"On ne demande pas à la dinde de préparer Noël"

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Il faut dire que le menu de rentrée ne présente pas de quoi réveiller les passions. Voici quelques morceaux choisis parmi les dernières « annonces » de la Commission. L\'Union a débloqué 110 millions pour lutter contre les inégalités sociales au Maroc : le royaume alaouite, qui construit des marinas pour yachts de luxe à Casablanca, en avait un criant besoin. L\'UE s\'apprête aussi à ouvrir plus largement le robinet pour l\'Azerbaïdjan, petite république caucasienne aux moeurs politiques héritées de l\'ancien empire soviétique : vous étiez impatients de l\'apprendre. Elle s\'inquiète aussi d\'une épidémie de grippe aviaire dans le centre de l\'Italie et encourage les autorités italiennes à prendre les mesures qui s\'imposent. Nous voilà rassurés. Si vous n\'habitez ni le Maroc, ni le Caucase, ni l\'Émilie-Romagne, on ne vous a pas oublié pour autant.Le 28 août, la Commission a lancé une initiative pour « faire lever les gens de leur chaise » (sic). Au moment, précisément, où les Européens retrouvent leur bureau et l\'écran de leurs ordinateurs avec un pincement au coeur et des fourmis dans les jambes, c\'est faire preuve d\'un redoutable sens du timing... ou de l\'humour. La Commission serait-elle sur le point de lancer le « hit » du siècle ? Hélas, non. Elle veut juste promouvoir le sport qui aide à rester « en forme physiquement et mentalement ». On en viendrait presque à souhaiter que les auteurs de cette mémorable « recommandation » aient prolongé leur match de squash ou fait quelques longueurs de piscine supplémentaires plutôt que de rentrer au bureau pour la rédiger.Une rentrée peu palpitantante ?Dans une Europe suspendue au résultat d\'élections allemandes dépourvues de suspens, on relèvera le coup de gueule du « fantassin » d\'une « armée en déroute », comme elle se nomme elle-même. Dans un nouvel opus écrit à la pointe de l\'épée, la députée européenne Sylvie Goulard (MoDem) lance une charge sans pitié contre les dirigeants européens : les chefs de gouvernement, mais aussi ceux qui ont la charge des institutions communes, qu\'elle accuse de dilapider l\'héritage de soixante années de construction européenne. Son constat est hélas cruellement lucide. C\'est celui d\'un cercle vicieux où la classe politique se crispe sur ce qu\'elle pense être - ou pense pouvoir présenter comme - l\'intérêt national (qu\'il soit français, allemand ou autre) sous prétexte que l\'opinion est méfiante à l\'égard de « l\'Europe » et qui, ce faisant, aggrave les dysfonctionnements d\'une union incomplète par construction et, avec eux, l\'euroscepticisme.Tirant le fil d\'un précédent essai, Le Coq et la Perle, elle décrit un jeu de destruction collectif où la défense de la nation devient l\'alibi d\'une intention beaucoup moins avouable : la protection de leur terrain de jeu par des dirigeants qui ne se donnent pas la peine, par facilité, de penser l\'Europe qu\'ils prétendent incarner.« On ne demande pas à la dinde de préparer Noël », écrit-elle.On ne saurait mieux dire. Europe : amour ou chambre à part ?* est une lecture propre à se mettre « mentalement en forme » pour attaquer l\'année. Une lecture que - si elle n\'est pas officiellement recommandée par la Commission européenne - rien ne vous empêche de faire debout, afin de suivre les précieuses recommandations de cette dernière.________* Á paraître le 18 septembre chez Flammarion.

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