Israël, terre promise

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Il est des livres qui vous tombent dessus sans crier gare, imposent une langue rare et bouleversent le paysage littéraire, l'air de rien. « la Maison Rajani » de l'Israélien Alon Hilu, publié au Seuil, est de ceux-là. Car l'auteur renoue avec l'hébreu ancien et l'arabe classique pour remonter le fil des relations entre Arabes et Juifs en Palestine ottomane et donner des pionniers sionistes une image à mille milles de celle forgée par le mythe.Roman à deux voixNous sommes en 1895 à Jaffa. C'est là que débarque Isaac Luminsky flanqué de son honorable épouse, une beauté indépendante acceptant de se donner à son mari avec parcimonie. Ingénieur agronome, sioniste engagé, Luminsky est là pour acheter les meilleures propriétés aux Arabes afin d'y installer des colonies juives. C'est ainsi qu'il rencontre les Rajani, mère et fils. À la tête d'un domaine particulièrement fertile, tous deux succombent à ses charmes. Salah, adolescent perturbé couvé par sa maman, est persuadé d'avoir trouvé en Isaac son meilleur ami. Sa mère, d'avoir dégoté un amant aussi doué qu'aimant. Sans se douter qu'il n'en veut qu'à leur terre.Hilu tricote un roman à deux voix en alternant les journaux intimes de Luminsky et de Salah dans une langue magnifique, ancienne, toute en métaphore, qui n'est pas sans rappeler le « Cantique des cantiques » dans les passages érotiques. Mais on croise aussi ici des djinns propres à la littérature arabe.Publié en Israël en 2008, le livre envoûtant d'Alon Hilu a connu un succès critique et public retentissant. Mais aussi quelques scandales. Il a ainsi fallu changer les noms des protagonistes, les descendants de l'ingénieur agronome ne souhaitant pas voir leur nom associé à celui du héros. Des avocats d'extrême droite ont ensuite reproché à l'auteur son portrait des pionniers du sionisme. Car Luminsky apparaît ici comme un manipulateur, cynique et méprisant, prêt à tout pour arriver à ses fins, voyant dans les Arabes - qu'il n'essaye jamais de comprendre - des « babouins ».Au fil des pages, c'est la légitimité des Juifs à s'installer en Palestine qui se pose ici. De nombreux lecteurs israéliens y ont été sensibles. Comme s'ils avaient besoin de relire l'histoire de leur pays pour mieux envisager l'avenir. Y. Y.Éditions du Seuil, 408 pages, 24 euros.

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