Le grand bazar immobilier des facs parisiennes

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La bataille peut paraître confidentielle. Mais elle illustre à merveille les tensions qu'est venu exacerber la loi LRU sur l'autonomie des universités entre celles-ci, les collectivités locales et Etat. La loi LRU de 2007 rend possible, entre autres nouvelles responsabilités, la dévolution aux universités de leur patrimoine immobilier. A ce jour, une dizaine d'universités (dont Paris VI, Paris II, Corte...) sur 83 ont demandé à devenir propriétaires de leurs murs.Mais à Paris, ces éventuelles dévolutions se sont retrouvées au coeurs d'enjeux beaucoup plus larges. La raison ? Non seulement le nombre important d'universités mais en plus une situation compliquée par Valérie Pécresse elle-même, qui y a mêlé autonomie, opération campus (rénovation immobilière) et constitution de pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES, nés de la loi de 2006 sur la recherche), les trois n'ayant au départ rien à voir. Pour résumer, la ministre a demandé aux universités parisiennes de se regrouper en PRES afin de pouvoir prétendre obtenir les dotations du plan campus (700 millions d'euros sur Paris). Le tout étant conditionné au rapport sur l'immobilier parisien remis récemment par Bernard Larrouturou (La Tribune du 22 février 2010). Or ce dernier propose de passer de 120 à 40 sites ce qui implique des regroupements et des cessions, dont la liste n'a pas été rendue publique.Joyeux bazarS'en est donc suivi un joyeux bazar entre universités parisiennes, chacune cherchant à faire valoir ses intérêts pour l'occupation de tel ou tel local.... Pour compliquer l'affaire, nombre de locaux ne sont pas propriété de l'Etat, mais de différents ministères, de la Ville de Paris ou de la Région. Ainsi le projet de regroupement dans la caserne de Lourcine, boulevard du Port-Royal, d'une partie de Paris I-Panthéon Sorbonne (éclatée sur 29 sites), nécessite un accord avec le ministère de la Défense.Querelle à Paris VIMais le cas le plus épineux celui de l'université Paris VI-Pierre et Marie Curie (UPMC). Celle-ci, encore parfois appelée « Jussieu » (photo ci-contre), car occupant la majeure partie du fameux campus en cours de désamiantage, a été la première à demander la dévolution de son patrimoine immobilier. Le président de L'UPMC, Jean-Charles Pomerol, se livre depuis à un combat acharné avec l'Etat. Il veut jouir de ses murs « tout de suite » ? Pas question, répond Valérie Pécresse, avant que les travaux du campus de Jussieu ne soient achevés, c'est-à-dire au mieux, en 2015. Il veut tout le campus de Jussieu ? Oui mais à condition de libérer d'autres sites, impose Bernard Larrouturou. En l'occurrence, celui des Cordeliers, que Paris V-René Descartes réclame. « Nous ferons tout pour le récupérer », a récemment déclaré son président, Axel Kahn. Ce que bien sûr l'UPMC refuse. Le ministère, qui estime avoir poussé au maximum ses efforts (coût des travaux, promesse d'accorder tout le campus de Jussieu alors que l'arrivée de Paris III avait un temps été évoquée...) lui a donné trois mois pour changer d'avis. Mais a oublié au passage d'associer le propriétaire des lieux, la Ville de Paris ! « Le site nous appartient, ils devraient s'en apercevoir », ironise-t-on dans l'entourage du maire de Paris. La Ville a diligenté une mission pour dresser un état des lieux.Bail expérimentalL'UPMC devra donc encore s'armer de patience. Mais Jean-Charles Pomerol, semble prêt à transiger : « Ce qui compte, c'est la dévolution », dit-il aujourd'hui, mais n'envisage pas de transférer le site à Paris V avant 10 ans. Pour couronner le tout, le président de l'UPMC a récemment reçu un « bail expérimental » de France Domaine, qui gère le patrimoine immobilier de l'Etat, pour louer les locaux de son université. « Je dois signer une convention pour louer mes locaux ! », s'insurge Jean-Charles Pomerol. Le loyer est « pour l'heure » de 0 euros mais pourrait être reconsidéré après évaluation. A terme, toutes les universités autonomes occupant des locaux de l'Etat sont potentiellement concernées par ce paiement de loyers. Elles auraient un budget en contrepartie, mais l'idée est de le pousser à rationaliser leur occupation de locaux afin de réduire le coût de leur loyer.

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