Les pays du Maghreb confrontés à la poudrière sociale

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Les « muristes » ont finalement fait tomber, en Tunisie, contre toute attente, le mur d'un régime autoritaire et clanique, au pouvoir depuis vingt-trois ans. Car c'est bien la révolte de ceux dont le seul avenir était, selon l'expression populaire, de « passer leurs journées appuyés contre un mur » qui a provoqué vendredi, après un mois d'émeutes, le départ précipité du président déchu Zine el-Abidine Ben Ali et la chute de son entourage. Au Palais du gouvernement, le Premier ministre tunisien sortant, Mohammed Ghannouchi, a consulté tous les partis politiques « légaux » (à l'exception des islamistes ou du Parti communiste) pour constituer un nouveau gouvernement - qui devrait être annoncé ce lundi - et préparer les futures élections, dans un climat tendu. Profond désespoirLa France a sobrement pris « acte » du changement et les gouvernements arabes manifestent une grande prudence face à cette « Révolution de jasmin », sans précédent au Maghreb, et plus généralement, dans un pays arabe. Et pour cause. Nombre de pays arabes ou du Maghreb sont assis sur la même poudrière sociale. La crise tunisienne ne se résume pas en effet à une énième « émeute de la faim » : elle est bien l'expression d'un ras-le-bol généralisé d'une jeunesse de plus en plus diplômée, mais sans emploi et sans espoir, dans un contexte de relative bonne santé économique. La Tunisie est souvent louée comme modèle par l'Union européenne et l'Algérie croule sous 150 milliards de dollars de réserves de change, alors que 15 millions de ses citoyens vivent en dessous du seuil de pauvreté et que trouver un logement décent est devenu pratiquement impossible. C'est ce syndrome de la « mal-vie » qui risque désormais de balayer tous les régimes du Maghreb et du Moyen-Orient. Car les maux sont toujours les mêmes : une faible exigence de bonne gouvernance, un pouvoir politique déconnecté de ses citoyens, une corruption généralisée, un dialogue inexistant et des économies, certes résistantes, mais qui ne parviennent pas à sortir de leur spécialisation (sous-traitance, tourisme) ou de leur rente (pétrole) et par conséquent, à répondre à une offre de travail de plus en plus nombreuse et qualifiée. Résultat, les classes moyennes sont progressivement laminées et le chômage des jeunes explose, sans possibilité d'émigrer. Ainsi, en Tunisie, 55 % des chômeurs ont fait des études supérieures contre 20 % il y a dix ans, et en Algérie, qui doit faire face à l'arrivée de 120.000 jeunes diplômés chaque année sur le marché du travail, « les chômeurs ont un profil d'instruction meilleur que ceux qui occupent un emploi », de l'aveu même de l'Office national de la statistique. Toujours en Algérie, où trois chômeurs sur quatre ont moins de 30 ans, le FMI, dans un rapport daté de 2009, souligne que « rien n'a été fait ces deux dernières années pour réduire le chômage des jeunes ». Ce qui plonge nombre d'entre eux dans un profond désespoir et pousse certains à s'immoler ou à risquer leur vie pour atteindre les rives de l'Europe.

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