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L'identité nationale des dettes publiques

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Publié le 17 février 2011 à 09:31 - Mis à jour le 17 février 2011 à 09:31

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Un mouvement de repli sur soi est en train de se propager. Non un protectionnisme commercial classique, tel qu'il apparut après la Grande Dépression des années 1930, à coups de droits de douane massifs. Cette fois, c'est la finance qui est l'objet de crispations nationalistes. Les grands pays émergents érigent des taxes pour freiner l'afflux de capitaux extérieurs. Et les pays « dévelendettés », tout à la fois développés et ultra-endettés, s'inquiètent, mezza voce, de la part de leurs créances détenues par les étrangers.Il faut dire que l'euphorie de l'argent abondant avait conduit nos savants VRP du Trésor à mener, depuis dix ans, d'incessants road shows aux quatre coins de la planète. Un credo s'était même imposé : internationaliser sa dette permet d'accéder à un financement abondant, et d'en abaisser le coût. Le degré d'internationalisation était devenu le signe d'une économie puissante, dotée d'une signature de qualité et d'une monnaie en passe de devenir monnaie de réserve. En fait, remarque l'économiste Antoine Brunet, « l'épargne nationale prête à se placer dans les dettes publiques augmentant moins vite que les besoins de financement des États, c'est quand la dette explose que l'internationalisation de la dette s'accélère ».C'est si vrai qu'en France, toute l'augmentation de la dette de l'État depuis dix ans a été financée par des non-résidents : fin 2000, ses encours s'élevaient à 616 milliards d'euros, soit deux fois moins qu'aujourd'hui (1.229 milliards). Et la part des créanciers étrangers est passée, sur cette période, de 27 % à 69 %. Ce qui signifie que les 613 milliards de dettes en plus ont été intégralement achetées par des étrangers... Un phénomène d'ailleurs général, l'internationalisation se faisant de plus en plus vers les investisseurs du monde entier : la part des créanciers de la zone euro appartenant au reste du monde est passée de 16,8 % en 2008 à 25,2 % fin 2010.Mais voilà que les naufrages grec et irlandais, puis les tensions portugaises et espagnoles ont soudainement rappelé les risques à trop dépendre de l'épargne étrangère, des agences de notation et des humeurs capricieuses des marchés mondiaux. Car tous ces pays avaient, entre autres, pour fragilité, une proportion importante de leurs dettes publiques dans des mains étrangères : 71 % pour Athènes, 77 % pour Lisbonne, et même 82 % pour Dublin. On se rappelle cette loi de l'histoire qui veut que les États créanciers finissent toujours par imposer leurs règles du jeu. En citant même le « modèle » japonais, où l'épargne nationale finance l'intégralité de son énorme dette publique (200 % du PIB). Voilà aussi que Washington, qui dépendait d'abord de Pékin pour financer son déficit, supporte de moins en moins le poids de cette tutelle. Et décide de faire financer son plan de relance par le rachat de quelque 900 milliards de Treasuries par la Réserve fédérale. Ce qui, dans l'ordre des créanciers, la fait passer devant la Chine, qui en détient 850 milliards. « Plus que la relance de l'activité, estime Antoine Brunet, il s'agit d'abord pour Washington de protéger le marché obligataire de la menace d'un krach déclenché par les Chinois. »Face à la crise des États périphériques, la Banque centrale européenne (BCE) ne fait d'ailleurs pas autre chose : elle achète pour 76 milliards de dettes grecque, irlandaise et portugaise, soit déjà 20 % de leurs dettes à leur valeur de marché, selon RBS. Elle se place ainsi en acheteur « domestique » en dernier ressort, contre l'avis d'Axel Weber qui est contraint de partir. Signe qu'elle est prête à en acheter de plus en plus. Le 10 février, rebelote : les rendements sur la dette portugaise se tendent ? La BCE intervient très vite pour ne pas laisser les marchés internationaux faire la loi. « Le mécanisme aujourd'hui en débat du Fonds de stabilité financière, remarque Jacques Cailloux, économiste chez RBS à Londres, vise lui aussi à ce qu'il puisse, à compter de 2013, racheter directement les dettes publiques qui ne trouveraient pas preneur sur les marchés. »Car la capacité des États à solliciter leur épargne nationale n'est pas toujours à la hauteur de leurs besoins. Aussi Dublin a-t-il lancé, en décembre, une réforme de ses fonds de pension pour qu'ils puissent acheter plus de dette publique irlandaise. En Espagne, les banques qui ne détenaient, à fin 2009, que 4 % de leurs actifs en bons du Trésor, sont invitées par Madrid à augmenter leurs achats. Partout, on teste la capacité de ses banques, compagnies d'assurances et fonds de pension, quand il y en a, à absorber la dette nationale. Ce seront bien les États qui financeront nos retraites.drL'analyse

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