'ai parlé après Marine Le Pen d'accord, mais, que je sache, je ne l'ai pas entendue dénoncer l'exploitation sociale, sexuelle des prostitués, hétéros ou homos, en Thaïlande ! Le plus dur à vivre cette semaine, ça a sans aucun doute été comment Frédéric Mitterrand a lui-même utilisé l'amalgame entre homosexualité et pédophilie en me montrant du doigt. C'est juste ignoble. Je n'en ai jamais parlé. On me fait porter un costume inacceptable. » Mais le mal est fait. Cette nouvelle tempête médiatique fragilise un peu plus le navire socialiste, qui tangue sans fin depuis le désastreux congrès de Reims de novembre 2008. Des voix s'élèvent pour s'interroger sur le maintien de Benoît Hamon à son poste. Seuls les « quadras », Arnaud Montebourg et Manuel Valls, apportent leur soutien au porte-parole.Des socialistes se demandent si Benoît Hamon a agi avec spontanéité ou par simple calcul politique. Une militante parisienne dresse un parallèle entre le PS et le Parti communiste. « Quand le rapport Khrouchtchev est sorti en 1956, évidemment cela embarrassait la direction. Alors Jeannette Thorez-Vermeersch a lancé un débat sur la contraception qui privait les prolétaires de leur seule richesse, leurs enfants. Évidemment, les intellectuels se sont engouffrés dans le débat et on n'a plus parlé du rapport Khrouchtchev ! »Un élu de banlieue émet l'hypothèse que le porte-parole du parti a voulu « forcer la main » de la direction pour imposer une « ligne générationnelle, radicale et morale ». Il cite à l'appui de sa démonstration le blog de Pascal Cherki, un proche de Benoît Hamon, qui fustige « les bien-pensants [?] coupés du peuple ».« Rien n'était prémédité, programm頻, réplique l'intéressé en soulignant qu'il a aussi été soutenu par Henri Emmanuelli? « qui n'est pas un quadra ».Mais pour le porte-parole du PS, « l'affaire laissera des traces en raison d'une fracture horizontale entre la base et le sommet ». Il établit d'ailleurs une comparaison avec son combat passé pour le « non » au référendum sur la Constitution européenne de mai 2005. Pas question donc, à l'entendre, de clore le débat autour de la présence de Frédéric Mitterrand dans le dispositif Sarkozy : « Ce n'est pas moi mais lui qui est dans un gouvernement reprenant mot pour mot le programme du FN sur l'immigration. » À la tête du PS, Martine Aubry a pour sa part choisi de conforter celui qu'elle connaît depuis qu'il a été son conseiller technique au ministère de l'Emploi de 1997 à 2000. « Benoît Hamon a pu avoir une réaction de sensibilité, comme tous les Français qui liraient ce livre », affirme la première secrétaire du PS en soulignant qu'on « ne peut pas faire d'amalgame » entre lui et l'extrême droite.Mardi, avant le bureau national, Martine Aubry, qui sait que « hamonistes » et « delanoïstes » sont prêts à une explication musclée, fait acte d'autorité. Elle appelle chaque camp à la raison : « Nicolas Sarkozy perd pied : dans nos comportements collectifs, il faut veiller à ne pas lui offrir des armes. »Ironie de l'histoire, presque déstabilisé par la polémique autour du neveu de François Mitterrand, Benoît Hamon est sauvé par la tempête suscitée par la probable nomination du fils de Nicolas Sarkozy, Jean, à la tête de l'établissement public qui gère le quartier de La Défense.Mercredi, Benoît Hamon a donné son premier cours à l'université Paris VIII de Saint-Denis. Un cours d'économie sur le Fonds monétaire international. D'autres suivront sur l'OMC et sur la crise. Le porte-parole du PS ne dispose d'aucun mandat électif après la défaite de son parti aux européennes de juin. Il a dû aménager son temps entre activité salariée et action politique. Benoît Hamon compte bien rebondir lors des régionales de mars. Il espère être l'un des chefs de file de la campagne en Île-de-France. Et mesurer ainsi par l'onction du suffrage universel, si les électeurs socialistes approuvent le parler vrai du porte-parole. n« Ce n'est pas moi mais lui qui est dans un gouvernement reprenant mot pour mot le programme du FN sur l'immigration. »

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