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La filière porcine passe à l'abattoir

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Publié le 18 mars 2013 à 22:03 - Mis à jour le 18 mars 2013 à 22:03

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le 27 février, Gad SAS, est placé en redressement judiciaire. Un coup dur pour les 1.500 salariés qui travaillent dans ses deux abattoirs de découpe de porcs installés à Josselin dans le Morbihan et à Lampaul dans le Finistère. L\'entreprise ne sera sûrement pas la dernière à tomber. Car la filière porcine française fait face aujourd\'hui à plusieurs difficultés. \"La crise existe depuis très longtemps\", fait remarquer Antoine Gautier, analyste chez ODA, Offre et demande agricole, \"les années 1980 étaient très bonnes, mais la situation s\'est détériorée dans les années 1990 et, depuis, les éleveurs sont considérés comme en crise. Depuis 2007, avec la première crise des matières premières, les coûts de production sont de plus en plus souvent au dessus du prix de vente\".Une baisse de la rentabilité pour les éleveursAlors que le prix de la tonne de blé était encore à 100 euros en avril 2005 sur le marché à terme de la place de Paris, il est aujourd\'hui, pour un achat à mai 2013, à 232,5 euros. Un pic à 280 euros la tonne a même été atteint en novembre, à la suite de la sécheresse aux Etats-Unis, en Argentine et au Brésil. \"Les évolutions sont les mêmes sur le colza et le soja\", ajoute Antoine Gautier. \"Il faudrait que nous puissions vendre nos cochons à 1,8 euro le kilo à l\'abattoir. Aujourd\'hui on le vend 1,65 euro le kilo\", témoigne François Valy, responsable porc de la Fédération régionale des syndicats d\'exploitants agricoles (FRSEA) Bretagne, et éleveur dans le Morbihan. Difficile de lutter contre les hausses des matières premières : \"70% de nos charges sont alimentaires\", estime-t-il.\"On trouve des solutions de court terme auprès de nos banques, on s\'arrange avec nos coopératives, qui nous font crédit. On arrive à équilibrer, mais ça devient compliqué, et ça pèse sur le moral\", explique-t-il.Les normes européennes fatales pour des éleveurs ?A cela s\'ajoute, pour les éleveurs, de nouvelles normes imposées pour le bien-être des truies. Depuis le 1er janvier, celles-ci doivent être maintenues en groupe pendant une partie de la période de gestation, de telle sorte qu\'elles puissent bouger plus facilement. Fin février, selon des chiffres fournis par le ministère de l\'agriculture à une ONG, 28% des éleveurs français ne respectaient pas ces normes.\"On va perdre un certain nombre d\'éleveurs dans les mois à venir\", évalue François Valy. Certains se sont déjà arrêtés, mais \"on a toujours réussi à maintenir le volume de production\", ajoute-t-il. Aujourd\'hui l\'investissement supplémentaire peut coûter trop cher pour certains éleveurs, et les banques pourraient ne pas accepter de prêter. La France compte aujourd\'hui 12.000 éleveurs de porcs, dont un tiers sont installés en Bretagne. Mais la région produit 57% des 25 millions de porcs produits par an dans l\'hexagone.Les abattoirs en tenailleD\'un côté, les abattoirs voient donc arriver moins de porcs, à un prix plus élevé. De l\'autre, ils n\'arrivent pas à faire augmenter les prix d\'achat par les grandes surfaces. \"La grande distribution dicte sa loi\", regrette Patrick Piguel, délégué syndical CFDT à l\'abattoir Gad SAS de Josselin. Certains distributeurs, comme Système U, commencent à changer leur approche. En moyenne, dans les grandes surfaces selon Inaporc, l\'interprofession nationale porcine, le kilo de viande fraiche se revend entre 6 et 7 euros et le kilo de charcuterie entre 9 et 10 euros au consommateur.\"La situation est critique depuis longtemps, mais on arrivait à faire face jusque là\", ajoute Patrick Piguel. Gad SAS aurait une perte cumulée de 20 millions d\'euros en 2012. \"Aujourd\'hui c\'est Gad, mais demain, ça peut être un autre, commente François Valy, la situation est très tendue aujourd\'hui\". La filière, au total, emploie 100.000 personnes en France, boucher-charcutiers inclus.Concurrence allemandeLes abattoirs ne peuvent pas non plus tenter leur chance à l\'export. La part de marché des opérateurs français est déjà faible, et ne peut peser face à la concurrence. Surtout face aux Allemands. Car outre-Rhin, les abattoirs peuvent employer des salariés venus d\'Europe de l\'Est payés jusqu\'à trois fois moins cher qu\'en France. Et les tarifs des porcs qui sortent des abattoirs allemands font concurrence aux abattoirs français sur le marché hexagonal, dans la distribution. Les espoirs de la filière reposent désormais sur les grandes surfaces. Les abattoirs Gad SAS ont, eux, six mois pour examiner les moyens de pérenniser leur activité.

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