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Petroplus: pourquoi les raffineries européennes sont condamnées

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Publié le 16 octobre 2012 à 21:03 - Mis à jour le 16 octobre 2012 à 21:03

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Ce mardi, les 470 salariés de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne retiennent leur souffle dans l\'attente de la décision du tribunal de commerce qui doit statuer à 10h sur leur sort: désignation d\'un des deux candidats repreneurs, liquidation ou nouveau report d\'audience. Tous les scénarios sont évoqués. Si les salariés se sont battus comme des lions pour susciter des dossiers de reprise, le raffinage français, et européen, n\'en reste pas moins dans une situation structurellement quasi désespérée. Et la concurrence des installations géantes d\'Asie et du Moyen-Orient sont en train de leur porter le coup de grâce.10 raffineries en France contre 24 en 1975. Bientôt 8?En France, une douzaine de raffineries ont fermé depuis 1975. Il n\'en reste que 10. Pour l\'instant. La capacité de production a plongé de 18% entre 2007 et 2012, de 100 à 82 millions de tonnes. Elle passerait à 70 millions de tonnes si Petroplus et LyondellBassell, en arrêt «provisoire» à Berre, fermaient. En Europe, les experts tablent sur une nouvelle diminution de 10% des capacités dans les toutes prochaines années. Les pétroliers expliquent depuis des années ce phénomène qu\'ils jugent inéluctable: surcapacité face à une demande qui décline, en particulier la consommation d\'essence qui plonge en France face au diesel, alors que les raffineries produisent quasiment la même proportion des deux, outils industriels anciens, taxes innombrables ...Des raffineries au Moyen-Orient capables d\'alimenter l\'EuropeTant et si bien que dorénavant, les pétroliers préfèrent investir en Moyen-Orient (et dans une moindre mesure en Asie) dans des installations géantes capables de produire à moindre coût. Et avec lesquelles ils comptent alimenter l\'Europe: grâce à un point mort très bas, leurs produits restent compétitifs même en ajoutant les frais de transport vers l\'Europe. Exemple de Total avec sa raffinerie de Jubail (Arabie Saoudite), construite et détenue avec Saudi Aramco, qui va démarrer progressivement en 2013.Un seuil de rentabilité deux fois moins élevé«Le point mort de Jubail est deux fois moins élevé qu\'en Europe», explique Patrick Pouyanné, patron du raffinage et de la chimie chez Total. Or, coincé entre une matière première aux cours fluctuants et des prix de vente très volatils, le raffinage voit sa marge brute soumise à de très fortes variations. De 39 euros la tonne en 2008 en France, elle est passée à 15 euros en 2009, pour un point mort compris entre 20 et 25 euros. De 14 euros en 2011, la marge brute rebondit en 2012 avec une moyenne de 31 euros sur les six premiers mois. «Face à ces à-coups, la seule marge de manœuvre du pétrolier, c\'est de maîtriser les coûts, dont la moitié porte sur les salaires en Europe», conclut Patrick Pouyanné.Du brut lourd, produit sur place, moins cherA Jubail, le pétrolier va être servi. Les coûts sont en effet imbattables. Pour plusieurs raisons. Pas parce que le brut est moins cher. Produit sur place par Saudi Aramco à environ 3 dollars le baril, il va néanmoins être vendu à la raffinerie au prix du marché (entre 80 et 100 dollars en ce moment). En revanche, le baril de brut local, plus lourd, est 5 à 10 dollars moins cher que le baril standard, et surtout sa qualité est stable. Son traitement nécessite certes des investissements plus importants (12 milliards de dollars pour le site de Jubail), mais il permet d\'éviter des réglages fréquents de l\'usine pour s\'adapter à des qualités différentes de pétrole.Un effectif inférieur de moitiéEnsuite, les énormes quantités d\'énergie nécessaires au process sont disponibles sur place à bas prix. Et Total et son partenaire construisent sur place une plate-forme intégrée avec un puissant complexe pétrochimique qui permet «d\'optimiser» les productions. Enfin, Jubail produira presque deux fois plus de produits que la raffinerie de Normandie de Total, avec un niveau d\'effectif identique, de 1.000 personnes. Total réfléchit déjà à une «suite» avec Saudi Aramco: ériger une usine pétrochimique juste à côté de ce géant qui déploie ses tuyaux sur un carré de deux kilomètres sur deux.Total se concentre sur deux plates-formes en EuropeEn Europe, le pétrolier a décidé de se concentrer sur deux «plates-formes»: l\'usine de Normandie, en Seine Maritime, où il investit un milliard d\'euros, notamment pour baisser sa capacité.... Et Anvers (Belgique) où un investissement du même ordre doit être décidé d\'ici à la fin de l\'année. Quant aux quatre autres raffineries que Total exploite en France, «il n\'y aura pas d\'autres investissements que ceux liés à la maintenance», déclare Patrick Pouyanné. Ce qui revient à une condamnation à terme.

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