L'Europe, ce géant mou sans tête

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L'empereur Frédéric II, né en Sicile et couronné à Aix-la-Chapelle en 1200, e?st réputé ne jamais avoir visité tous ses vassaux tant ils étaient dispersés. Dans l'Europe à Vingt-Sept, pourtant bien plus étendue que le Saint Empire, la technologie a virtuellement aboli les distances. Elle n'a pas mis fin à la dispersion du pouvoir. Il ne faut certes plus que quelques heures aux « chefs » - les chefs d'État et de gouvernement dans le jargon diplomatique - pour rallier Bruxelles, leur modeste capitale. Mais l'Union européenne, cet « empire non impérial », comme l'appela en 2007 José Manuel Barroso, n'est pas plus dirigée par le centre, que ne l'était le Saint Empire. Aujourd'hui comme jadis, c'est l'assemblée des princes qui fait la loi. L'Europe n'a pas de chef, mais elle a une diète.Et cette diète n'est pas aussi impuissante qu'on veut bien le dire. Jeudi, à Bruxelles, les Vingt-Sept qui étaient réunis sous la présidence d'Herman Van Rompuy ont tout de même avancé sur la voie d'un « gouvernement » économique européen. « Qu'est-ce qu'on met dans le gouvernement économique?? » a interrogé Nicolas Sarkozy. « Pas seulement les aspects budgétaires, aussi la stratégie de croissance, fiscale et la compétitivité. » Les Vingt-Sept ont ainsi définitivement adopté leur nouvelle stratégie pour les dix ans à venir, baptisée « UE 2020 », axée sur les nouvelles technologies et la croissance verte. Il faudra attendre octobre pour connaître tout l'éventail de la réforme de la gouvernance en préparation au sein du groupe Van Rompuy. « C'est un Conseil européen d'étape », a consenti le président français, soulignant cependant que le terme était encore tabou il y a quelques mois. Le Conseil s'est également montré déterminé sur la taxe bancaire et la taxe sur les transactions financières, deux sujets qui seront portés au G20 au nom des Vingt-Sept.Évidemment, la structure de l'Union grince sous la pression des marchés. Mais il faut admettre qu'elle a plus évolué en quelques mois que pendant les dix ans de débats institutionnels qui ont abouti à l'adoption du traité de Lisbonne. Le mécanisme européen de stabilisation de l'euro mis sur pied en mai était inimaginable en 2009. La publication des « stress tests » est longtemps restée taboue. « La méthode communautaire, c'est une façon de trouver des solutions ensemble à vingt-sept et entre institutions », expliquait un diplomate à la veille du Conseil.l'histoire à reboursTout l'enjeu des mois à venir sera d'organiser le pouvoir entre les différents « collèges » de la diète. Il y a les Seize membres de la zone euro qui partagent la monnaie et, depuis la création du Fonds de stabilisation, ont pris un lourd engagement financier les uns vis-à-vis des autres. Il y a les Vingt-Sept qui partagent un marché. Il y a la France et l'Allemagne, tentées de faire antichambre. Il y a aussi le collège des commissaires européens, sortes de connétables garants de l'intérêt commun.Au XVe siècle, le Saint Empire tenta plusieurs fois de se réformer jusqu'à ce que l'empereur cède devant la diète, laissant place à une mosaïque d'États. Mais l'Union européenne écrit l'histoire à rebours. Qu'elle soit dominée par sa diète n'annonce pas forcément sa décadence.

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