Lacroix revisite L'Orient des femmes

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Hasard du calendrier ? Alors que le monde arabe traverse un printemps inédit, sous le signe de l'aspiration grandissante à la démocratie, le musée du quai Branly nous invite à découvrir un pan méconnu de la culture du Proche-Orient, la richesse de ses trésors vestimentaires féminins.Sous le titre « L'Orient des femmes », l'exposition a été orchestrée par Christian Lacroix avec la commissaire Hana Al Banna-Chidiac, responsable des collections d'Afrique du Nord et Proche-Orient du Quai Branly. Depuis qu'il a, en 2009, perdu le contrôle de sa marque, le créateur multiplie les projets. Il collabore à l'enseigne espagnole Desigual, vient de dessiner une médaille du Pacs pour la Monnaie de Paris, oeuvre au design du tram de Montpellier, a illustré neuf couvertures de Livre de Poche (dont « La Princesse de Clèves » et « Alice au pays des merveilles »). Mais, c'est essentiellement dans les théâtres et les opéras, en France, comme en Allemagne que l'on peut mieux apprécier son talent, son sens de la couleur et la richesse de ses détails. Lui qui aime à « rendre théâtral le quotidien » a époustouflé la scène de l'Opéra Comique avec les costumes de Fortunio. Il signera bientôt à Berlin ceux d'« Agripppine » de Haendel tandis qu'il prépare déjà ceux d'« Aïda » à Cologne et un opéra de Bellini à Munich. Autre corde à son arc, la mise en scène d'expositions. Au quai Branly, si l'envie de repeindre les cimaises du musée conçu par Jean Nouvel lui a été refusée, pour le reste, le créateur a pu réaliser tous ses désirs. Le résultat se déploie entre coffres de bois, motifs orientaux et vitrines. 150 costumes d'apparat des femmes d'Orient, de 1880 à nos jours se plantent sous nos yeux, suspendus sur des armatures métalliques, pour mettre en valeur leur coupe en forme de T. Ces allures fantomatiques, flottant dans les airs, formulent un démenti formel. Le noir et la rigueur tant valorisés par les islamistes extrémistes aujourd'hui n'ont rien à voir avec les costumes traditionnels de ces femmes de Syrie, de Jordanie, des territoires palestiniens et du désert du Sinaï. Ici, c'est une flamboyance de couleurs et de motifs qui sculptent les étoffes. Les voyageurs des siècles derniers en ont témoigné, tous ont été décontenancés par la beauté de ces vêtements de pauvres dignes des plus belles ballerines d'opéra. Des caftans aux sarouals, des milliers de points dessinent une profusion de motifs, géométriques pour certains, proches de la peinture pour d'autres. Le losange apparaît ainsi pour repousser le mauvais oeil tandis que le rouge (la couleur du sang), incarnant la fécondité et la protection, est privilégié car il se devait d'apporter la richesse aux femmes qui le portaient. Les villageoises et les bédouines réalisaient elles-mêmes leur trousseau de mariage. « Brodées par mains de fillettes pour des noces lointaines, ces robes suivaient leur itinéraire de la maison du père à celle de l'époux, raconte la poétesse Vénus Khoury-Ghata. Elles nous racontent la vie de celles qui les ont imprégnées de leur sueur avec son cortège de petites et joies et de tristesses. » En remontant le fil du temps, on ne peut qu'être ému par ces imaginaires poétiques. La mise en perspective de cette tradition continue des savoir-faire, dans un contexte politique et social en plein bouleversement, touche au coeur la sensibilité. « L'Orient des femmes vu par Christian Lacroix », jusqu'au 15 mai 2011. À lire également, le catalogue de l'expostion, 164 pages, 32 euros, publié chez Actes Sud. www.quaibranly.f

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