La chronique du jour : "La force du rituel"

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Les anthropologues ont montré combien la cohésion dans les sociétés non occidentales et traditionnelles dépendait de l\'obligation de respecter certains rituels. En fait, il en est de même dans les sociétés modernes. Il suffit d\'avoir suivi avec un regard distancé la conférence de presse du président de la république François Hollande - une véritable messe républicaine - pour s\'en convaincre.Si, finalement, on n\'a pas appris grand-chose en matière de décisions concrètes quant à l\'avenir de la France, sinon à la marge et en glosant beaucoup, c\'est que l\'essentiel d\'un tel rituel ne se tient pas tant sur le fond que sur la forme. Sa fonction est de montrer que la situation est sous contrôle, que la vie suit son cours normal. Car après les propos contradictoires qu\'ont pu tenir les ministres, dont le Premier d\'entre eux, et les « fuites » d\'un rapport Gallois qui préconisent des réformes audacieuses, François Hollande se devait de montrer qu\'il maîtrisait sinon la situation, du moins le discours sur celle-ci.Or grâce à une rhétorique parfaite qui permet à chacun de trouver une raison de se rassurer, il a réussi l\'épreuve en montrant qu\'il y a bien quelqu\'un aux commandes, qu\'il jouait pleinement son rôle. Et même si certaines indications ont été précisées - 60 milliards d\'économie à réaliser dans la dépense publique tout de même ! -, le fait que le président n\'ait pas été mis en défaut sur la forme lui permet l\'espace d\'un moment de faire oublier qu\'en l\'état de la conjoncture l\'objectif promis de ramener le déficit public sous les 3% du PIB en 2013 relevait de la mission impossible.Si le rituel à la française garde un charme très Grand Siècle, tout autre est celui auquel se plie le parti communiste chinois, qui vient de clore son congrès, le 18e, qui va voir l\'arrivée d\'une nouvelle génération de dirigeants. Là aussi, les formes comptent, l\'image de cohésion du parti communiste qui s\'occupe des affaires du pays prime sur tout autre considération.Après les rebondissements du scandale Bo Xilai, qui ont montré combien la lutte pour le pouvoir était impitoyable au sein de l\'appareil, le parti doit faire preuve d\'unité, d\'humilité, être au service du peuple, selon la rhétorique marxiste-léniniste, alors que la corruption est galopante et les inégalités sociales de plus en plus criantes. Ces leaders aux impeccables costumes noirs qui défilent à la tribune égrenant des discours d\'une voie monocorde y contribuent.Bref, tout à l\'air de fonctionner normalement, voire jusqu\'à l\'ennui, le rituel culminant avec la composition du comité permanent du bureau politique, cette direction collégiale de 7 membres qui, réunie autour du nouveau maître Xi Jinping, va diriger la deuxième économie mondiale. Le parti communiste contrôle tout, du moins il en donne l\'impression le temps d\'un congrès, car pour le reste les problèmes restant à résoudre demeurent plus que jamais dans une société chinoise de plus en plus bouillonnante.Est-ce à dire que l\'observation du rituel sert uniquement à renforcer le pouvoir. Pas sûr. Au cours de la journée de mercredi des milliers de personnes ont défilé pour protester contre les politiques d\'austérité et la hausse du chômage en Espagne, au Portugal, en Italie, en Grèce, en France et en Allemagne. Le fait de marcher dans les rues en exprimant son mécontentement sous la forme de slogans écrits et criés pourrait passer aux yeux d\'un martien pour une étrange démarche. C\'est dans ce cas aussi un rituel qui sert de contre-pouvoir.Finalement, n\'en déplaise à ses critiques, le rituel n\'a peut-être qu\'une seule fonction, celle de conjurer la violence en mettant en scène selon certains codes la confrontation du pouvoir et des individus. C\'est pour cette raison qu\'il est fondamental.

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