Pétrole : les mystères de la comptabilité chinoise

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Comme toutes les données chiffrées en Chine, celles relatives au secteur pétrolier sont sujettes à caution. Aussi déterminer ce que consomme et produit la république populaire en la matière « relève davantage de l\'art que de la science », estiment les experts de l\'Agence internationale de l\'Energie (AIE), dans un article qui se penche sur le sujet publié dans son dernier rapport mensuel.40% de la croissance de la demande pétrolière annuelle mondialeCet article est d\'autant plus intéressant que le rapport mensuel de l\'AIE qui fournit une évaluation de l\'offre et de la demande mondiale sert de référence aux industriels du secteur et aux investisseurs sur les marchés des matières premières. Or la Chine est devenue depuis plusieurs années un élément majeur dans l\'orientation du marché pétrolier mondial. Non seulement elle pèse pour plus de 10 % de la demande mondiale, mais elle représente à elle seule 40% de la croissance annuelle de cette demande.Selon les dernières estimations de l\'AIE, la demande mondiale de brut devrait atteindre 90,7 millions de barils par jour (mbj) en 2013, dont 9,98 mbj pour la seule Chine. Cela représente une croissance par rapport à 2012 de 4%. Or, l\'Administration américaine en charge de l\'information sur l\'énergie (EIA), elle, l\'estime à 4,4%.Par ailleurs, la Chine importe une large part de ses besoins, n\'en produisant localement que 4,25 mbj.La compagnie d\'Etat Sinopec possède la moitié des capacités de raffinageL\'AIE a décidé de changer sa méthode pour améliorer l\'évaluation. Jusqu\'alors, l\'agence établissait une « demande apparente » cumulant simplement le volume des produits raffinés en Chine et le volume net des produits importés.Elle va désormais prendre en compte l\'évolution du niveau des stocks de produits raffinés. En effet, depuis quelques années, la Chine a développé d\'importantes capacités de production de raffinage, en particulier la compagnie d\'Etat Sinopec, qui en possède la moitié. Au total, ces capacités s\'élevaient à 9,4 millions de barils par jour (467,91 millions de tonnes) en 2012, selon un rapport publié par la Commission nationale du développement et de la réforme (CNDR). Et l\'objectif est d\'atteindre 12 mbj en 2017.Ampleur inhabituelle des variations des stocksEn attendant, ce qui a motivé les experts de l\'AIE pour changer leur méthode est l\'ampleur inhabituelle des variations dans ces stocks. Jusqu\'à récemment en effet, la Chine devait en effet compléter son offre locale en produits raffinés par des importations d\'essence, de kérosène, de gasoil... Or, l\'AIE note qu\'au dernier trimestre de 2012, la Chine comptait dans ces inventaires 5 mb d\'essence et 1 mb de gazole. Selon l\'AIE, 300.000 b/j de capacités de raffinage supplémentaires ont été bâties au cours du seul dernier trimestre de 2012, et un niveau identique devrait être opérationnel en 2013.Autrement dit, la demande de brut à la fin de l\'année dernière était soutenue à la fois par la consommation réelle et une importante constitution de stocks.Marges réduites pour les raffineursLa consommation réelle du pays devient de plus en plus difficile à établir du fait que la Chine stocke et exporte dorénavant une partie de ses produits raffinés. Un mouvement justifié par les marges réduites des raffineurs qui doivent composer avec l\'imposition de prix fixés par le gouvernement sur le marché domestique.Ainsi, selon une étude de la Deutsche Bank, sur les 9 premiers mois de l\'année, Sinopec perdait en moyenne 2 dollars par baril raffiné quand ExxonMobil et et Chevron en gagnaient respectivement 5 et 7 dollars.En outre, le rapport de la CNDR ne précise pas si elle intègre les données du secteur privé du raffinage chinois, un tiers des capacités, ainsi que les cargaisons flottantes dans son rapport.Les besoins de la Chine n\'étaient pas aussi importants qu\'estimés initialementPremier enseignement, le ralentissement de la demande de pétrole chinoise sur les 10 premier mois de l\'année n\'est pas aussi importante et divergente par rapport à l\'activité économique qu\'estimée initialement, indique l\'AIE. Et en intégrant les inventaires du dernier trimestre 2012, la croissance importante de la demande durant cette période n\'apparaît pas aussi prononcée.Evidemment, il ne faut pas en conclure que la nouvelle méthode est parfaite. Loin s\'en faut. En particulier parce que les rapports de la CNDR ne fournissent aucun chiffre sur les stocks d\'autres sous-produits comme le GPL (gaz de pétrole liquéfiés), le natphta, ou encore le fioul.Modestes, les experts de l\'AIE soulignent que ce changement de méthode réduit les erreurs davantage qu\'elle établit une vérité, mais il permet au moins de se rapprocher de l\'état réel de la situation des besoins pétroliers de la république populaire.

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