Lier l'écologie à la question sociale

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En pleine tragédie japonaise, le propos d'Éloi Laurent recentre le débat écologique sur ce qu'il a d'essentiel : son horizon politique. Économiste et conseiller scientifique au Centre de recherche en économie de Sciences po (OFCE), il propose une lecture inédite des grands problèmes environnementaux, loin de l'habituelle angoisse écologique qui réduit souvent la cause de la défense de la planète à un « parti de la catastrophe ». « Comment éviter que la crise d'aujourd'hui ne repousse encore l'horizon de la transition écologique si nécessaire à la justice sociale ? » interroge l'auteur de « Social-écologie ». Son verdict est sans appel : « Nous sommes encore plus responsables de la menace écologique que nous ne voulons bien le penser mais nous maîtrisons davantage notre destin social que nous ne voulons bien le croire. » Reste à reconnaître leur interdépendance. Développant une thèse selon laquelle systèmes sociaux et écosystèmes sont étroitement liés, il en appelle à une restauration de l'homogénéité sociale pour préserver la diversité naturelle de notre monde. Dans la droite ligne du texte adapté par la conférence mondiale des peuples sur le changement climatique à Cochabamba (Bolivie) en 2010 : « Pour qu'il y ait équilibre avec la nature, il faut d'abord qu'il y ait équité entre les êtres humains. » Seule la perspective des inégalités permettra de réconcilier les impératifs contradictoires de progrès et de conservation. Car les inégalités de revenu et de pouvoir, qui ont explosé ces trente dernières années, jouent un rôle fondamental dans les crises écologiques, estime Éloi Laurent. La démocratie apparaît alors comme notre meilleur recours. Encore faut-il qu'elle soit égalitaire, c'est-à-dire qu'elle résiste à la corruption politique engendrée par les inégalités économiques. Le constat, chiffres à l'appui, est celui d'une injustice fondamentale qui rend désormais nécessaire une justice environnementale globale.Voilà un débat propre à s'inviter dans la campagne de 2012 pour revigorer les vieilles thèses écologistes. « Car si la puissance publique veut changer non pas les comportements mais les attitudes des citoyens, il lui faudra aller au-delà du seul principe de rationalité économique », et travailler plus sur les attitudes que sur les comportements. Inutile de jouer sur les peurs - moteur naturel de l'action écologique qui paralyse plus qu'il n'incite à agir -, mais sur la justice partant du principe que nos sociétés seront plus justes si elles sont plus soutenables et plus soutenables si elles sont plus justes.Sophie Péte

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