Et la société créa le design

C'était la belle vie ! Le temps de l'optimisme. De l'après-guerre au premier choc pétrolier, la France, comme les principaux pays de l'OCDE, dans le sillage des États-Unis - merci le plan Marshall - a connu une période d'euphorie ; de jeunesse (le baby-boom), de croissance économique (plus de 5 % chaque année) ; de libération (des moeurs, des femmes...). Adieu veaux, vaches, cochons, les Français, encore à 75 % campagnards au lendemain de la guerre, s'installent en ville. De 1945, date des premières mesures pour pallier la crise du logement, à 1975, deux ans après le décret marquant l'arrêt des constructions, les barres-béton font leur apparition. Plein emploi, agglo et FormicaAutour des principaux bassins industriels, Simca à Nanterre, Peugeot à Aulnay-sous-Bois, PSA à Poissy, elle court, elle court la banlieue... Avec le plein-emploi, le niveau de vie s'améliore, le recours aux crédits et la construction des grandes surfaces (les supermarchés à la fin des années 1950 et les hypers à la fin des années 1960) bouleversent les modes de vie.Au coeur même de Paris, la bourgeoisie adopte aussi le style de vie moderne. Entre 1968 et 1969, André Malraux et Georges Pompidou avalisent le projet de la tour Montparnasse et l'aménagement du quartier Maine-Montparnasse autour de son centre commercial. Dans le XVe, le quartier Beaugrenelle et ses tours sortent de terre à partir de 1970. Architecture moderne, nouveaux styles de vie, mais aussi productions en série et innovations technologiques (le plastique, l'aggloméré et le Formica), le mobilier change du tout au tout. Adieu les bahuts normands de tante Marie, dans les appartements modernes, plus fonctionnels que les traditionnels intérieurs bourgeois mais aussi plus salubres que les anciens habitats ouvriers, les baby-boomers aspirent à du mobilier plus jeune, plus gai, plus modulable.Ces machines qui nous veulent du bienLes meubles s'adaptent aux nouvelles dimensions des appartements collectifs. La géographie des chambres limite le mobilier ; exit les armoires. La société de consommation a son totem : l'électroménager avec la machine à laver, la télévision, l'aspirateur et le téléphone qui modifient les comportements et la distribution de l'espace social. Dans le séjour, il faut oublier les habitudes anciennes qui voulaient que l'on possède une salle de séjour et une salle à manger, le canapé se veut confortable, on s'y love devant la télé.Quand arrive la fin des années 1970, l'uniformisation des styles est à son apogée, l'arrivée d'Ikea en France est accueillie telle une aubaine par tous ceux qui désirent jouer avec leur déco, mais à prix accessibles. Le bling-bling est mort, vive l'écodesign !Jusqu'aux années 2000, avec l'explosion du bling-bling, le design devient affaire de snobisme et de mode ; d'un bout à l'autre de la planète, les designers, Starck en tête, figures de héros de l'ère médiatique. L'enrichissement du monde de la finance et de l'Internet fait la fortune des jeunes créateurs de formes inédites. Les grands bourgeois se détournent et prônent le retour aux formes du XVIIIe. Patinés, les fauteuils bergères et autres chaises longues recouvertes de toile brute envahissent les pages des magazines de déco. Quand Lehman Brothers annonce la fin de la partie, une nouvelle tendance émerge : exit le tape-à-l'oeil et le m'as-tu-vu qui brille, retour à la simplicité, mais aussi à la conscience, aux valeurs et aux objets qui font sens. L'écodesign donne le « la » des tendances à venir. De même, la révolution high-tech bouleverse la donne : comment bâtir un meuble de télé, quand cette dernière est elle-même appelée à disparaître, au profit d'Internet ? Encore une fois, les meubles doivent s'adapter.

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