L'euro peut-il exploser  ?

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On a beaucoup dit que l'appartenance à la zone euro est ce qui, il y a un an, avait permis à l'Irlande de ne pas sombrer comme l'Islande. Devant ce constat, les volontés d'adhésion des nouveaux États membres de l'Union à la zone euro s'étaient d'ailleurs multipliées. Pourtant, à peine l'euro avait-il passé sa première grande épreuve avec succès, faisant de lui un rempart contre le naufrage monétaire, que la crise laissait apparaître au grand jour les fragilités de ses fondations. Au point que, lors des Journées de l'économie, qui se sont déroulées du 12 au 14 novembre à Lyon, une conférence a été consacrée à la question « L'euro doit-il changer pour survivre ? » Provocation ? Ce n'est pas sûr, même si personne n'a affirmé franchement que l'euro allait éclater dans un horizon proche. Mais à voir les efforts récents de François Fillon pour tenter de convaincre que la France ne décrochera pas de l'Allemagne, on sent bien que la possibilité même de l'éclatement de l'euro est aujourd'hui dans l'inconscient des responsables politiques. Et à entendre les économistes débattre à Lyon, on se dit que, décidément, les fondations de la monnaie unique sont bien fissurées, et que loin de consacrer sa solidité, la crise semble avoir brutalement élargi ses fissures.Bien sûr, ce n'est pas d'hier que l'euro subit, sans que la Banque centrale européenne ne puisse rien faire, la politique de change américano-chinoise, les deux monnaies étant liées par une parité fixe. Seulement, au moment où chaque État recherche la voie la plus rapide de sortie de crise, l'impossibilité d'user de l'arme des changes pour aider les entreprises de la zone euro apparaît être un handicap majeur. Surtout lorsque, en face, comme en témoigne l'affaiblissement du dollar, les États-Unis et la Chine en usent de manière particulièrement agressive pour à la fois soutenir leurs exportations et, affirme Henrik Enderlein, professeur d'économie politique de la Hertie School of governance à Berlin, « pour sortir de leur hyperendettement public et privé par l'inflation ».Mais ce n'est pas l'absence d'une politique active de change qui pose le plus problème. Le plus inquiétant aujourd'hui est l'ampleur des divergences des politiques des membres de l'Union, alors que la convergence des politiques devait être le socle de la monnaie unique. Avant la crise, chacun s'efforçait, avec il est vrai plus ou moins de rigueur, de tenir ses déficits publics autour de la limite de 3 % du PIB fixé par le Pacte de stabilité. Avec la crise, chacun a pu, au sein de la zone euro, soutenir massivement son activité par le creusement spectaculaire de ses déficits publics, les limites imposées par le Pacte de stabilité ayant été levées pour cas de force majeure. Mais alors qu'un pays comme l'Allemagne s'est très tôt engagé à revenir à l'équilibre de ses finances publiques, en inscrivant dans sa constitution l'objectif d'un retour à l'équilibre dès 2016, la France en profitait pour s'affranchir des contraintes du pacte, en érigeant un nouveau principe distinguant les « bons » des « mauvais » déficits et promettait de rajouter de la dette à sa dette, avec le lancement d'un grand emprunt visant à financer les priorités nationales. « Ce grand écart affiché entre les stratégies de sortie de crise des deux plus grandes puissances de l'Union monétaire, qui marque le refus de la coordination entre États, auquel il faut ajouter une politique monétaire qui n'est adaptée à la situation d'aucun État membre ? à la fois trop dure pour l'Allemagne et trop laxiste pour l'Espagne ou l'Irlande ?, contribuent à exacerber les déséquilibres au sein de la zone euro », dit Henrik Enderlein. « Il y a clairement des risques d'émeutes à bord », prévient-il. Derrière cette mise en garde, une question, parmi d'autres, surgit en filigrane : jusqu'où l'Allemagne sera-t-elle prête à supporter des taux d'intérêt réels trop élevés qui pèsent sur sa croissance, taux qui l'ont obligée à mener jusqu'à récemment une politique de désinflation compétitive douloureuse pour ses citoyens ? La question ne se pose pas pour aujourd'hui, ni pour demain. Mais si la France ne fait aucun effort visible pour se rapprocher de la vertu allemande, et accumule des déficits qui s'autoalimentent dangereusement, à terme, la question de la sortie de l'Allemagne de l'euro pourrait ne plus être totalement théorique. Or, le vrai risque, estime l'économiste Jacques Delpla, est que la France sorte durablement moins riche à la sortie de la crise qu'avant ? son PIB de 2010 sera de 94 % de ce qu'il était avant la crise ?, et que, faute d'avoir mené une réduction sérieuse de ses dépenses publiques, elle ne parvienne plus à faire baisser son déficit en deçà de 5 % de son PIB. Pendant que l'Allemagne tendrait vers l'équilibre ? elle a déjà prouvé qu'elle en était capable ?, la France, qui depuis trente ans affiche une moyenne de 3 % de déficit, creuserait année après année son trou jusqu'à un point de non-retour. npoint de vue Valérie SEGOND Éditorialiste à « La Tribune »

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