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Séparer les activités bancaires est une fausse bonne idée

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Publié le 17 février 2010 à 22:47 - Mis à jour le 17 février 2010 à 22:47

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Le président Obama propose de séparer les banques commerciales (collecte de dépôts et octroi de prêts) des banques d'investissement (activités de marché). Cette suggestion fait suite à une idée qui semble naturelle. Puisqu'il relève de l'intérêt général que l'État soutienne les banques de dépôt en cas de difficulté, il est logique de leur demander de cesser leurs activités spéculatives. Malheureusement, comme c'est souvent le cas en matière de réglementation, les choses ne sont pas aussi simples. Prenons l'exemple de la crise des subprimes, puisque c'est de cela qu'il s'agit. On peut identifier à l'origine de cette crise des causes macroéconomiques, comme la politique monétaire ou la situation du marché immobilier, mais aussi de nombreuses causes microéconomiques, qui ont en commun une manipulation de l'information entre différents corps de métier de la finance (agences de notation, gestionnaires de portefeuille, émetteurs de titres, courtiers de crédit...). Et c'est justement là que le bât blesse. Séparer les activités de banque d'investissement et de celles de banque commerciale, c'est aussi ouvrir la porte à des manipulations de l'information entre les deux univers, et finalement prendre le risque de renforcer ce que l'on cherchait à combattre.Pour le comprendre, rappelons le contexte financier à l'origine de la crise. Des titres portant sur des prêts immobiliers aux États-Unis, dont la probabilité de non-remboursement est largement sous-évaluée, sont échangés sur les marchés. Lorsque les marchés se rendent compte de la tromperie sur la marchandise, c'est la panique générale. Plus personne ne se fait confiance. Les banques ne se prêtent plus de liquidités et les entreprises subissent un rationnement drastique du crédit.Comment dès lors comprendre que les marchés ont pu être si facilement abusés ? La réponse à cette question nous fait entrer dans le vif du sujet. Il est question en effet de prêts immobiliers accordés par des banques commerciales à des particuliers, puis transformés par les banques d'investissement en titres financiers négociables. La banque commerciale a un avantage informationnel par rapport à la banque d'investissement, car elle connaît les caractéristiques de ses emprunteurs et elle est donc mieux armée pour évaluer le risque. La tromperie est due au fait que les banques commerciales, revendeuses des prêts octroyés, n'ont malheureusement pas toujours transmis ces informations aux banques d'investissement. En particulier, elles se sont bien gardées de le faire lorsque ces informations desservaient la qualité de l'emprunteur et donc dépréciaient la valeur de revente du crédit. Cette rétention d'information est entre autres à l'origine de la faillite de la banque d'investissement Lehman Brothers. Au sein d'une même banque regroupant à la fois activité commerciale et d'investissement, on peut imaginer que de telles informations saisies dans des fichiers informatiques par le service d'octroi de prêt puissent être consultables par le service de titrisation. Car, de cet échange d'informations, dépend finalement la santé de l'ensemble du groupe.L'idée de séparer les activités commerciales et de marché n'est pas nouvelle. Une séparation stricte a été votée en 1933 aux États-Unis après le krach de 1929, puis finalement abrogée en 1999 pour promouvoir la concurrence et permettre des fusions pour répondre à la course à la taille menée par les banques européennes et japonaises. Ainsi, à la veille de la crise des subprimes, certaines banques américaines se limitent à l'une des deux activités tandis que d'autres ont constitué des groupes diversifiés. Il est intéressant d'observer que la banque d'investissement Lehman Brothers n'avait aucun dépôt et la banque commerciale qui a octroyé le plus de prêts immobiliers avait confié leur titrisation à d'autres établissements. Doit-on pour autant jeter cette proposition de réforme aux oubliettes ? Pas nécessairement. Mais il est nécessaire d'avoir une bonne vision des divers scénarios que pourrait engendrer cette réforme avant de l'adopter. n (*) Jérôme Mathis a obtenu le prix Jeune Chercheur en économie 2009, attribué par la Banque de France Point de vueJérôme MathisMaître de conférences à l'Université de Toulouse, membre de l'école d'économie de Toulouse (*)

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