Inverser la courbe du chômage cette année, vraiment ?

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Inverser la courbe du chômage pour la fin 2013. C\'est l\'objectif maintes fois fixé par François Hollande. S\'il y parvient, le chef de l\'Etat sait alors qu\'il jouira d\'une forte crédibilité auprès de Français dont la principale préoccupation reste la crainte du chômage... Bien plus que le retour à un déficit des comptes publics limité à 3% du PIB. François Hollande a cependant pris un grand risque, alors que depuis vingt mois le nombre des demandeurs d\'emploi ne cesse d\'augmenter, malgré le léger répit enregistré en décembre 2012, que les perspectives économiques restent atones, que la politique budgétaire restrictive tue dans l\'œuf toute tentative de relance keynésienne ...Une palette complète d\'armes \"anti chômage\"Pour tenter de contourner tous ces obstacles, le gouvernement s\'est progressivement doté d\'une palette complète d\'armes « anti chômage », obéissant, pour la plupart, à une très classique logique contracyclique. Le contrat de génération a été définitivement adopté par le Parlement le 14 février. Le ministre du Travail, Michel Sapin, en attend 500.000 d\'ici la fin du quinquennat pour un coût estimé à environ 1 milliard d\'euros. Il s\'agit pour les entreprises de moins de 300 salariés d\'une aide (de 4.000 euros par an) en cas d\'embauche en CDI d\'un jeune de moins de 26 ans, assortie du maintien dans son emploi jusqu\'à la retraite d\'un senior de 57 ans. Il va être intéressant de suivre la montée en puissance de ce contrat. Va t-il inciter des PME, rendues frileuses par la crise, à recrutemer? Le second outil, le contrat d\'avenir, s\'adresse à un autre public : les jeunes les plus défavorisés. Il doit permettre aux jeunes de moins de 26 ans les plus éloignés du marché du travail d\'être recrutés dans une structure appartenant au secteur non marchand. L\'Etat prendra en charge 75% de la rémunération durant trois ans. Michel Sapin espère 100.000 contrats de ce type cette année, puis 50.000 en 2014.Le contrat d\'avenir va progressivement monter en puissancePour l\'instant, seuls 5.000 contrats d\'avenir ont été signés même si la progression est régulière. Cette lente montée en puissance s\'explique par le souhait du gouvernement de ne pas se tromper de cible : ce sont les jeunes les moins favorisés qui sont visés, pas les autres. « Il est certain que les associations préféreraient des Bac+2 mais la mesure ne s\'adresse pas eux », aime à répéter Michel Sapin. Les Maisons de l\'emploi et les mission locales sont donc à l\'œuvre pour détecter les jeunes les plus éloignés du marché du travail et les Régions sont en train de déployer leur ingénierie sociale pour bâtir des parcours de formation pour que ces jeunes puissent, éventuellement, devenir employables dans trois ans dans le secteur marchand. Toutes ces démarches prennent du temps. Un message lancé à d\'éventuels investisseurs étrangersL\'accord du 11 janvier réformant le marché du travail constitue un troisième outil. Même s\'il ne sera pas immédiatement utilisable, il est censé, en revanche, créer un nouvel état d\'esprit. Le texte de l\'accord est transcrit dans un projet de loi qui sera adopté en conseil des ministres le 6 mars avant d\'arriver devant le Parlement. Il devrait être définitivement voté avant l\'été. En sécurisant les procédures de licenciements, en renchérissant un certain nombre de contrats précaires, en « flexibilisant » le marché du travail, le texte est censé rasséréner des employeurs anxieux à l\'idée d\'embaucher. C\'est surtout un message lancé à d\'éventuels investisseurs étrangers susceptibles de s\'implanter en France.Last but not least, le gouvernement attend beaucoup du Crédit d\'investissement compétitivité emploi (CICE) qui va permettre à toutes les entreprises de bénéficier d\'un allégement du coût du travail (sur les salaires n\'excédants pas 2,5 Smic) de 3% cette année et de 6% dès l\'année prochaine.L\'Insee table sur un taux de chômage de 10,5% à la fin juinBref toute une panoplie de moyens qui démontrent le volontarisme dont fait preuve le gouvernement. Pour autant, le pari de l\'inversion de la courbe du chômage est loin d\'être gagné au regard de la conjoncture. Au mieux, la croissance pourrait atteindre 0,1% au premier trimestre, voire 0,4% sur l\'année. Or, les économistes s\'accordent pour considérer que la France recommence à créer des emplois avec 1% de croissance et que le chômage baisse à compter de 1,5% ! L\'Insee prévoit que le secteur marchand devrait encore perdre 75.000 emplois au premier semestre. Et, cerise sur le gâteau, 120.000 nouveaux entrants sur le marché du travail vont arriver cette année du fait de la bonne tenue de la démographie française. Et encore, ce nombre des entrants est en légère baisse par rapport aux année passées : les générations qui arrivent étant moins nombreuses que les générations, issues du baby boom, qui partent à la retraite. La réelle embellie, si embellie il doit y avoir, attendra sans doute 201\'Autre problème, et non des moindres, les entreprises confrontées à un crise qui durent pourraient ajuster leurs effectifs à la situation, chose qu\'elles n\'ont pas totalement faite jusqu\'ici. Résultat, l\'Insee table sur un taux de chômage qui pourrait monter au niveau quasi record de 10,5% à la fin juin, pas loin des 10,8% de 1994 et 1998.Dans ces conditions, à moins d\'une reprise surprise au deuxième semestre et malgré tout le volontarisme gouvernemental, il semble extrêmement difficile d\'envisager une inversion de la courbe du chômage cette année... Une stabilité du nombre des demandeurs d\'emploi serait déjà bien. La réelle embellie, si embellie il doit y avoir, attendra sans doute 2014.  

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