L'Allemagne, l'exemple à ne pas suivre

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Alors que l'existence même de l'euro est menacée, le modèle allemand est souvent montré en exemple?: la solution de la crise passerait même par sa généralisation à l'ensemble de la zone euro. Mais qu'en est-il réellement du « miracle » allemand??Depuis 1998, le PIB allemand accuse un retard cumulé de plus de 12 points de PIB par rapport à ses partenaires de la zone euro. Sa croissance annuelle de 1998 à 2008 a atteint seulement + 1,4 % en moyenne, contre + 2,1 % pour la France, + 2,6 % pour le Royaume-Uni, + 2,5 % pour les États-Unis et + 4,3 % pour le monde. Son marché de l'emploi est resté peu dynamique (retard de 12 % par rapport au reste de la zone euro) tandis que la demande intérieure a stagné. Pour l'essentiel, la croissance allemande a été tirée par les exportations qui, certes, bénéficient d'une assise importante et d'une excellence industrielle, mais rend ce modèle économique très vulnérable à l'évolution de ses partenaires. À première vue, rien ne semble donc justifier l'admiration que vouent aujourd'hui certains économistes à ce modèle de croissance. En quoi s'est donc différenciée l'Allemagne au cours de la décennie passée??Afin de conquérir de nouvelles parts de marché en Europe et dans le reste du monde, l'Allemagne a mené une stratégie claire de désinflation compétitive depuis l'introduction de l'euro, en comprimant ses coûts salariaux. Le salaire réel par tête a ainsi baissé d'environ 1 % sur la période alors qu'il a progressé de près de 10 % dans le reste de la zone euro. L'écart est encore plus impressionnant si l'on examine la masse salariale réelle reçue par les ménages. Depuis le lancement de la monnaie unique, elle n'a progressé que de 4 % en Allemagne alors qu'elle a crû de près de 28 % dans le reste de la zone euro, ce qui explique les écarts en ce qui concerne la demande intérieure des pays membres. Au final, en choisissant un modèle de croissance reposant exclusivement sur les exportations (qui pèsent 48 % du PIB) et principalement à destination des autres pays européens (73 % du total), l'Allemagne a connu la plus faible croissance des pays industrialisés depuis l'introduction de la monnaie unique. Est-il alors vraiment raisonnable d'envisager une extension du modèle économique allemand à l'ensemble de la zone??La constitution d'une zone monétaire unifiée entraîne la concentration des activités économiques selon les avantages comparatifs de ses différentes régions. L'Allemagne, en adoptant une attitude de « voyageur clandestin » par la pratique d'une politique isolée de désinflation salariale qui accroît sa compétitivité au détriment des autres pays depuis dix ans, a fragilisé l'équilibre de la zone en augmentant la concentration de la production sur son territoire. En l'absence de redistribution budgétaire pour compenser les déséquilibres générés, alors que la mobilité du travail est très faible du fait des barrières linguistiques et sociales, la seule issue pour les autres pays consisterait à adopter la même politique de compression salariale, inscrivant la zone dans un environnement durablement déflationniste. Un tel choix déboucherait alors sur un appauvrissement généralisé des populations, celle de l'Allemagne y compris, entraînant la zone euro sur le chemin emprunté par le Japon depuis vingt ans.Dans un contexte de fort vieillissement de la population, la généralisation du modèle économique allemand n'apparaît donc pas souhaitable pour le Vieux Continent. Il serait plus judicieux de définir de nouvelles règles à l'échelle européenne, visant en priorité à réduire les déséquilibres chroniques de balance courante entre les pays membres hérités des dix dernières années, avec l'Allemagne d'un côté (+ 7,7 % du PIB en 2007), et l'Espagne de l'autre (-10,0 % du PIB en 2007). Pour qu'une telle convergence se fasse, il faudra mettre en place une réelle harmonisation des politiques salariales, fiscales et sociales ainsi qu'un mécanisme de redistribution budgétaire partiel entre les pays de la zone.Point de vue Jean-Luc Buchalet et Pierre Sabatier Stratégistes, PrimeView

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