Copenhague sur le fil du rasoir

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Jeudi 17 décembre, 8 heures. Dans la salle de presse du Bella Center, grande comme un terrain de football, plusieurs milliers de journalistes allument leurs ordinateurs. La conférence sur le climat vient d'entrer dans sa phase décisive : plus de 120 chefs d'État et de gouvernement affluent dans la capitale danoise. Ils sont attendus comme des sauveurs. Car après dix jours de négociations, les projets d'accord ressemblent encore à des mauvais brouillons. « On est le dos au mur. Il va falloir remettre aux chefs d'État et de gouvernement des textes à signer », s'affole un diplomate européen. Dans les délégations comme parmi les ONG, la peur du complot gagne. « Il y a eu un deal entre les États-Unis et la Chine pour que la conférence n'accouche pas d'objectifs ambitieux », croit savoir un participant. 11?h?30 : les journalistes se bousculent aux portes de la « press conference room » où Hillary Clinton, la secrétaire d'État américaine, le brushing tourmenté, fait son entrée. Au milieu d'une rhétorique millimétrée, elle finit par lâcher une concession, susceptible de faire repartir la négociation : Washington est prêt à participer à un fonds de 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020. Un vent d'espoir souffle.Peine perdue. Pendant que les politiques font assaut de promesses, les discussions techniques s'enlisent derrière les portes closes des salles de réunions. L'envoyé spécial américain, Todd Stern, plus placide que jamais, « conteste que son pays soit lié par une dette climatique vis-à-vis des pays émergents et n'offrira pas d'aide financière à la Chine pour l'aider à réduire ses émissions et s'adapter au réchauffement. » Pour des pays comme la Chine ou le Brésil, les propos de Todd sont une provocation.Du haut de la tribune du Bella Center, Nicolas Sarkozy « exige » que se réunissent le soir même les principaux dirigeants politiques. Le dîner des chefs d'État prévu le soir chez la reine Margrethe II de Danemark et le prince Henrick, prince consort de Danemark, sous les lambris du palais de Christiansborg ne traîne pas. « Le président Lula et Nicolas Sarkozy regardaient leur montre en pensant à la longue nuit qui les attendait », raconte un témoin. Vendredi 18 décembre, début de matinée. Il ne reste plus que quelques heures à la trentaine de chefs d'État réunis dans le Bella Center pour arracher un accord. Autour du palais transformé en forteresse, les hélicoptères tournoient. Obama est attendu d'une minute à l'autre. Dans les couloirs, c'est la course aux « drafts », ces projets d'accords concoctés dans le secret. La nuit de travail provoquée par Nicolas Sarkozy a été vaine. L'espoir ne tient plus qu'aux derniers présidents qui doivent s'exprimer. Wen Jiabao, le Premier ministre chinois, laisse entendre que son pays pourrait « aller au-del࠻ des objectifs de réduction de l'intensité énergétique officiellement sur la table. Dépité, le Brésilien Liuz Inacio Lula da Silva se déclare prêt à « trouver de l'argent pour aider d'autres pays [pauvres]? ». Un défi lancé aux pays riches qui conditionne leurs aides à des exigences de transparence « intrusives ». Mais lorsque le président des États-Unis parle enfin dans l'immense salle des « séances plénières », la désillusion est palpable. « Aucune annonce », se scandalisent les militants des ONG. Lesquelles préviennent : « Sans transparence, les promesses faites ici seraient des mots vides. » 13 heures. Le moral est au plus bas. Les chefs d'État, qui devaient poser tous ensemble pour la photo de famille, n'ont pas réussi à se trouver dans la même pièce au même moment. Une vingtaine d'entre eux se retrouvent pour une collation dans une atmosphère de plus en plus électrique. Certains pays comme la Chine ergotent sur l'objectif d'une diminution de 50 % des émissions globales d'ici à 2050. Pour réchauffer le dialogue avec Wen Jiabao, Barack Obama propose une rencontre en milieu d'après-midi. Puis une deuxième à l'issue encore incertaine. Dans les couloirs, les délégations réservent des chambres d'hôtel jusqu'à samedi soir. Le secrétaire général de l'ONU demande de ne pas quitter Copenhague. Au Bella Center, le temps des prolongations commence. Le président russe est déjà parti. Barack Obana, lui, doit quitter le Danemark dans la soirée... n

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