Polémique sur Qwant, le nouveau moteur de recherche français «révolutionnaire»

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«Révolutionnaire»: la start-up française Qwant n\'a pas lésiné sur les superlatifs en lançant mercredi dernier, dans 15 langues et 35 pays, son moteur de recherche «comme il n\'en a jamais existé» et qui «innove radicalement». Les médias, généralistes et spécialisés, ont réservé un excellent accueil à ce que certains présentent comme un «Google killer», saluant la qualité et l\'originalité de l\'interface du site, toute en verticalité (cinq rubriques en colonnes, Web, Live, Qnowledge graph, Social et Shopping). Plusieurs personnalités s\'emballent comme Gilles Babinet, ex-président du Conseil national du numérique, qui se déclare sur Twitter «très impressionné par la qualité de l\'interface et des résultats». L\'un des cofondateurs, l\'investisseur Jean-Manuel Rozan, est invité de l\'émission Le Buzz Media du Figaro. Trois jours plus tard, patatras: un blogueur, sous pseudonyme, dénonce dans un billet le recours par Qwant à des technologies qu\'il n\'a pas développées lui-même, en particulier les résultats de recherche provenant de Bing, mais aussi à des renvois vers Amazon pour le shopping ou Wikipedia.Moteur ou simple agrégateur ? La charge est assez violente: «Qwant est une vraie déception, ce n\'est pas un nouveau moteur de recherche et encore moins un moteur de recherche «made in France». C\'est juste une interface, pas forcément réussie, qui utilise les technologies d\'autres moteurs de recherche et qui les présente à sa sauce», écrit ce blogueur qui se fait appeler Lucien Théodore. D\'autres spécialistes de la recherche sur Internet s\'interrogent: Qwant est-il vraiment un moteur ou un simple agrégateur? La société a réagi rapidement, au cours du week-end, sur son propre site, répondant point par point. Qwant explique qu\'elle a développé son propre système d\'indexation, à partir de la technologie de Pertimm, une des entreprises à l\'origine de Qwant, qui édite des moteurs de recherche professionnels pour des clients tels que Auchan, Meetic et PagesJaunes, mais qu\'elle «complète ses propres données avec des données obtenues auprès d\'autres moteurs de recherches durant la phase de montée en puissance de son infrastructure.» En clair, oui, il y a bien du Bing dans les résultats de Qwant, mais aussi d\'autres moteurs dans d\'autres langues (Yandex en russe, etc) pour muscler son indexation.«Notre objectif est de nous affranchir progressivement de ces moteurs avec notre base d\'indexes propre. On est peut-être sorti un peu trop tôt, on n\'a pas complètement fini cette partie-là», concède Eric Liandri, le directeur général et responsable technique, qui tente de déminer la situation. Assurément, la société aurait gagné à plus de transparence, voire de modestie. Le site, actuellement en version bêta, pourrait sortir en version plus aboutie dans trois mois. La société défend son lancement dans 15 langues en même temps : «pour bien indexer le Web, il faut une dimension mondiale. Plus nous serons utilisés par des internautes de toute la planète, meilleure sera notre indexation», selon Eric Liandri, un des trois principaux actionnaires de Qwant (aux côtés de Jean-Manuel Rozan et de Pertimm, ils contrôlent à eux trois 80% du capital).Pas de conservation des données, pas de discrimination des sites Qwant reconnaît aussi utiliser les bases de données Wikipedia, comme Google pour son Knowledge Graph (la boîte d\'informations figurant en encadré en haut à droite de la page de résultats). Mais il dément d\'autres assertions du blogueur. «Il ne faut pas éclipser nos innovations et tout le travail effectué derrière, chez Pertimm pendant 10 ans et chez Qwant depuis deux ans, sur la partie sociale notamment», insiste Eric Liandri. «Nous n\'avons jamais été en contact avec [la start-up de recherche en temps réel sur les réseaux sociaux] Kurrently, c\'est complètement faux.» Qwant met en avant qu\'il indexe tous les réseaux sociaux, sans discrimination (comprendre: et pas seulement Google+), et la création des « tendances du jour » (hottrends) qui laissent apparaître les sujets les plus discutés, qui reprennent entre autres les hashtags tendances de Twitter. La société française, enregistrée auprès de la CNIL, souligne aussi son engagement de respecter toutes les recommandations de la Commission Informatique et Libertés en matière de données personnelles (pas de cookie, pas de conservation de données, mécanisme d\'acceptation préalable («opt-in»), droit à l\'oubli, etc), à l\'heure où Google se fait tancer par les autorités européennes. «Notre philosophie est complètement différente [de celle de Google NDLR]. Nous voulons offrir un moteur de découverte, non biaisé. Dans la publicité aussi, notre approche est différente, nous ne vendons pas de mots-clés mais nous renseignons les marques, les annonceurs, sur ce que les internautes disent d\'elles, pour améliorer leur CRM (gestion de la relation client), dans une optique BtoB», plaide Eric Liandri. Un positionnement assez proche de celui du site américain DuckDuckGo. «On veut nous faire passer pour des hamburgers alors qu\'on est bien français, nos bureaux sont à Paris dans le 8e, nos serveurs sont hébergés non loin d\'ici, chez Telecity», s\'emporte le directeur général de Qwant, qui emploie une vingtaine de personnes, des informaticiens pour l\'essentiel. La société se réserve le droit de poursuivre le blogueur anonyme pour concurrence déloyale ou dénigrement. Le bruit médiatique, amplifié par le bad buzz, aura en tout cas produit ses effets: Qwant a traité 15 millions de requêtes en quatre jours.  

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