AXA PE tente de calmer le jeu sur Skyrock
La Tribune
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Halte au feu. Trois jours après le début des hostilités avec Pierre Bellanger, le président de Skyrock, le fonds d'investissement Axa Private Equity (Axa PE) lui a proposé la mise en place d'un « médiateur indépendant », afin de trouver une issue à la crise. Proposition à laquelle le fondateur n'a pas clairement répondu, se contentant d'indiquer à l'AFP que l'offre d'Axa était « le signe qu'il y a un problème ». Mais les avocats ont pris contact. Et Axa va lui proposer une liste de noms en début de semaine. En attendant, Pierre Bellanger prépare avec les auditeurs « une initiative populaire massive ». Il a aussi appelé le ministre de l'intérieur Claude Guéant, l'une de ses relations à droite, et le secrétaire général de l'Elysée, Xavier Musca, pour intervenir en sa faveur. Démi de ses fonctions opérationnelles mardi, tout en restant président du conseil d'administration, Pierre Bellanger était encore, vendredi, barricadé « dans son bureau tant que le conflit ne serait pas résolu ». En réalité, Axa PE n'a jamais demandé à Pierre Bellanger de quitter son bureau, mais espère y installer son nouveau directeur général, Marc Laufer, auquel la porte était toujours fermée vendredi. Derrière la guerre médiatique, se cache une affaire de gros sous. Combien vaut le groupe Skyrock, mis en vente en octobre? Certainement moins que les 80 millions d'euros estimés lors de l'entrée d'Axa au capital, en 2006. Skyrock a une rentabilité bien plus faible que ses concurrentes. En 2010, l'activité radio a dégagé une marge brute opérationnelle de 9 %, selon les chiffres communiqués jeudi, contre 13,2 % pour le groupe RTL, et 24,3 % pour NRJ. Même le pôle Internet - les Skyblogs - a affiché une marge brute de seulement 5,7 % l'an passé, et était déficitaire au niveau opérationnel. Pour 2011, Axa PE a refusé deux fois le budget présenté par Pierre Bellanger, avant de le congédier mardi. Si le fonds se dit prêt à accepter une offre de reprise de la part du fondateur de Skyrock, il craint que ce dernier ne sous-valorise sciemment le groupe, en vue d'un rachat à bas prix. Juste avant son éviction, Pierre Bellanger avait proposé par mail à Axa de reprendre la partie blogs, aidé par le Fonds Stratégique d'Investissement, selon nos informations. Recapitalisée à deux reprisesLe pionnier des radios libres assure que les contre-performances du groupe sont spécifiques à 2010. Mais les comptes - et les relations avec Axa - sont mauvais depuis 2007. Cette année-là, époque de croissance économique, la rentabilité est déjà très en deçà de celle promise par le management. Des promesses non tenues lourdes de conséquences. En effet, le rachat a été financé à hauteur de 30 millions par de la dette obligataire. Et celle-ci imposait de ne pas dépasser certains ratios d'endettement, calculés en fonction du plan d'affaires de Pierre Bellanger. Résultat : dès mi-2007, les ratios maxima sont dépassés, et la dette obligataire devient en théorie immédiatement exigible par les créanciers. Les commissaires aux comptes déclenchent alors un droit d'alerte auprès du tribunal de commerce de Paris. Le même phénomène se reproduit en 2008, quand les ratios sont à nouveau dépassés. Pour s'en sortir, Skyrock a dû rembourser 20 millions d'euros de dette obligataire, entre 2008 et 2010, bien avant leur échéance de 2012. C'est pourquoi la société a été recapitalisée à deux reprises, en 2008 et en 2009, via deux augmentations de capital d'un montant total de 13,5 millions d'euros, dont une dizaine de millions payés par Axa. Quant aux Skyblogs, à l'origine de l'intérêt d'Axa pour le groupe, ils n'ont cessé de reculer sur la scène Internet, de la 17e place au niveau mondial en termes de pages vues en 2007 à la 46ème place en 2009. En 2008, des négociations sont menées pour céder les blogs à Yahoo. « J'ai topé là avec Jerry Yang (co-fondateur de Yahoo) à Londres », a assuré jeudi Pierre Bellanger. Mais, selon nos informations, Yahoo avait demandé au dirigeant de s'installer à Londres, un déménagement que Pierre Bellanger voulait faire financer par le repreneur. Il aurait souhaité à cette occasion organiser son expatriation fiscale. Cette procédure longue a enlisé les négociations. Yahoo, occupé à son OPA avec Microsoft, a finalement renoncé au rachat. Interrogé, Pierre Bellanger n'a pas répondu à nos questions.
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