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« Il faut replacer les marchés réglementés au centre du jeu »

La Tribune

Publié le 18 avril 2010 à 21:19 - Mis à jour le 18 avril 2010 à 21:19

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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STRONG>Les pays du G20 se réunissent jeudi prochain à Washington. Où en est le grand chantier mondial de la régulation ?Duncan Niederauer. Pour ce qui concerne les activités de marché, nous sommes malheureusement au point mort. Dix-huit mois après la faillite de Lehman Brothers, aucune réforme concrète n'est entrée en vigueur à ce jour. Certes, en agissant dans l'émotion, nous aurions probablement été excessifs. Mais tout de même... Force est de constater que le sujet du risque systémique n'a pas mobilisé la communauté internationale.Y a-t-il un risque que rien ne change ?D. N. Ce risque me paraît toutefois limité. Les marchés financiers se portent mieux, les résultats des entreprises se sont améliorés et, au fil du temps, le sens de l'urgence faiblit. Mais, depuis deux ans, l'opacité s'est considérablement accrue sur les marchés. Afin d'éviter qu'une telle crise ne se reproduise, nous devons agir et replacer les marchés réglementés au centre du jeu.Dominique Cerutti. Je suis un peu plus optimiste en ce qui concerne l'Europe. La régulation des activités post-marché, c'est-à-dire tout ce qui concerne la compensation et le règlement-livraison, ainsi que la révision du cadre des marchés d'instruments financiers (la directive MIF) figurent à l'agenda de la Commission européenne et des régulateurs.Qu'attendez-vous de la révision de cette directive qui a bouleversé le fonctionnement des marchés d'actions ?D. C. Cette révision devra trancher le débat entre opacité et transparence. Si elle avait initialement des buts louables, la directive MIF a permis que la sphère opaque des marchés, qui englobe les transactions de gré à gré et celles exécutées sur des « dark pools » ou des systèmes d'échanges de titres réalisés au sein d'un même établissement bancaire, progresse de 20 % à 46 % des échanges en deux ans. Les seuls « crossing networks », qui se sont développés en dehors du cadre prévu par la MIF, représentent désormais près de 5 % des marchés européens. Quant aux « dark pools », dont la mission première et légitime était de permettre le traitement des blocs de titres sans impact sur le marché, ils s'appuient sur les exemptions à la règle de transparence pour traiter dorénavant des ordres de toute taille. Parallèlement, il faut mettre fin aux distorsions de concurrence entre marchés réglementés et plates-formes alternatives (MTF). On peut légitimement se demander quels objectifs servent les plates-formes alternatives, essentiellement détenues par de grandes institutions financières. À notre connaissance, elles perdent aujourd'hui toutes de l'argent alors même qu'elles bénéficient d'une série d'importants avantages concurrentiels liés à des exigences réglementaires moindres. Au final, l'univers transparent dont nous faisons partie ressort particulièrement fragmenté et affaibli. Cela soulève des questions de risque systémique, de la protection de l'investisseur et de clarté pour les émetteurs. Les régulateurs, l'AMF en tête, l'ont, je crois, bien compris, avec la nécessité pour eux de se coordonner. Dans ce débat, l'une des difficultés est d'obtenir des chiffres fiables et de comprendre les intérêts parfois divergents de certains acteurs. En matière de lobbying justement, les Bourses comptent à ce jour moins de dix représentants à Bruxelles à comparer avec plusieurs centaines pour l'industrie financière dans son ensemble. La révision de la MIF attendue pour fin 2010 ne devrait pas survenir avant le premier trimestre 2011.En attendant, votre part de marché est sous pression sur les actions en Europe comme aux États-Unis... D. N. Sur les actions cotées au Nyse, notre part de marché s'établit à 35 % et, depuis un an, nous avons réussi à stabiliser la situation. Sur les fonds indiciels cotés (ETF), nous occupons une position de leader. Sur les actions du Nasdaq, nous oscillons entre 10 % et 12 % du marché. Enfin, au premier trimestre, nous étions numéro un sur les options, qui constituent une activité de plus en plus importante pour nous. Compte tenu de la dérégulation des marchés observée depuis dix ans aux États-Unis, nous avons bien défendu nos positions face à des opérateurs qui n'ont, je le rappelle, aucune obligation de transparence.D. C. En Europe, notre part de marché sur les actions oscille autour de 74-75 %. Nous menons un combat quotidien face aux plates-formes alternatives (MTF), et ceci dans un marché difficile, sachant que, globalement, les volumes de transactions sur les marchés ont chuté de moitié par rapport à 2007. Nos activités dérivés ont bien progressé. Enfin, nous misons beaucoup sur notre dernier métier, la vente de notre technologie de marché, qui a dégagé un chiffre d'affaires de 368 millions de dollars l'an dernier, et que nous espérons porter à 1 milliard d'ici à cinq ans.Quelle est la contribution du marché cash aux comptes de Nyse-Euronext ?D. N. L'activité cotation et négociation sur actions représente environ 50 % de notre chiffre d'affaires et 20 % à 25 % de nos profits. Notre groupe s'est suffisamment diversifié pour ne pas dépendre de manière excessive d'activités aujourd'hui très concurrentielles. Une variation de 5 % de notre part de marché sur les transactions sur actions ne met pas en péril l'investissement de nos actionnaires.D. C. Sur les actions, nous avons baissé nos tarifs de 50 % tout en opérant une forte réduction de nos coûts. Nous avons ainsi fait preuve d'une grande capacité d'adaptation. En tant que seul marché transparent, nous devrions profiter de toute reprise des volumes à condition, et je veux le croire, que les distorsions de concurrence qui pénalisent l'exercice de nos métiers soient corrigées.Comment imaginez-vous Nyse-Euronext dans quelques années ? Acteur dans la consolidation du secteur ? Présent sur tous les continents ?D. N. Sans la crise, la consolidation des années 2000 se serait probablement poursuivie mais les opérateurs ont préféré se retrancher sur leurs projets internes. Tant que le paysage réglementaire n'aura pas évolué, nous n'avons aucun intérêt à acquérir des plates-formes alternatives et nous ne serions pas assurés de récupérer leurs volumes d'activité.D. C. Par ailleurs, elles ne sont pas profitables et leur technologie n'est pas supérieure à la nôtre.D. N. Concernant notre développement à l'étranger, nous concentrons actuellement nos efforts dans le Golfe, au Qatar notamment. Mais il s'agit ici de construire des partenariats technologiques et non pas d'acquisitions. En Asie, Shanghai souhaite accueillir rapidement à sa cote des sociétés non chinoises. Nyse-Euronext est un partenaire naturel pour l'y aider. Les sociétés que Shanghai vise sont probablement déjà dans notre communauté. Et Nyse-Euronext pourrait être la première d'entre elles à se coter à Shanghai.Finalement, quel est pour vous le modèle idéal de l'opérateur boursier ?D. N. Par le passé, toutes les Bourses étaient spécialisées et elles offraient simplement un service de cotation et le moteur d'appariement des ordres. Ce n'est plus le bon modèle. Nyse-Euronext est désormais présent sur l'ensemble de la chaîne de valeur : des actions aux dérivés, des outils de négociation à la compensation. Afin de conduire cette stratégie, nous avons réalisé une demi-douzaine d'acquisitions au cours des deux à trois dernières années.

La Tribune

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