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Quand Sarkozy l'Américain redevient français

La Tribune

Publié le 17 novembre 2010 à 22:23 - Mis à jour le 17 novembre 2010 à 22:23

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Même la grammaire sert à faire de la politique. S'exprimant à la télévision mardi soir, le chef de l'État a utilisé à deux reprises l'imparfait du subjonctif. Un niveau de langage soutenu, inhabituel pour Nicolas Sarkozy, qui signe une nouvelle incarnation du président destinée à préparer sa réélection. Après les foucades du président à l'américaine, en 2007-2008, après le sang-froid et la maîtrise du manager de crise, en 2008-2009, voici, enfin, le président vraiment français.Français tout d'abord parce qu'il a adopté le registre de la protection, suivant ses prédécesseurs. En France, les électeurs attendent de leurs élus - et du premier d'entre eux en particulier - qu'ils fassent rempart contre les dangers du monde. À plusieurs reprises, le président a insisté sur la nécessité d'apaiser et de protéger, et sur l'inquiétude de la France, « pays éruptif ». Un registre largement exploité par François Mitterrand et Jacques Chirac, toujours au même moment politique, à la veille de leur réélection. Et toujours avec la même issue, la victoire. Cette stratégie politique est bien sûr aux antipodes de celle de la rupture, qui avait conduit Sarkozy à l'Élysée. Et c'est fort logique. Le point de passage entre deux mandats ne peut pas être le temps de la rupture, mais au contraire celui de la continuité. D'ici peu, le candidat fera la défense du fameux « modèle français » qu'il avait pourfendu avec talent pour conquérir le pouvoir.Français ensuite parce que les deux sujets qu'il a développés, l'assurance dépendance et la taxation du patrimoine, sont des sujets de vieux : les quinquagénaires sont préoccupés par la dépendance de leurs parents et par l'accumulation du patrimoine qui financera leur retraite. La France, comme toute l'Europe, vieillit, et sa demande change. Sarkozy en a pris acte. Pas un mot sur l'éducation mardi soir, quasiment pas sur l'insertion professionnelle des jeunes, sur une heure et demie de discours. Jamais on n'aurait pu entendre un chef de l'État s'exprimer ainsi dans un pays à forte croissance où la jeune génération exerce sa poussée. Chez nous, ce sont au contraire les « panthères grises » qui font la loi, et qui constituent la cible électorale privilégiée de Sarkozy.Français encore par la méfiance nouvelle, et désormais affirmée, dont le chef de l'État fait preuve vis-à-vis du marché. Évoquant son programme pour le G20, Nicolas Sarkozy a ainsi pointé la volatilité des cours des matières premières, qui pénaliserait les agriculteurs, et qu'il ambitionne de réduire grâce à un accord international. La même obsession de la stabilité s'applique aux cours des monnaies, que le chef de l'État souhaiterait encadrer lors d'une conférence dite de « Bretton Woods II ». Là encore, la continuité avec ses deux prédécesseurs est saisissante, qu'il s'agisse d'un Mitterrand pointant ceux qui « s'enrichissent en dormant » ou d'un Chirac toujours prompt à dénoncer la finance et la mondialisation des Anglo-Saxons. On a même vu resurgir dans les paroles du président, mardi soir, une idée de l'association d'extrême gauche Attac, la taxation des transactions financières pour financer l'aide au développement. Chirac avait voulu faire la même chose, et s'était finalement rabattu sur la taxation des billets d'avion, moins complexe.Français enfin dans l'acceptation de la logique institutionnelle de la Ve République, que le chef de l'État nouvellement élu avait malmenée de façon très dangereuse pour lui et pour la stabilité du pays. Mardi, Sarkozy n'était plus un hyperprésident, mais un vrai président à la française, indiquant le cap et protégeant la nation. Corollaire, les rapports avec le Premier ministre se transforment. À l'hôtel Matignon, où il n'y avait naguère qu'un « collaborateur », réside désormais un François Fillon marquant sa différence et exprimant sa force politique. Cela irrite très probablement le président, mais il ne l'en reconduit pas moins. Signe qu'il est prêt à composer avec un vrai Premier ministre, parce qu'il a trouvé un territoire à lui et à lui seul, celui du président. Et que c'est bien de là qu'il entend opérer désormais.De façon symbolique, cette « francisation » coïncide avec la disparition de l'incompréhensible ministère de l'Identité nationale au sein du gouvernement. Paradoxe ? Au contraire. Dès lors que le président incarne l'identité du pays - et c'est ce qu'on lui demande, dans une monarchie républicaine comme la nôtre -, nul besoin d'artifices nauséabonds. Au terme de cette conversion, il ne manquera plus qu'une seule chose à Nicolas Sarkozy pour occuper parfaitement sa place : aimer « la Princesse de Clèves », lui qui avait affiché de façon ostentatoire son dédain pour le roman de Madame de La Fayette.Par François Lenglet Directeur de la rédaction de « La Tribune »

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