Pourquoi la facture de Vinci et Bouygues pour l'arche de Tchernobyl a doublé

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Tout est hors norme dans ce chantier. À commencer par son enjeu : confiner pour cent ans la radioactivité du réacteur numéro 4 qui a explosé il y a vingt-cinq ans à Tchernobyl, en Ukraine, le 26 avril 1986. Le financement de ce contrat, confié en 2007 aux géants français Vinci et Bouygues, est également hors du commun. Quelque 23 pays donateurs, au premier rang desquels l'Union européenne et les États-Unis, se réunissent ce mardi à Kiev pour réunir les 740 millions d'euros qui permettront de boucler le budget total, porté de 900 à 1,6 milliard d'euros. Un geste de la Russie, qui n'a versé que 23 millions d'euros, est attendu. De son côté, Bruxelles a annoncé lundi un engagement supplémentaire de 110 millions.La facture de l'arche monumentale de confinement, que les Français sont en train d'ériger, ne représente que 55 % de ce budget. Mais son montant a doublé depuis 2007, passant de 432 millions d'euros à près de 900 millions. Et sa durée, initialement de cinq ans, a pris trois ans de retard. La livraison de l'arche, qui viendra recouvrir le sarcophage réalisé héroïquement par les 360.000 « liquidateurs » juste après l'accident, est désormais programmée à l'automne 2015. « Les études pour ce projet ont été plus longues que prévu », explique Hosni Bouzid, directeur du projet pour Novarka, société commune détenue à parité par Vinci et Bouygues. Il a fallu deux ans au consortium pour venir à bout de questions techniques inédites. « Comment garantir cet ouvrage pendant cent ans, et donc sa maintenance, sans possibilité d'y envoyer des hommes une fois l'arche en place au-dessus du réacteur ? », résume Hosni Bouzid, présent sur le projet depuis 2005.Un pont roulant intégré sous l'arche, haute comme deux fois l'Arc de Triomphe, permettra de démanteler le sarcophage et de retirer les débris. Comment éviter la corrosion de l'acier de ce pont pendant cent ans ? « Seul un traitement local le permet. L'intervention humaine étant exclue, nous avons conçu un système de double peau pour la couverture de l'arche associé à un système de ventilation, permettant ainsi de maintenir un niveau d'hygrométrie qui empêchera la corrosion de l'acier de l'arche », explique Hosni Bouzid. Cette ventilation sera assurée entre les deux enveloppes de l'enceinte, dans l'espace qui abritera la charpente.Bataille franco-américaine« La première enveloppe budgétaire était constituée d'éléments que seules les études ont permis de chiffrer avec notre client au fur et à mesure de l'avancée de la conception», souligne Hosni Bouzid. La tentation était grande cependant de serrer le devis quand l'appel d'offres précisait que le vainqueur serait le « moins-disant » financièrement. La bataille a d'ailleurs été rude et a vite tourné à l'affrontement franco-américain après l'élimination de l'allemand Hochtief et d'un groupe britannique. Écarté en finale, l'américain CH2M-Hill, également présent sur l'appel d'offres nucléaire d'Abu Dhabi en 2009, a même tenté de faire annuler la décision finale.Sur place, soupçons de corruption et interrogations quant au bien fondé de ce chantier circulent. Certains soulignent que désormais le vrai problème n'est pas le peu de combustible restant dans le réacteur numéro 4 mais tous les combustibles usés, stockés dans des piscines, des trois autres unités, dont la dernière n'a été arrêtée qu'en 2000. Areva, qui avait été retenu en 1999 pour construire un dépôt de combustibles usés, a lui jeté l'éponge en 2007 « à l'amiable » après avoir érigé une partie du bâtiment. « Les combustibles étaient bien plus dégradés que ce qu'indiquait le cahier des charges. Aucune des solutions proposées ultérieurement, plus coûteuses, n'a été retenue », se souvient un ancien cadre. Le contrat de l'époque était d'une centaine de millions d'euros. En 2007, l'américain Holtec a été retenu pour reprendre le flambeau. Aujourd'hui, 300 millions d'euros sont budgetés, dont 140 restent à trouver.

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