Défense : les groupes français durement concurrencés par leurs rivaux américains

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Ce sont trois contrats, trois gros contrats que les industriels français de la défense, qui étaient jusqu\'ici bien placés dans la compétition, avaient en ligne de mire. Mais c\'était sans compter sur les industriels américains, mis à la diète par la chute du budget du Pentagone, et qui ont déboulé en faisant preuve d\'une forte agressivité commerciale. Trois contrat recensés par La Tribune aux Emirats Arabes Unis (satellites d\'observation), en Turquie (Air Defence) et à Oman (Air Defence de courte portée). Les Américains ont réussi parfois à rebattre les cartes en leur faveur, comme à Oman, et souvent à jeter un trouble chez les Etats clients, qui ont préféré mettre en veilleuse leur appel d\'offre en attendant de tester la ténacité de Washington. Car aucun pays ne peut traiter le puissant oncle Sam par dessus la jambe comme un vulgaire fournisseur de second rang.C\'est bien ce qui exaspère les industriels français. « Les Américains sont aujourd\'hui partout même sur les petits appels d\'offre où ils ne concourraient jamais, soupire un industriel, qui affronte en première ligne le rouleau compresseur américain. Ils nous em..... vraiment ». Expliquant le recul des exportations d\'armement français en 2012, le Délégué général pour l\'armement (DGA), Laurent Collet-Billon avait lui aussi souligné leur agressivité à l\'exportation. \"Les Américains, qui préparent avec beaucoup d\'activisme le repli de leur budget de la défense, sont présents sur tous les marchés, notamment en Asie\". En outre, les Américains sont en train de dépoussiérer leur réglementation sur les exportations d\'armes (Itar-International Traffic in Arms Regulation), qui date de la guerre froide, afin de faciliter leurs ventes à l\'international. Mais dans le même temps, certains industriels français craignent qu\'ils changent les règles du jeu auxquelles se sont adaptées tous les industriels de l\'aérospatial dans le monde. « Ils pourraient utiliser des moyens réglementaires en renforçant dans certains cas la réglementation ITAR dans le but de gêner les groupes européens », explique-t-on à La Tribune. Rien de plus facile de changer la liste des composants américains réglementés dans le cas d\'une exportation... pour favoriser les constructeurs de satellites locaux au détriment de leurs rivaux européens. Ce qui ne faciliterait pas la tâche des constructeurs de satellites européens, qui devraient recréer une filière de composants, les certifier dans le but d\'éviter de demander à chaque fois aux Etats-Unis une autorisation pour exporter un satellite.Air Defence, les Etats-Unis veulent toutA Oman, MBDA a vu filer un contrat presque finalisé. Le missilier européen, qui a déjà fourni la Marine royale et la garde royale de VL-Mica, comptait également équiper l\'armée de l\'air omanaise de système Air defence de courte portée... mais la pression américaine a peut-être eu raison des espoirs de MBDA, qui pourrait voir s\'envoler un très beau contrat. D\'autant que des rumeurs laissent entendre que les Etats-Unis pourraient déménager tout ou partie de leur base de Bahreïn vers Oman. En Turquie, le cas est quelque peu différent. Le consortium Eurosam, détenu à 50-50 par MBDA et Thales, était en très bonne position pour vendre à Ankara un système de moyenne altitude SAMP/T. Début janvier, Ankara avait placé Eurosam en deuxième position derrière les Chinois pour un appel d\'offre supérieur à un milliard d\'euros. « C\'était pour faire baisser les prix », estimaient alors plusieurs sources concordantes. Et la Turquie attendait rapidement avant la fin janvier une offre engageante des entreprises présélectionnées. Las, les Etats-Unis ont entretemps profité de la crise syrienne pour installer des batteries de missiles Patriot néerlandais et allemands... sur les lieux où les Turcs avaient l\'intention de mettre leur nouvel équipement. Depuis, la décision est gelée. Et certains regrettent que la France n\'ait pas décidé de proposer elle aussi des systèmes SAMP/T à la Turquie. « Une occasion de rater », regrette un bon connaisseur de ces dossiers.Français et Américains à couteaux tirés aux Emirats Arabes UnisAux Emirats Arabes Unis, les deux constructeurs français de satellites en partenariat, Astrium (filiale d\'EADS) et Thales Alenia Space (TAS), doivent faire face à Lockheed Martin, qui a relancé sans crier gare l\'appel d\'offre portant sur l\'acquisition de deux satellites d\'observation et les stations sol pour plus de 500 millions d\'euros. Sans y être invité, Lockheed Martin tente de recycler un satellite dont le contrat a été annulé par la National Geospatial-Intelligence Agency (NGA), une agence du département de la défense des Etats-Unis qui a pour fonction de collecter, analyser et diffuser le renseignement géospatial en utilisant l\'imagerie satellite. Avec un satellite fabriqué sur les bras, le groupe américain a donc sauté sur l\'opportunité de le proposer aux Emirats. D\'autant que ce satellite - Digital Globe - a une résolution de 34 cm, bien supérieure à celle proposée dans le cadre du premier appel d\'offre. Washington s\'est également mis au service de son industrie en signant avec Abu Dhabi un accord intergouvernemental régissant les conditions d\'utilisation du satellite.Les Français ont été forcés à réagir face à cette nouvelle proposition, qui a rebattu les cartes. Demandé par les industriels depuis plusieurs mois, un accord intergouvernemental, exigé par les Emiratis, a finalement été signé par la France. Lors de son passage aux Emirats au moment du salon de défense IDEX, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a paraphé à la satisfaction des Emiratis cet accord avec le prince héritier, Cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan. Et il a convenu de revenir aux Emirats avec une nouvelle offre française définitive et engageante six semaines après. Deux solutions sont actuellement étudiées. Soit dégrader une version d\'un satellite de type Helios, soit augmenter la performance d\'un satellite de type Pléiades.

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