Les faux-semblants du resserrement chinois

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Pour la huitième fois depuis qu'elle a entamé, à la mi-2010, sa politique de resserrement monétaire, la Chine a augmenté le taux de réserves obligatoires de ses banques, à 18,5 % en moyenne, à compter du 20 janvier. L'augmentation des fonds que les établissements doivent placer auprès de la banque centrale vise, officiellement, à refroidir la croissance du crédit bancaire, alors que l'inflation, qui atteignait 5,1 % à la fin novembre, y est fortement repartie. La question est de savoir pourquoi Pékin préfère recourir aujourd'hui à ce vieil instrument de politique monétaire au lieu d'une bonne hausse des taux, laquelle est pratiquée dans tous les pays occidentaux dès lors qu'il s'agit de lutter contre l'inflation : de fait, depuis la mi-20010, la Chine n'a augmenté qu'à deux reprises ses taux directeurs débiteurs (à 5,75 %) et créditeurs (à 3,75 %), des niveaux très insuffisants à l'aune d'une inflation qui accélère, poussée par l'envolée des prix des matières premières et des salaires. « Tous les économistes d'expérience savent que l'augmentation des réserves obligatoires des banques n'est d'aucune efficacité pour lutter contre l'inflation », explique Antoine Brunet, d'AB Marchés. Alors pourquoi l'élite chinoise, au fait des meilleures pratiques dans tous les domaines, s'accroche-t-elle à ce vieil instrument ? On peut y voir plusieurs explications : d'abord, la Chine, qui fait face à un afflux massif de capitaux, en particulier en provenance de la diaspora chinoise, ne veut pas attirer encore plus les capitaux spéculatifs qui viennent pousser le yuan à la hausse. Ensuite, décrypte encore Antoine Brunet, « en restant passive face à la surchauffe mondiale, la hausse des matières premières et la hausse des salaires, la Chine asphyxie les grandes économies occidentales ». Et d'expliquer : « En refusant d'augmenter les taux, elle prolonge la flambée des matières premières qui ne va pas manquer d'accroître notre inflation importée et les rendements de nos obligations à 10 ans, et de peser sur le pouvoir d'achat des consommateurs. »

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