Le SMIC : Salaire Minimum d'Insertion dans le Chômage !

Le taux de chômage des jeunes, qui a atteint 22,5% pour le premier semestre 2012, est intolérable. Devons-nous considérer que c’est une fatalité ? Les entrepreneurs de CroissancePlus ne le pensent pas. Les analyses des « experts » sont multiples : c’est la faute des filières de formation, des employeurs qui cherchent des débutants avec deux ans d’expérience, des jeunes eux-mêmes etc… A bien y regarder et en demandant aux employeurs quels sont les freins au recrutement des jeunes, on trouve parmi les causes réelles et sérieuses : le SMIC. Son utilité sociale est indiscutable. Mais le SMIC est aussi en train de devenir pour les jeunes le Salaire Minimum d’Insertion dans le Chômage. Pourquoi en est-il ainsi ?La première raison est que pour un poste rémunéré au SMIC, un salarié ayant quelques années d’expérience professionnelle et une plus grande maturité sera toujours privilégié, au détriment d’un jeune sans qualification et sans expérience qui postulerait pour le même poste au même salaire. L’expérience des entrepreneurs étant qu’à salaire équivalent le coût du travail est plus important pour les jeunes sans qualification ni expérience. La seconde raison est que la possibilité de trouver un emploi non qualifié au SMIC décourage certains jeunes de poursuivre leur formation initiale… Formation qui pourrait leur permettre d’accéder progressivement à des salaires plus élevés et non de plafonner au SMIC dans l’attente de coups de pouces gouvernementaux.Le SMIC ne doit pas être un salaire à vie, il doit être un point d’entrée et d’insertion dans la vie professionnelle. Or aujourd’hui, c’est trop souvent un dispositif d’exclusion pour les jeunes ! Et les hausses ou coups de pouces ont un effet contre-productif en aggravant les facteurs d’exclusion. Pour contribuer à réduire la spirale infernale du chômage des jeunes, il est nécessaire d’envisager des aménagements spécifiques du SMIC qui permettent de baisser le coût du travail d’employés non qualifiés et d’encourager la poursuite de formations initiales.Pourquoi ne pas alors proposer aux jeunes un Salaire Minimum d’Insertion professionnelle (le SMIP) ? Le SMIP, réservé aux 17-24 ans, pourrait être modulé en fonction de deux variables qui impactent le cout horaire du travail, à savoir la rémunération du salarié d’une part, et le temps de travail d’autre part. Le Royaume-Uni de Tony Blair a montré la voie à la fin des années 90 en instituant un « salaire minimum différencié », avec lequel la rémunération minimale augmente en fonction de l’âge et de la qualification du salarié. C’est une piste que la France peut à son tour explorer. Une autre piste, aux effets similaires consisterait à établir une durée hebdomadaire du travail différente pour les 17-24 ans. A rémunération mensuelle équivalente au SMIC, les jeunes travailleraient sur une base hebdomadaire de 40h, faisant automatiquement baisser leur cout horaire pour les entreprises sans néanmoins rogner sur leur salaire net et leur pouvoir d’achat. A l’heure où le débat sur les 35 heures refait surface, restreindre le détricotage de cette loi hautement symbolique aux jeunes pourrait peut être trouver un écho politique plus favorable.Passer du SMIC au SMIP, Salaire Minimum d’Insertion Professionnelle (SMIP) en adaptant le dispositif actuel, c’est répondre à deux priorités pour renouer avec une croissance sur le long terme : aider les jeunes à trouver des débouchés professionnels et baisser le coût du travail pour des entreprises entravées dans leur développement. Ce SMIP proposerait un salaire progressif ou un temps de travail dégressif aux jeunes salariés, en fonction de leur âge de leurs qualifications. Un jeune de 18 ou 20 ans sans expériences professionnelles, ne se retrouverait plus en concurrence directe avec un salarié ayant une expérience de quelques années pour un poste à rémunération identique. Les entreprises pourraient proposer davantage de postes aux jeunes, car le coût du travail serait diminué. Les vertus en seraient multiples, à la fois pour les jeunes, les entreprises et l’Etat.Dans tous les cas, les réticences dogmatiques devant la mise en place d’un « SMIC jeunes » ne sont plus d’actualité devant l’urgence de la situation. Le débat doit être mené rapidement sous peine de voir les jeunes continuer à être les victimes du marché du travail du fait d’un SMIC inadapté. Economiquement efficace, le SMIP est une véritable piste à étudier pour sauver nos jeunes d’un chômage endémique, terreau du désespoir et de la contestation. Le bénéfice pour la société serait incalculable et pas seulement économiquement, mais aussi socialement. Car on ne peut admettre de sacrifier partiellement une génération, sous le seul prétexte que le SMIC est un totem intouchable. Sous sa forme actuelle, il est l’antichambre du chômage pour les jeunes, prenons-en conscience et ayons le courage de le faire évoluer pour le mettre à leur service.(*) Rapport \"Salaire minimum interprofessionnel de croissance\", rédigé par un groupe d\'experts et inspiré des travaux de deux économistes, Gilbert Cette (Banque de France et université Aix-Marseille) et Etienne Wasmer (Sciences-Po Paris).

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