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Pas de sauvetage de l'euro sans un vrai fédéralisme

La Tribune

Publié le 18 janvier 2011 à 22:24 - Mis à jour le 18 janvier 2011 à 22:24

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ChroniqueLes institutions européennes, les gouvernements, le FMI considèrent que la crise des pays périphériques de la zone euro est une crise de liquidité. Le remède est connu, c'est celui qui est appliqué pour la Grèce et l'Irlande : que des prêteurs publics prêtent à ces pays à la place des investisseurs privés le temps nécessaire pour que ces pays retrouvent la capacité de se financer normalement sur les marchés financiers ; en même temps, que les pays concernés mettent en place des politiques qui faciliteront le retour de la confiance des investisseurs privés ? réduction des déficits publics, politiques structurelles augmentant la croissance de long terme.Une crise de solvabilité est différente : le pays n'a pas le moyen de rembourser sa dette ; le prélèvement sur les revenus nécessaire pour assurer le service de la dette est insupportablement élevé, et le pays choisit finalement de faire défaut. Cela se produit quand le taux d'endettement est trop élevé, la croissance trop faible. Les remèdes adaptés au cas d'une crise de liquidité sont alors totalement inefficaces : si le pays emprunte non auprès d'investisseurs privés, mais auprès d'investisseurs publics, il accroît quand même son endettement et sa solvabilité continue à se dégrader. Le problème est que certains pays de la zone euro sont structurellement insolvables : ce sont les pays très désindustrialisés, très spécialisés dans les services non exportables (construction, distribution, services aux particuliers...).Un pays qui a perdu une large partie de son industrie (Grèce, Portugal, Espagne, France) a nécessairement un déficit extérieur continuel : il doit importer les produits industriels. Ses agents économiques s'endettent donc perpétuellement auprès du reste du monde. Avant la crise de 2007, il s'agissait du secteur privé ; depuis 2007, le secteur privé se désendette, et la charge de l'endettement repose sur le secteur public. Il faut comprendre que, dans ces pays, les déficits publics sont le reflet de la spécialisation productive dans les services non échangés. Si le déficit public disparaissait, cela impliquerait que le déficit extérieur disparaîtrait aussi, or c'est impossible (du moins à un niveau normal d'activité et d'emploi) puisque le pays, étant désindustrialisé, ne peut pas équilibrer son commerce extérieur, faute de produire tous les produits industriels qu'il utilise.Que se passe-t-il pour une région à l'intérieur d'un pays ? Si une région (la Floride, le sud de l'Italie...) a perdu l'essentiel de ses activités industrielles, elle a un déficit commercial. Mais, à l'intérieur d'un pays, ce déficit commercial est compensé par des transferts de revenus venant du reste du monde, qu'on pense par exemple aux salaires versés aux fonctionnaires, aux prestations sociales, aux investissements publics... Une région d'un pays spécialisée dans les services a ainsi un déficit commercial, mais pas de déficit de sa balance courante grâce aux revenus qu'elle reçoit. Mais la zone euro n'a pratiquement aucune structure fédérale. Un pays désindustrialisé ayant un déficit commercial chronique ne reçoit presque aucun revenu depuis les autres pays de la zone. Il doit donc s'endetter perpétuellement, donc il est bien structurellement insolvable une fois que les taux d'endettement élevés ont été atteints.La zone euro est donc confrontée à un problème d'insolvabilité chronique des pays spécialisés dans les services. Ces pays ne se réindustrialiseront pas : il s'agit d'un processus trop long et trop pénible, impliquant de fortes baisses de salaires, des impôts... D'ailleurs, la spécialisation de certaines régions dans l'industrie et d'autres dans les services est complètement normale à l'intérieur d'une union monétaire, où les avantages comparatifs des régions sont exploités puisqu'il n'y a plus de risque de change. Une union monétaire où toutes les régions sont industrielles n'a aucun sens et d'ailleurs n'existe pas.Quels sont alors les choix ? Soit continuer à prétendre qu'il s'agit d'une crise de liquidité passagère pour gagner du temps ; mais puisqu'il s'agit d'une crise d'insolvabilité, il y aura nécessairement défaut, même repoussé dans le futur. Soit comprendre la nature du problème et modifier les institutions pour que les pays désindustrialisés de la zone euro redeviennent solvables. Cela ne peut se faire, comme à l'intérieur d'un pays, que par le fédéralisme : soit par transferts de revenus (à l'exemple des régions allemandes), soit en émettant de la dette commune à tous les pays de la zone euro, ce qui réglerait le problème puisque, prise dans son ensemble, la zone euro est solvable.

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