Le président français condamné au Merkhollande

Il y aura un avant et un après 2012 dans le feuilleton européen du président Hollande. Pour le septième et dernier sommet de l’année, la fatalité du face-à-face franco-allemand s’est abattue sur le président français aussi brutalement que l’air glacé de mer du Nord sur Bruxelles à l’approche de Noël. Le leader socialiste avait pourtant tout fait pour y échapper.Il avait claironné son souhait de sortir du directoire façon Merkozy. Il avait souligné jusqu’à plus soif ses différences de fond avec la chancelière, jeté par-dessus bord les traditionnelles lettres franco-allemandes à l’approche des sommets, affiché ostensiblement son souhait de voir Peer Steinbrück, le concurrent social-démocrate d’Angela Merkel, accéder à la chancellerie aux élections de 2013. En vain.Retour à la réalité avec le dossier de la supervision bancaireMais ce sommet et les âpres négociations sur la supervision bancaire qui l’ont précédé l’ont voilà ramené à cette dure réalité : aucune amélioration de la situation dans la zone euro et plus largement dans l’union européenne n’est possible sans passer par la case \"compromis franco-allemand\". C’est d’autant plus vrai que le troisième homme sur lequel François Hollande a pu compter pour ne pas tomber dans le Merkhollande, le président du conseil Mario Monti, est hors course pour quelques semaines pour cause d’élections anticipées en Italie.La réforme radicale de la supervision bancaire est l’exemple le plus frappant de cette correction. Bien sûr les Britanniques avaient leurs demandes (sur la régulation) mais le cœur du sujet était d’une part le champ de la supervision et surtout, de l’autre, le calendrier de sa mise en place. Sur ces deux terrains, Berlin a fait entendre raison à Paris puisque le système ne sera opérationnel qu’en mars 2014, et que les autorités nationales restent responsables en premières lignes pour les petits établissements.Ici, on a moins à faire à une différence de méthode autant qu’à une différence d’intérêt. Paris privilégiait un transfert rapide de compétence à la BCE, fut-il formel, pour permettre la recapitalisation directe des banques par le mécanisme européen de stabilité. Berlin veut border le sujet en droit et en pratique. On ne recrute pas d’un claquement de doigt 300 inspecteurs, dit-on à Berlin.Une crise, deux diagnosticsL’autre épreuve franco-allemande à venir concerne la stratégie économique pour sortir de la trappe de la récession et du chômage de masse. Ici, les différences portent d’abord sur le constat. Pour François Hollande, le gros de la crise est derrière nous. Pour Angela Merkel, le plus dur reste à venir puisque le comblement des écarts de compétitivité –qui sont chez elle une véritable obsession– commence à peine. Vendredi à Bruxelles elle a promis aux Européens du sang et des larmes. «Nous avons des temps durs devant nous», a-t-elle dit, comme elle l’avait fait cet automne à Athènes. L’Europe va au devant de réformes «difficiles et douloureuses», a-t-elle dit.Le sommet des 13 et 14 a été l’occasion d’une bataille épique autour des fameux «contrats» de réforme qui vont occuper le débat entre chefs lors des deux prochains sommets. Certains voulaient y remettre une couche de discipline budgétaire. Pas question, a dit François Hollande, soutenu par Mario Monti. «Assez des procédures automatiques» qui conduisent à une surveillance de plus en plus stricte des politiques budgétaires. «La crédibilité n’est pas l’austérité», a répété président français à l’issue du sommet.Reste à se mettre d’accord sur les critères de compétitivité et les objectifs qui seront la chair de ces contrats passés entre la Commission européenne et les gouvernements nationaux. François Hollande voudrait en profiter pour aborder enfin le sujet des excédents allemands. Il aura du mal. Angela Merkel ne veut parler que de compétitivité.Paris et Berlin sont enfin encore éloignés sur la question du fonds de solidarité qui devrait accompagner ces contrats. Angela Merkel a une idée précise de ce qu’elle en attend. Cet argent pourrait servir par exemple, a-t-elle dit, à financer un système de formation continu en Espagne au moment où les autorités nationales, qui multiplient les coupes, ne peuvent pas se le permettre sur leurs propres fonds.La stratégie allemande, partagée par la Commission européenne, consiste donc à réorienter la dépense publique vers l’investissement, quitte à réduire les dépenses de fonctionnement, donc l’emploi public. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’ouverture étroite faite à une non comptabilisation des investissements publics dans les dépenses pour les pays qui doivent encore réduire leurs déficits mais qui sont déjà repassés sous la barre des 3%.«La seule préoccupation que j’ai à l’esprit, c’est l’emploi. Nous devons créer de l’emploi», martèle pour sa part le président Hollande. Y compris l’emploi public.Comment créer un système intégré de résolution bancaire?Enfin, les positions restent éloignées sur l’autre gros dossier de 2013 : la création d’un système intégré de résolution bancaire. L’objectif allemand est de doter une autorité européenne de la faculté de démanteler ou à tout le moins restructurer une banque en difficulté, dès lors que la banque centrale européenne, futur superviseur en chef des 200 plus grands établissements du continent, l’aura décidé nécessaire. A terme, elle espère que la recapitalisation d’un établissement par le Mécanisme européen de stabilité ne soit qu’une solution de transition, en attendant qu’un fonds européen financé par les banques elles-mêmes puisse retirer des épaules du contribuable le coup d’une nouvelle crise bancaire.Côté français, on ne parle que de «mutualisation» des fonds de résolution nationaux et on juge l’option de recapitalisation des banques par le MES durable. La Commission européenne, qui doit préparer une proposition législative sur ce «système de résolution intégrée» en 2013 aura bien du mal à trouver un point d’équilibre entre ces deux approches.Une chose est sûre : aucun de ces dossiers ne progressera sans un déminage méthodique. Si le Merkozy a vécu, le Merkhollande a été un peu trop vite enterré.

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