La France jugée par des leaders : un pays qui décroche

Quand on est bourré d'atouts et qu'on décroche, forcément on s'interroge. Ainsi en va-t-il de la France qui cherche à comprendre les raisons de sa croissance anémique et de son déclin relatif. Rien de tel pour cela que d'écouter ce que les leaders en puissance, formés aux « meilleures pratiques » mondiales, ont à dire de ce pays de paradoxes, tiraillé entre des champions du privé ultra performants et des acteurs publics trop lents à se réformer. C'est la démarche qu'ont entrepris les organisateurs de la cinquième édition des Etats de la France qui se tient aujourd'hui au Sénat, une manifestation créée pour défendre l'image de la France auprès des investisseurs étrangers, avec l'aide de l'Insead qui a sondé 700 candidats au MBA. Un modèle dépasséAlors que disent-ils de la France ? Au fond, rien de très inattendu. Qu'ils l'aiment, qu'ils aimeraient y vivre pour jouir de ses douceurs, mais qu'ils ne lui voient pas un avenir de grande puissance. Ils jugent le fameux « modèle français » ringard à souhait, une de ces lubies hors d'âge et inadaptée à la globalisation qui, d'ici 2020, nous conduira tout droit au statut de puissance moyenne. Une vision qui confirme la mécanique de décrochage aujourd'hui en marche, même si la France a mieux résisté à la crise que d'autres pays matures : depuis dix ans, la croissance du PIB par tête n'a pas dépassé 1,2 % l'an en France, contre 1,6 % aux Etats-Unis et autant au Royaume-Uni. « Ces quelques dixièmes de points de croissance qui manquent à la France se traduisent par un manque à gagner qui se chiffre en centaines de milliards d'euros et par un effroyable chômage des jeunes. Et tout cela est irrattrapable », relève le coordinateur de l'étude, Ludo Van der Heyden, de l'Insead. Alors, malgré la deuxième plus forte productivité par heure de travail, les étrangers investissent beaucoup moins en France que les Français à l'étranger : en 2009, le déficit a même encore atteint 87 milliards en 2009, après 100 milliards en 2008 ! Il y a quinze ans, c'était encore la ruée des étrangers. Tout ceci est d'autant plus inquiétant qu'il y a un phénomène nouveau que l'Insead a décelé : jusque-là réputés très qualifiés, les managers français voient leurs qualités professionnelles et leur capacité à innover reculer. En un mot, la France est devenue un « leader à risque ». Valérie Segond

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