Les trois petits cochons et le loup (version 2011)

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Il était une fois trois petits cochons et un loup. Pour se protéger du carnassier, les trois petits cochons construisirent chacun une maison. Le premier utilisa de la paille, le deuxième des brindilles, et le troisième préféra les briques. Le loup arriva, et l'on connaît la suite. Ainsi en va-t-il des trois grandes régions de la planète, au seuil de l'année 2011. La maison de paille, c'est bien sûr la zone euro, handicapée par sa gouvernance poussive et sa difficulté à croître, éprouvée à deux reprises cette année par la quasi-faillite d'un de ses membres. La maison de brindilles est américaine. Elle n'a en rien comblé ses faiblesses structurelles et, pour autant, elle n'a pas cédé. Quant à la bâtisse de briques, elle est habitée par les grands émergents, Chine et Brésil en tête, qui jouissent d'une croissance forte, voire très forte.SéquellesCoup de chance pour les petits cochons, au premier semestre 2011, le loup va partir en vacances. La crise montre en effet des signes d'abattement qui laissent augurer d'une année d'accélération de la croissance dans les pays développés. Il y a au moins trois bonnes nouvelles. D'abord, dans chacune des zones, le pays clé se porte bien. En Europe, l'amélioration allemande est spectaculaire, avec une croissance qui va frôler les 4 % en 2010. En Amérique, les États-Unis se sont redressés. La politique monétaire plus qu'accommodante et la reconduction des avantages fiscaux importants que George W Bush avait décidés vont soutenir l'activité. Une croissance de 2,5 % à 3 % en 2011 n'est pas hors de portée. En Chine, le moteur tourne à un tel rythme que les autorités songent aux moyens de le refroidir... À chacun ses problèmes ! Au Brésil, c'est la montée de l'endettement privé qui soutient la croissance.Ensuite, dans tous ces pays, le consommateur est bien là. Bien sûr en Chine et au Brésil, où le taux de croissance des achats des ménages est supérieur à celui du PIB. Mais aussi en Allemagne où, pour la première fois depuis de nombreuses années, les Allemands achètent davantage. Ce signal déclenche toujours une accélération de l'investissement. Même aux États-Unis, la consommation n'est pas si mau-?vaise. Les ménages y ont opéré un assainissement spectaculaire de leur bilan. L'encours des crédits revolving a ainsi chuté de près de 20 % en deux ans. Enfin, la remontée des taux d'intérêt à long terme, si elle renchérit le crédit, est le signal d'un certain retour à la normale sur les marchés financiers, le rally boursier de fin d'année en témoigne.Pour autant, cette accélération de la reprise ne réglera pas tous les problèmes. Les séquelles de la crise, l'énorme masse de dettes accumulées et les cohortes de personnes sans emploi, ne se résorberont que de façon très partielle. Nul doute que le chômage ne baisse en Occident, mais à partir de niveaux historiquement élevés, aux États-Unis en particulier.Même si l'embellie est là, chacun des trois petits cochons devra vivre avec ses problèmes. En Europe, c'est la question de la dette publique qui va dominer et contraindre la politique économique. Les États et les marchés financiers se feront face, les uns voulant que les autres payent la facture des erreurs passées. Aujourd'hui, ce sont les États qui remboursent, c'est-à-dire le contribuable, mais cela ne durera pas, à cause des difficultés politiques. Les marchés, c'est-à-dire les épargnants, prendront le relais, soit parce que les pays en difficulté feront défaut, soit à cause de l'inflation.« Surexposition impériale »Les États-Unis ne devraient pas enrayer leur déclin relatif vis-à-vis du monde émergent, de la Chine en particulier. Les difficultés budgétaires des États fédérés, la perte de compétitivité en dehors des secteurs d'excellence, le vieillissement des infrastructures et ce que l'historien britannique Paul Kennedy appelait la « surexposition impériale » - la nécessité de faire la police dans le monde entier -, tout cela pèsera sur l'Oncle Sam. La baisse de l'espérance de vie, une première depuis vingt-cinq ans, est un indice inquiétant de ce déclin.Quant à la Chine, elle fera face à des difficultés rigoureusement inverses. L'extraordinaire croissance, l'afflux de capitaux, la débauche de crédits, l'accumulation de surcapacités fait peser un risque sur la stabilité du pays. Si la première étape de la crise de l'endettement a été américaine, en 2008, si la deuxième est européenne, la troisième naîtra probablement dans les pays émergents. Mais c'est une autre histoire que celle de 2011.

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