Que faire contre les compagnies du Golfe ?

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STRONG>Pourquoi la concurrence des compagnies comme Emirates, Etihad vous gêne-t-elle tant ?En commandant 90 Airbus A380, Emirates a donné la dimension de ses ambitions. Cette commande est deux fois plus importante que celles, cumulées, des groupes British Airways, Lufthansa et Air France-KLM. Si les transporteurs européens perdent des parts de marché significatives, ils réduiront leurs fréquences qui relient l'Europe au reste du monde. Peut-on prendre le risque de voir des entreprises dont le rayonnement est mondial et qui cherchent le meilleur emplacement pour implanter une activité financière ou commerciale s'installer dans les Émirats plutôt qu'à Londres ou à Paris ?Mais n'est-ce pas le jeu de la libre concurrence ?Nous évoluons dans un monde libéralisé et chacun joue sa carte. Mais ces compagnies n'ont pas à supporter les mêmes charges que les nôtres. Les mots « charges sociales », « impôts », « taxes » sont inconnus dans les Émirats.Que demandez-vous ?Que les droits de trafic ne soient plus accordés à ces compagnies tant qu'elles disposent d'un avantage concurrentiel inacceptable qui relève, à nos yeux, de la distorsion de concurrence.Les Émirats incluent souvent les droits de trafic dans une négociation globale avec les États et, dans le cas de la France, le Rafale de Dassault Aviation est mis en balance.Je ne parle que d'un seul sujet. Est-ce que l'Europe veut devenir le cul-de-sac de lignes venant des Émirats et ne plus avoir de lignes reliées puissamment au reste du monde ? Les droits de trafic peuvent être monnayés contre ceci ou cela, mais je tiens à souligner qu'Air France emploie 65.000 salariés en France et que les droits de trafic octroyés ont une incidence sur ces emplois.Le secteur de l'armement est important aussi ?La fabrication d'un avion et d'un équipement assure des emplois pendant la période de la fabrication. Les droits de trafic ont un effet sur des emplois durables, sans limite de temps. Je serai très respectueux de la décision des autorités françaises. Je fais simplement valoir le fait que nous représentons une activité économique importante.La remarque sur le Rafale tient-elle pour Airbus ?Oui. Les A380 sont d'excellents avions. Mais les Émirats en auront besoin quelles que soient les décisions prises. Mélanger droits de trafic à d'autres sujets pose de réelles questions de souveraineté et n'est pas acceptable sur le plan des règles du commerce international.Y a-t-il en fait une réponse structurelle face à ces compagnies ?Nous avons de sérieux atouts à faire valoir. Notamment notre présence historique sur les grands marchés et la façon dont nous les connectons. Prenons la France et la Chine, par exemple. Si les compagnies du Golfe veulent vendre en France, nous pouvons résister avec notre programme de fidélisation, nos contrats avec les entreprises, notre puissance en Europe où nous représentons plus de 30 % du marché long-courrier réalisé par les compagnies européennes. En Chine, nous pouvons compter sur nos quatre alliés dans SkyTeam, China Southern, China Eastern, Shanghai Airlines et China Airlines. Dans un système de partages de coûts et de recettes sur un programme de vols coordonnés avec beaucoup de routes entre la France et la Chine (appelé joint-venture dans le secteur), nous pourrons essayer de résister aux compagnies du Golfe.L'idée est la même en Inde : avoir un partenaire pour faire plus de routes. Nous en cherchons un à qui nous apportons le marché européen - et éventuellement américain avec Delta - et qui nous apporterait, lui, le marché indien. Nous espérons annoncer une bonne nouvelle prochainement.Et au Moyen-Orient ?La compagnie libanaise Middle East Airlines (MEA) a annoncé son intention d'entrer dans Skyteam. Une autre du Moyen-Orient va suivre également.Vos attaques contre les compagnies du Golfe semblent donc exagérées ?Non, si nous sommes attaqués violemment par des avions de 600 sièges qui viennent se poser tous les jours en Europe, nous aurons beau multiplier les efforts, le déséquilibre entre nos hubs européens et celui de Dubai ne fera que s'aggraver.

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