L'Argentine maquille sa trop forte inflation
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L'inflation est de retour en Argentine. Mais il est difficile de la mesurer. Pratiquement personne ne fait confiance à l'indice officiel « dibujado » (dessiné) par l'Institut national des statistiques, le naguère très sérieux Indec, aujourd'hui rebaptisé Indek (K pour Cristina et Néstor Kirchner, respectivement actuel et ancien président), dont la direction a été limogée en mars 2007. Depuis, la composition de l'indice et les prix de référence ont été modifiés, de manière à publier des statistiques plus présentables aux yeux des autoritès.Parallèlement, les instituts privés ont affiné leurs systèmes de mesure, afin de publier un indice des prix à la consommation considéré plus proche de la réalité. Il est d'ailleurs intéressant de noter que les syndicats, pourtant alliés du gouvernement, pennent en compte le taux d'inflation privé dans les négociations salariales. En moyenne, ce taux est deux fois supérieur à celui de l'inflation officiel. Pour 2010, le gouvernement prévoit une hausse des prix inférieure à 10 %, les économistes indépendants tablant sur au moins 20 % (en 2009, l'inflation a été de 7,9 % pour l'Indec, de 15 % pour les privés).Tensions sur l'offreLa principale cause de cette flambée des prix est la relative faiblesse de l'investissement, qui entraine des tensions sur l'offre dans un contexte de forte demande. Or la politique du gouvernement concourt à fouetter la consommation (mesures sociales pour les milieux populaires, facilités de crédit pour les classes moyennes) afin de se présenter dans les meilleures conditions aux élections de 2011. En clair, il y a peu de chance de voir l'inflation diminuer. La manipulation officielle des statistiques a de beaux jours devant elle : la reconnaissance du taux d'inflation réel impliquerait que le gouvernement admette que la pauvreté augmente de nouveau du fait d'une hausse des prix supérieure à celle des rémunérations des plus défavorisés.Jean-Louis Buchet, à Buenos Aires
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