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2010 : la reprise est bien là

La Tribune

Publié le 16 décembre 2009 à 00:43 - Mis à jour le 16 décembre 2009 à 00:43

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2010 et 2009 sont comme Docteur Jekyll et Mister Hyde. L'une nous a plongés dans les abîmes de la crise, l'autre va nous apporter les réconforts de la reprise. L'une et l'autre ont été sous-estimées. Il y a un an, la plupart des observateurs n'avaient pas anticipé la gravité de la récession qui pointait. Et aujourd'hui, l'on mésestime probablement la vigueur du rebond qui est à l'?uvre.Cette renaissance s'explique en partie par la plus grosse opération de relance de tous les temps?: des centaines de milliards de dollars ont été injectés en Amérique, en Asie et en Europe, tandis que les taux d'intérêt sont tout près de zéro. Elle a aussi une cause mécanique, l'effet « saut à l'élastique »?: sous l'empire de la panique mondiale qui a suivi l'effondrement de la banque américaine Lehman Brothers, en septembre 2008, les entreprises ont réduit drastiquement leur production. Il leur faut aujourd'hui regarnir leurs armoires, car la demande finale ne s'est pas effondrée autant qu'elle l'avait redouté?: malgré le chômage, malgré la chute des prix immobiliers, la consommation s'est maintenue, et cela partout sur la planète. Du coup, la production industrielle reprend, dans tous les pays, avec des croissances souvent à deux chiffres, qui ne font toutefois que compenser partiellement le précipice d' il y a un an.En 2010, la reprise va donc distribuer ses bénéfices, mais elle sera mauvaise fille, favorisant les uns, pénalisant les autres. C'est en Europe qu'elle sera le plus chiche. La France profitera de la croissance grâce à l'effet d'entraînement de son partenaire allemand, connecté sur les marchés internationaux ? c'est ainsi que les reprises nous atteignent, ce qui explique qu'elles soient plus tardives et moins généreuses. Grâce à la démographie, l'impact de la croissance, fût-elle modeste, devrait être visible dans les chiffres du chômage.Mais le climat continental ne retrouvera pas cette année le dynamisme de 2007, car il reste en Europe deux malades?: l'Espagne, qui part pour les enfers à cause de la crise immobilière, et le Royaume-Uni, moins atteint, car il a eu la chance de pouvoir dévaluer sa monnaie face à l'euro. En Europe, l'aléa pesant sur la reprise tient au redémarrage du crédit, qui n'est pas acquis, car les banques n'ont pas rompu avec leur comportement de prudence excessive.Aux États-Unis, la reprise devrait être un peu moins parcimonieuse. Là encore, tous les stimulants seront maintenus?: déficit budgétaire record, taux zéro (même si les mesures exceptionnelles liées à la crise financière disparaissent peu à peu), dollar de combat. Le principal aléa tient à la reprise de l'emploi. Le pays a perdu quelque 7,5 millions de postes de travail sur un an, ce qui a porté le taux de chômage à 10 %. Dès que ce taux baissera de façon significative, la reprise pourra s'accélérer. D'autant que le marché immobilier montre, lui aussi, des signes de redémarrage, spectaculaires sur les permis de construire et plus modestes, mais réels, sur l'évolution des prix.Les chouchous de la reprise seront les pays émergents. Parmi ceux-là, deux se distinguent?: le Brésil et surtout la Chine, le seul pays du G20 qui devrait connaître une croissance de 2009 supérieure à celle de 2008, et cela malgré la chute des exportations du pays, la première depuis trente ans?! Si Pékin a ainsi maintenu sa trajectoire, c'est parce que le gouvernement a poussé les feux de la croissance au début 2009. Sur le seul premier semestre de l'année, les crédits à l'économie ont progressé de près de la moitié du PIB ? il ne s'agit plus de stimulus, mais d'anabolisants.La montée en puissance des émergents amorcée depuis une quinzaine d'années, la crise ne fait que les accélérer. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la reprise économique n'est pas déclenchée par les États-Unis, mais par la Chine. C'est le fait majeur de l'année 2009, qui présage de l'installation progressive de l'empire du Milieu au centre de l'économie mondiale.Cette reprise chinoise a été spectaculaire, mais c'est aussi là que réside sa faiblesse sur le moyen terme?: la Chine a maintenant un taux d'investissement dépassant les 40 % du PIB, qui s'accompagne d'un gâchis considérable ? nombre des projets touchent à l'immobilier, dont les prix sont soufflés par une bulle spéculative. Un jour ou l'autre, cette bulle éclatera, il faudra éponger les centaines de milliards de dollars de crédits douteux qui s'accumulent dans les livres de compte des banques. Certes, la Chine n'est que peu endettée, et elle dispose de réserves de change considérables (2.300 milliards de dollars, record mondial). Elle peut donc faire face à une crise bancaire grave.La reprise est donc là. Il subsiste pourtant des questions importantes qui ombrent la fin de 2010. Lorsqu'on fait l'inventaire des principales causes de la crise qui nous a frappés, la plupart sont encore actives, même si elles sont momentanément inhibées par la reprise mécanique et le formidable stimulus mondial. Le déséquilibre d'épargne dans le monde, tout d'abord, avec une Chine qui engrange des excédents. Excédents qui deviennent dangereux lorsqu'ils sont recyclés, parce qu'ils noient l'économie mondiale sous un flot de liquidités excessive (voir l'interview de Marc de Scitivaux p. 6), déclenchant une fureur de l'endettement d'autant plus probable que les taux d'intérêt des banques centrales vont rester faibles, et cela dans toutes les zones de la planète. Il reste également des mauvaises dettes dans le bilan des banques ? environ la moitié, selon le Fonds monétaire internationale, la situation des États-Unis étant meilleure qu'en Europe. Le traitement de la crise a enfin gonflé les dettes des États, à cause des plans de soutien à l'économie et surtout de l'effondrement des recettes fiscales. Les déficits des grands pays ? de 3 % du PIB en Allemagne à 12 % au Royaume-Uni ou aux États, en passant par les 8 % français ? ont toutes chances de se prolonger au moins sur le début de l'année à venir, à cause de l'inertie fiscale. Pour autant, ces facteurs ne joueront pas tous en même temps. Il va se livrer une course de vitesse entre eux. Si la reprise s'amplifie, c'est le risque de nouvelle bulle qui dominera l'année prochaine à la même époque, atténuant de ce fait les deux autres, puisque la croissance allégera la dette, et que la reprise des marchés nettoiera mécaniquement les comptes des banques, en rétablissant la solvabilité des acteurs de l'économie et en propulsant la valeur des actifs vers le haut. Nous entrerions alors dans une nouvelle phase de spéculation.À l'inverse, si la reprise s'affaiblit à la fin 2010 sous l'effet de la raréfaction du crédit, le risque de bulle s'éloignera. Et c'est la persistance des dettes qui nous pénalisera, avec le risque de cercle vicieux?: moins de croissance, plus de défaut, moins de crédit. La situation serait alors d'autant plus délicate que les États et les banques centrales n'auraient plus les marges de man?uvre suffisantes pour soutenir l'activité.

La Tribune

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