Défense : pourquoi les groupes français sont en difficulté aux Emirats Arabes Unis

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Certes, les Emirats arabes unis (EAU) restent un des très bons clients des groupes d\'armement français sur la dernière décennie mais les prises de commandes se sont raréfiées ces quatre dernières années : 310 millions en 2009 ; 183,3 millions en 2010 ; 275,1 millions en 2011. En 2012, les chiffres ne sont pas disponibles mais ils ne sont pas bons. Loin en tout cas des niveaux atteints en 2008 (491,5 millions) et 2006 (606 millions) et surtout en 2007 (894,4 millions). Et ce alors que les Emirats, qui sont situés face à l\'Iran, sont restés en tête des importateurs mondiaux ces dernières années. En 2010, l\'Arabie saoudite, l\'Inde et les Émirats arabes unis assuraient ainsi à eux seuls le tiers des importations mondiales. Dans une interview accordée fin octobre au Parisien, le ministre de la Défense, rappelait, de retour d\'Abu Dhabi, que \"les EAU, qui effectuaient 70 % de leurs dépenses militaires en France, ont fait passer ce pourcentage à 10 %\". Pour autant, faut-il rappeler les chiffres extrêmement bas des prises de commandes en 2004 (85,1 millions) et 2005 (41,8 millions) pour nuancer l\'inflexion de la trajectoire des exportations d\'armement des groupes français vers Abu Dhabi.Toutefois, ces mauvais chiffres des quatre dernières années commencent à se faire ressentir sur les livraisons des matériels de guerre français aux forces armées émiraties : 257,9 millions en 2010 et 271,1 millions en 2011. Contre par exemple des flux de 653,7 millions en 2007 et 674,6 millions en 2006. En dépit de ce net effritement des exportations françaises aux Emirats, Abu Dhabi reste l\'un des principaux clients de la France sur la période 2002-2011. Il se classe au quatrième rang derrière l\'Arabie saoudite, le Brésil et l\'Inde.Une trajectoire qui peut être inverséeBien sûr cette trajectoire peut rapidement s\'inverser grâce à la signature d\'un grand contrat. Ce qui pourrait être le cas ce dimanche. Le groupe d\'armement public, Nexter, pourrait être sélectionné pour entrer en négociations exclusives avec Abu Dhabi pour la vente de 700 VBCI (Véhicule blindé de combat d\'infanterie), comme l\'a révélé \"Les Echos\". Au prix unitaire de 2,7 millions d\'euros (prix armée française), le contrat pourrait approcher les 2 milliards d\'euros. A plus long terme, il y a aussi le Rafale. La France discute depuis 2008 d\'une vente de 60 Rafale aux Emirats. Une vente qui prendra du temps en dépit de la reprise des négociations entre Dassault Aviation et Abu Dhabi en janvier.Des relations orageuses entre Paris et Abu DhabiLe Rafale a d\'ailleurs beaucoup altéré fin 2011, début 2012 les relations entre la France et les Emirats Arabes Unis. Ce qu\'a bien expliqué fin octobre Jean-Yves Le Drian : \"ce dossier empoisonnait nos rapports. Il y a eu un effilochage de notre relation depuis dix-huit mois\", avait-il expliqué dans cette interview au \"Parisien\". Il est vrai que l\'activisme de Nicolas Sarkozy, qui voulait à tout prix vendre des Rafale à Abu Dhabi et la relation difficile entre le PDG de Dassault Aviation, Charles Edelstenne, qui a quitté depuis ces fonctions, et le prince héritier Cheikh Mohammed bin Zahed Al Nahyan avaient fini par agacer très sérieusement les Emirats. Un coup de colère qui s\'était concrètement traduit par la mise en compétition du Rafale avec son rival européen, le Typhoon (BAE Systems, EADS et l\'italien Finmeccanica).Pourtant, la France a accepté beaucoup d\'exigences des Emiratis. Notamment elle a installé dans le pays une base interarmée à Al Dahfra (Abu Dhabi) forte de 700 hommes prépositionnés... sans jusqu\'ici aucune contrepartie. \"Il y a très peu d\'endroits dans le monde où c\'est le cas\", avait d\'ailleurs précisé Jean-Yves Le Drian. Sans compter le partenariat de défense très étroit signé par les deux pays, qui assure aux Emirats une garantie très forte de Paris en cas d\'aggression. Paris a également fini par débloquer début 2011 pour les compagnies aériennes Emirates (Dubaï) et Etihad (Abu Dhabi) des droits de trafic supplémentaires (autorisation de vols), essentiellement à Roissy, entre la France et les Emirats Arabes Unis. Là aussi sans contrepartie pour la France. Enfin, les exigences émiraties, au début sans limite, sur une version améliorée du Rafale ont finalement évolué au fil du temps et des belles performances opérationnelles du Rafale en Afghanistan et en Libye, où la France et les EAU ont partagé des missions opérationnelles.Les autres groupes français priés de patienterDepuis 2009, les autres groupes français, déjà fortement concurrencés par les groupes américains et des entreprises de certains pays émergents comme la Turquie très actifs dans cette région du monde, ont été plus ou moins priés par l\'Elysée de faire patienter leurs offres dans ce pays afin de ne pas parasiter la négociation sur la vente des 60 Rafale. Pour autant, Thales s\'est quand même payé le luxe d\'une crise aigüe avec Abu Dhabi début 2011. L\'électronicien refusait de signer un accord-cadre sur les offsets (des compensations économiques dans le pays en contrepartie d\'un contrat) mis en place par les autorités émiraties. Ce qui avait irrité jusqu\'au prince héritier Cheikh Mohammed bin Zahed Al Nahyan, et mis en danger les négociations sur le Rafale. D\'ailleurs, aucun grand patron français, à l\'exception de celui de Nexter, n\'avait fait le déplacement lors de l\'édition 2011 du salon de l\'armement d\'Abu Dhabi (IDEX).Aujourd\'hui la confiance est revenue entre les deux pays. \"Mon objectif était de rétablir la confiance. Je ne suis pas allé aux Emirats pour les Rafale. Les Rafale attendront. Cette discussion viendra ultérieurement...\", avait expliqué le ministre de la Défense en octobre. Depuis François Hollande a également effectué mi-janvier une visite officielle aux Emirats Arabes Unis où il a relancé le Rafale. Dans le foulée les négociations entre Dassault et Abu Dhabi ont repris. Une nouvelle lune de miel... jusqu\'à la prochaine dispute ?

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