Vers une explosion des ventes d'armes après la tuerie de Newtown ?

Pourtant très active sur Twitter, la National Rifle Association ne pipe plus un tweet depuis vendredi dernier. Ce même jour, un tueur lourdement armé s\'est attaqué à une école primaire de la ville de Newtown dans le Connecticut, faisant 28 morts dont vingt enfants de 6 et 7 ans. Alors que dans l\'opinion, les voix s\'élèvent encore une fois pour durcir l\'accès aux fusils et autres pistolets, le lobby des armes à feu choisit de se taire. Dans un communiqué publié ce week-end il a indiqué qu\'il ne réagirait pas \"tant que les faits [n\'auront pas été] soigneusement établis\".D\'habitude si prompt à vanter son \"gun of the week\" ou à se réjouir d\'une décision de justice dans l\'Illinois jugeant anticonstitutionnelle une loi sur l\'interdiction des armes de poing, la NRA, qui compte 4,2 millions de membres, ne veut pas se laisser entraîner dans la polémique. Elle laisse passer l\'orage. D\'autant qu\'ironie du sort, celui-ci pourrait se montrer particulièrement profitable. Le lobby des armes, qui pèse 2,5 milliards de dollars de chiffres d\'affaires annuels, selon les derniers chiffres disponibles qui datent de 2003, et produit trois millions d\'armes à feu commerciales par an, le sait bien : après chaque tuerie, les ventes de pistolets, fusils et munitions explosent.2.900 demandes d\'armes au Colorado après la tuerie d\'AuroraA chaque fois, le scénario est le même: les Américains se ruent vers les armureries. Dans la foulée de la tuerie d\'Aurora, le 20 juillet dernier, où un jeune homme déguisé en Joker a tué 12 personnes et blessé 60 autres dans un cinéma de la banlieue de Denver, les ventes dans l\'état du Colorado ont grimpé en flèche. Au total, près de 2.900 demandes d\'armes (+25% par rapport à la moyenne) ont été enregistrées dans les trois jours qui ont suivi. Le phénomène a été constaté dans d\'autres Etats. Il s\'est produit exactement le même effet lors de la fusillade de Tucson, en janvier 2011, où six personnes avaient trouvé la mort. Dans les jours qui ont suivi, les vérifications de casier judiciaires, obligatoires pour se procurer une arme, avaient bondi de 60%. Il y a donc de fortes chances pour qu\'il en soit de même après la tuerie de Newtown.Comme de coutume, les acheteurs, poussés par un sentiment d\'insécurité, agissent de la sorte pour se protéger. Comme le rappelle Zobel Behalal, responsable Paix et conflits à l\'ONG CCFD-Terre Solidaire et spécialiste des questions de régulation du commerce des armes classiques, la NRA prend systématiquement position en ce sens: \"Ils arguent que si plus de monde disposait d\'une arme, ces tueurs ne pourraient pas faire des carnages aussi grands puisqu\'ils seraient abattus plus rapidement.\"\"Aucun ensemble de lois ne pourra supprimer le mal sur Terre\"De quoi doper un peu plus les ventes d\'armes à feu outre-Atlantique, lesquelles ne cessent de progresser. Selon le NICS, un service du FBI, 16,5 millions de demandes émanant des armuriers ont été enregistrées l\'année dernière. Ce chiffre est en constante augmentation, et s\'affiche même en progrès de 18% depuis la réélection de Barack Obama, le 6 novembre dernier. Il faut dire que lors du second débat télévisé face à Mitt Romney, le président avait laissé entendre qu\'il pourrait se prononcer pour une interdiction des fusils d\'assaut. Ce qui a, semble-t-il, poussé les acheteurs à faire leurs emplettes avant un très hypothétique bannissement des rayons.Pourtant même si Barack Obama fait parfois figure de président \"anti-armes\", la sphère politique n\'ose pas franchement s\'attaquer au problème. Dans son discours prononcé dimanche après la tuerie de Newtown, le président des Etats-Unis s\'est ainsi montré assez flou concernant un vrai durcissement de la législation. Il a simplement constaté que le pays n\'en faisait \"pas assez\" pour protéger ses enfants, appelant à une à une table ronde à ce sujet. Dans la même veine, il a déclaré qu\'\"aucune loi à elle seule, ni aucun ensemble de lois ne pourra supprimer le mal sur Terre ni empêcher chaque acte insensé de violence dans notre société.\" Et d\'achever: \"Mais cela ne doit pas nous servir d\'excuse pour ne rien faire.\"Obama \"prisonnier de la réalité sociale\"Pour Zobel Behalal, \"Barack Obama demeure prisonnier de la réalité sociale du pays\", dont la Constitution du 15 décembre 1791 précise au deuxième amendement: \"Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d\'un État libre, le droit qu\'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé.\" De plus, il ajoute que si la Maison Blanche souhaitait durcir davantage la législation contre les armes, elle se heurterait à l\'opposition des Républicains. Sachant que les relations entre les deux partis sont déjà très tendues, notamment concernant l\'épineux dossier du \"mur budgétaire\". En clair, à moins qu\'un véritable mouvement social anti-armes n\'émerge un jour, Zobel Behalal juge que la tuerie de Newtown ne va donc \"rien changer\". 

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