Les dessous du bras de fer entre l'Etat et les pétroliers en Guyane

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Derrière les préoccupations affichées de protection de l\'environnement, la question du partage des profits du pétrole semble au cœur de la décision du gouvernement de suspendre le très prometteur permis de Shell et Total au large de la Guyane française. Le communiqué commun de Nicole Bricq, ministre de l\'écologie et de l\'énergie, et d\'Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, est sans ambigüité. «Dans le cadre d\'un code minier inadapté et obsolète, le précédent gouvernement a octroyé un permis exclusif de recherches à un consortium privé sans contrepartie suffisante pour l\'intérêt national », soulignent-ils. Le gouvernement « veillera également à ce que les retombées économiques soient justement définies au bénéfice de la population et des collectivités guyanaises ». « L\'inspiration excessivement libérale de ce code prive le pays et ses collectivités des ressources significatives qu\'ils sont en droit d\'en attendre », ajoutent-ils.\"Huit ans à l\'avance, cela ne sert à rien !\"Seul problème : ce partage des profits, qui fait l\'objet d\'âpres bras de fer partout dans le monde entre les pays producteurs de pétrole et les majors, doit être défini avant l\'éventuelle mise en production du gisement, à savoir pas avant 2018/2020, selon le calendrier prévisionnel de l\'opérateur Shell. Question : pourquoi suspendre maintenant le permis, alors que la découverte de pétrole, annoncée comme très importante par les pétroliers à l\'automne dernier, doit être encore confirmées par deux ans, au moins, de campagne d\'exploration ?«Négocier le niveau de la fiscalité et sa répartition entre l\'Etat et la région huit ans à l\'avance, cela ne sert à rien ! », affirme un spécialiste du secteur. « Il faut d\'abord s\'assurer de la réalité et de l\'ampleur des réserves. Et se réserver la possibilité de s\'adapter au futur contexte économique », ajoute-t-il. « Remettre à plat le code minier, datant de l\'après guerre, qui fixe la redevance que paie le pétrolier à l\'Etat et aux collectivités locales n\'est certainement pas illégitime. Mais il est loin d\'y avoir une urgence. On a le temps avant la mise en production », acquiesce un cadre du secteur pétrolier.Un gage aux électeurs écologistes Sauf à y voir un message adressé, à la veille du deuxième tour des législatives, aux alliés Europe Ecologie Les Verts du gouvernement et plus largement aux électeurs -et ils sont nombreux- méfiants à l\'égard des compagnies pétrolières. D\'autant qu\'en suspendant jusqu\'à nouvel ordre « tous » les permis d\'exploration, le gouvernement règle deux autres sujets qui suscitent des remous. Le permis d\'exploration Rhône Maritime, attribué en 2001 au large de Marseille et de Toulon sur une zone, dont une partie a fait l\'objet en 2004 d\'une mesure de protection, est ainsi également officiellement suspendu. Nicolas Sarkozy avait fait les premiers pas en annonçant début avril son refus de le prolonger. Cette mesure gèle aussi les forages exploratoires que préparent actuellement à l\'Est de Paris les sociétés Toreador et Hess. En Seine et Marne, dans l\'Aisne ou encore dans la Marne, les travaux préparatoires commencent pour forer d\'ici à la fin de l\'année. Les pétroliers, qui affirmaient ouvertement chercher du pétrole de schiste, préfèrent aujourd\'hui parler de pétrole conventionnel. L\'opposition de Nicole Bricq à ces forages ne date cependant pas de cette semaine puisque la sénatrice de Seine et Marne faisait partie des premières manifestations contre ces projets dans son département.La fiscalité du pétrole offshore plafonnée par une loi de décembre 2011Derrière cet empressement à suspendre ces permis, il demeure que la question de la fiscalité pétrolière en France reste entière. D\'abord parce que les dispositions en vigueur datent. Elles ont de surcroit été revues à la baisse au début des années 90 pour relancer l\'exploration et la production de pétrole dans l\'Hexagone. Aujourd\'hui, l\'Etat prélève 12% de la valeur du pétrole extrait à terre (pour la tranche la plus haute). Auxquelles s\'ajoutent des redevances payées aux communes et aux départements, qui pèsent pour environ un tiers de la redevance étatique. « Un niveau de fiscalité particulièrement bas qui s\'explique notamment par le fait que l\'Etat était pendant longtemps le seul producteur en France, via Elf. Il récupérait donc tous les profits », souligne un expert. Pour la production offshore, rien n\'était prévu en France depuis le début des années 90, faute de projets. Ce vide vient d\'être comblé par un article discrètement, et prestement, glissé dans la loi de Finances rectificative 2011, datant de décembre dernier. Problème : il limite à 12% de la valeur de la production, la taxe qui sera prélevée sur tout futur pétrole extrait du fond des mers, à partir du 1er janvier 2014. Nul doute que le gouvernement trouve ce plafond trop bas. « L\'exploitation des gisements guyanais contribuera à libérer des marges de manœuvre budgétaires pour le financement de la transition énergétique », soulignaient mercredi Nicole Bricq et Arnaud Montebourg dans leur communiqué commun. C\'est certainement cet article que le gouvernement veut réexaminer au plus vite. Un partage à 50/50 entre l\'Etat et la GuyaneA titre d\'exemple, la Norvège prélève 78% non pas de la valeur, mais des bénéfices réalisés sur le pétrole extrait de ses eaux. Entre les deux assiettes, se trouvent les coûts de production des pétroliers. Le débat risque d\'être houleux avec les majors, d\'autant que les représentants hexagonaux de l\'industrie, tout comme les experts de Bercy, ne sont pas très familiers de ces questions fiscales réservées, jusqu\'à présent, aux pratiques internationales. Cet article 52 de la loi de finances rectificative organise enfin le partage de ces futures recettes entre l\'Etat et les régions, la taxe devant être « affectée à 50 % à l\'État et à 50 % à la région ». Un arbitrage ardemment défendu par Christiane Taubira, député et conseillère régionale de Guyane, et toute récente Garde des Sceaux. 

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