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Valeur ajoutée ou actionnariat salarié ?

La Tribune

Publié le 16 mars 2010 à 22:19 - Mis à jour le 16 mars 2010 à 22:19

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18 juillet 2026

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En premier lieu, il faut se souvenir que le risque est pris par l'actionnaire. La base de l'économie concurrentielle est que le salaire est payé par l'entreprise, qu'il y ait résultat ou non. L'actionnaire, prenant les pertes pour lui, a droit au bénéfice (si bénéfice il y a). Et c'est lui qui décide la répartition du profit, entre dividende et réinvestissement. Il est facile d'opposer travail et capital. Il est facile de dire que l'actionnaire gagne à tous les coups : c'est complètement faux, du fait d'une concurrence désormais mondiale. Les Français l'ont si bien compris que la plupart de leurs enfants veulent devenir fonctionnaires...Par ailleurs, le tissu économique est trop divers pour le mettre en équation de façon simpliste. On ne perçoit pas toujours l'extraordinaire variété des entreprises qui constituent une économie moderne. Rien qu'entre le lever et le moment où il se met au travail, chacun d'entre nous active, sans s'en rendre compte, des centaines d'entreprises (literie, hygiène-cosmétique, textile, agroalimentaire, transports, médias et communication en prenant connaissance des nouvelles, etc.) : des sociétés aux ADN aussi multiples que ceux de la faune ou de la flore, avec des codes tout aussi spécifiques. Par exemple, le besoin en capital d'une société de restauration collective est nul voire négatif puisque les clients paient plus vite que l'entreprise ne règle ses fournisseurs ; alors qu'une entreprise de remontées mécaniques doit d'abord investir à peu près trois fois son futur chiffre d'affaires annuel. Entre les deux, la répartition du capital et du travail n'a donc strictement rien à voir. Dans la première, le travail représente à peu près 95 % de la valeur ajoutée ; dans la seconde, à peine le tiers. La répartition entre l'investissement et le dividende varie tout autant selon la croissance de l'entreprise. Quand l'entreprise est en période de croissance, le cash-flow passe totalement en investissement (parfois même l'actionnaire en injecte dans l'entreprise pour aller plus vite que ses concurrents). À l'inverse, lorsque l'entreprise arrive en période de maturité, la majorité du cash-flow peut passer en dividende sans abîmer l'entreprise. Ici encore, les différences de situation sont considérables et appliquer une règle unique à des situations aussi variées ferait des dégâts considérables. En fait, loin de s'opposer, capital et travail sont des alliés et ont besoin l'un de l'autre. Sans investisseur qui risque son argent : pas de machine/pas de produit/pas d'entreprise/pas d'emploi. Réciproquement, aucun capital ne peut tourner sans être employé ; sans salariés donc.Dans ce contexte, il existe une solution très simple qui permet d'améliorer le partage de la valeur tout en améliorant sa création par la motivation du personnel : l'actionnariat salarié. Faire en sorte que chaque salarié puisse devenir actionnaire de « son » entreprise permet de faire évoluer les esprits en douceur. Il ne s'agit pas de décréter arbitrairement que les entreprises doivent donner une partie de leur résultat aux salariés (ce qui serait une spoliation des actionnaires préexistants), mais d'aider les entreprises désireuses d'ouvrir leur capital au personnel, dans la pédagogie et la durée. De nombreuses entreprises qui expérimentent des formules d'association sont formelles : l'ambiance dans l'entreprise est tout autre quand le personnel détient du capital et participe à la gouvernance !Quelles que soient les évolutions économiques futures (plus intensives en capital ou en main-d'oeuvre), les salariés s'y retrouveront. En outre, l'actionnariat est non seulement un formidable encouragement à l'information, mais il permet de motiver l'ensemble des collaborateurs. L'actionnaire s'y retrouve également si le dosage est bien vu. Attention toutefois, cette évolution exige de l'implication. Il n'est pas toujours facile d'être salarié-actionnaire quand l'action chute. Il faut un certain courage aux salariés-actionnaires face aux risques économiques. Là encore nul ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre.Enfin, l'actionnariat salarié agit positivement en matière de retraites. Un employé investissant chaque année 5 % de son salaire dans le plan d'épargne de son entreprise, sans abondement, au taux de rentabilité de la Bourse sur 100 ans, peut partir avec un complément de retraite qui représente au moins 30 % de son dernier salaire.Nous venons tous d'être frappés par la crise de croissance de l'économie mondiale. Le drame absolu a été évité, mais nous ne sommes pas sortis de la zone rouge. Pourtant, de l'Amérique à la Chine, du Brésil à l'Inde, tous croient à l'économie de marché. Dès lors, comment les Français pourraient-ils s'inscrire hors de ce courant en mettant des règles qui contraignent l'investissement, sauf à courir le risque d'être complètement marginalisés ? En cette période de profonds changements, la valeur à partager n'est peut-être pas la valeur ajoutée, mais celle de la valeur actionnariale, je veux dire, l'aventure entrepreneuriale. Point de vue Xavier Fontanet Président d'Essilo

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