Le château de Fontainebleau s'est associé au Centre national...
La Tribune
La Tribune
Quand les objets d'hier dialoguent avec ceux d'aujourd'huiÀ tous ceux qui croient que le design n'est qu'une invention du XXe siècle, le château de Fontainebleau entend apporter un sérieux démenti. En recherchant dans ses réserves des meubles ayant servi à l'aménagement des appartements entre 1804 et 1870, il veut montrer que les séries et les variations sur l'objet ne datent pas d'hier mais d'avant hier. Et pour mieux étoffer le propos, Christine Colin, commissaire de l'exposition et Yves Carlier, conservateur du château, ont eu l'heureuse audace de confronter ces antiquités à la création contemporaine. Et tout particulièrement aux ?uvres de designers acquises par l'État ces trente dernières années au travers du Cnap, Centre national des arts plastiques. C'est ainsi que l'on se retrouve au seuil de la galerie François 1er, datant de 1528, à se demander si l'on est dans l'aile d'un château ou tout simplement dans une brocante chic et décalée.Des tabourets de spectacle datant de 1806 côtoient le fameux « Tam Tam » des années 70 signé Henri Massonnet ou le « Bubu 1er » de Philippe Starck de 1996. Des banquettes en hêtre et velours rouge Premier Empire livrées pour les antichambres des appartements des grands officiers jouxtent les « Benchs » de Jasper Morrison de 1991 ou la « Dos à Dos » de Pierre Paulin de 1968.« Nous n'avons pas osé confronter les meubles contem- porains à ceux des appartements », avoue cependant Christine Colin. Qu'à cela ne tienne, la juxtaposition est passionnante. Et remet en perspective la lecture sociale des objets. « Autrefois, on meublait un appartement en fonction de la position sociale de son occupant. Aujourd'hui la production du design échappe aux catégories sociales », souligne Yves Carlier. Ainsi des vases de Sèvres. À la richesse de leur décor et à leurs filets d'or, on sait s'ils décoraient la chambre d'un prince ou d'un officier. La porcelaine blanche étant, quant à elle, destinée aux domestiques. Même chose concernant les bougeoirs, qu'ils soient en bronze ou en cuivre. Quant aux chaises, la paille ou le velours indique d'emblée où elles se trouvaient dans le château. Débuts de la mode« C'est l'intendant du garde meuble à Paris qui sous Napoléon III indiquait au régisseur qu'il manquait telle ou telle catégorie de vase à Fontainebleau. Chaque château royal avait ainsi sa collection identique », raconte Yves Carlier. Autre élément dévoilé par cette exposition : le début des phénomènes de mode. Le style commence à avoir de l'importance au Second Empire, des objets étant déclassés parce que jugés démodés. Telles des chaises de salle à manger changeant de pièce au gré des tendances.Une belle occasion de revisiter les appartements du château de Fontainebleau, intégralement remeublé au XIXe siècle, et de s'intéresser au CNAP, héritier de la surintendance royale, chargé d'acquérir pour le compte de l'État des ?uvres d'art aux artistes vivants. Créée en 1981, la section « arts décoratifs, création industrielle et métiers d'art » comporte quelque 5.000 objets achetés ou commandés auprès de 900 designers. En voici un bel échantillon !S. P.
La Tribune