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Le monopole menacé de Carlos Slim

La Tribune

Publié le 19 avril 2010 à 21:20 - Mis à jour le 19 avril 2010 à 21:20

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le magnat mexicain des télécoms, Carlos Slim Helu, a-t-il bâti sa fortune au mépris de la libre concurrence ? Coïncidence ou pas, depuis que le patron du conglomérat Carso est devenu l'homme le plus riche du monde, son groupe est attaqué de toutes parts. Le président du Mexique, Felipe Calderon, a annoncé, le 5 avril, un projet de loi contre les monopoles, assorti de lourdes amendes et de peines de prison. Une épée de Damoclès pèse désormais sur le groupe du multimilliardaire de 70 ans, accusé de contrôler la quasi-totalité des lignes téléphoniques mexicaines et d'imposer des tarifs trop élevés dans un pays, où la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Mais celui qu'on surnomme le « roi Midas », à la tête de 40 % de la Bourse de Mexico, a aussi les moyens de faire trembler le gouvernement.En sept ans, ce fils d'émigré libanais est passé de la 35e à la première place du classement des fortunes planétaires, établi par le magazine « Forbes ». L'actionnaire de plus de 200 entreprises, qui emploient 250.000 salariés, a dopé en 2009 son bas de laine de plus de 50 % ! Avec 53,5 milliards de dollars, Carlos Slim devance de 500 millions le fondateur de Microsoft, Bill Gates. C'est la première fois qu'un ressortissant d'un pays en développement décroche la palme des richesses mondiales. Son empire donne le vertige : téléphone, construction, restauration, pharmacie, assurance, tabac, disque... Et la crise a réveillé sa voracité qui contraste avec sa bonhomie et sa discrétion légendaires. Après 3 milliards de dollars en 2009, son opérateur mobile, America Movil, prévoit d'investir la même somme en 2010 pour renforcer sa présence dans 18 pays du continent, dont les États-Unis. Mi-février, Carlos Slim a augmenté sa participation de 6,9 % à 16,3 % dans le « New York Times », devenant ainsi le second actionnaire du vénérable quotidien américain. Mais son fief reste le Mexique, où son groupe multiplie les projets d'infrastructures commerciales ou routières.« C'est un génie du calcul mental », raconte le journaliste, José Martinez, auteur d'une biographie de Carlos Slim. À 8 ans dans la mercerie familiale au centre de Mexico, il tenait déjà un livre de comptes. À 12 ans, il achetait ses premiers titres en Bourse. Il a ensuite profité des crises successives pour acheter pour une bouchée de pain des entreprises en difficulté, avant de les redresser ou de les revendre à prix d'or. Sa fortune s'envole avec la privatisation de la compagnie nationale des télécoms en 1990. Son consortium devient l'actionnaire majoritaire de Telefonos de Mexico (Telmex) pour 1,7 milliard de dollars. « Un prix bien en dessous de sa valeur. Ce cadeau lui a été accordé par son ami, le président de l'époque, Carlos Salinas de Gortari », dénonce l'économiste spécialiste des monopoles, Carlos Morera. Après le retrait de ses associés, France Télécome;lécom et Southwestern Bell, il a fait de cette entreprise un joyau qui contrôle aujourd'hui 85 % des lignes fixes mexicaines. Son autre pépite : America Movil, le quatrième opérateur mondial (200 millions de clients, créé en 2000), gère au Mexique plus de 7 abonnements de portables sur 10 et affiche des tarifs parmi les plus élevés des pays de l'OCDE. Une position monopolistique dénoncée fin janvier par un rapport de la Commission mexicaine de la concurrence.Pour l'économiste José Luis de la Cruz, l'ascension fulgurante de cet ingénieur de formation est liée à la tradition oligarchique mexicaine : « Le cas de Slim n'est pas unique. Depuis un siècle, les présidents favorisent des familles, proches du pouvoir, face à l'entrée de concurrents dans les secteurs de l'alimentaire, du ciment, des mines, de la télévision ou des télécoms. » Un phénomène qui fait le lit des inégalités. Le pays compte plus de 20 millions de personnes victimes de malnutrition alors que les 9 milliardaires mexicains du classement de « Forbes » concentrent 8,3 % de PIB national. Ce mépris de la libre concurrence a été dénoncé, le 5 avril dernier, par le Bureau de représentation commerciale des États-Unis (USTR), insistant sur « l'influence disproportionnée » de Telmex et de sa filiale mobile. Sous la pression américaine, le président mexicain s'est lancé dans une guerre contre les monopoles et autres oligopoles. Son projet de loi prévoit des amendes de 8 % à 10 % des revenus annuels du groupe incriminé et des peines de prison pour ses dirigeants allant jusqu'à dix ans.Cette offensive peut- elle ébranler la première fortune mondiale ? « Le gouvernement n'est pas sûr de gagner son bras de fer contre Slim qui dispose de nombreux appuis à gauche comme à droite, en finançant les campagnes électorales », répond le spécialiste de la finance, Jésus Cuauhtemoc Tellez. D'autant que son empire pèse 5 % environ du PIB national et plus du tiers des actifs cotés à la Bourse de Mexico. « Slim pourrait faire vaciller l'économie mexicaine en réduisant ses investissements. Pire, en transférant ses actifs à l'étranger », s'inquiète-t-il.Pour l'heure, l'intéressé fait profil bas en répétant que « la richesse ne s'administre que temporairement ». Austère et besogneux, ce veuf, père de six enfants, préfère le clan familial aux dîners mondains. Il a officiellement transmis en 1997 les rênes de son groupe à ses trois fils, mais reste toujours à la barre. Géré par une de ses trois filles, son musée possède la plus importante collection de Rodin hors de France. Cet amateur de cigares, fan de base-ball, joue aussi les philan? thropes. « Ses deux fondations financent des microcrédits, des bourses d'études ou des opérations chirurgicales pour les démunis. Mais sa priorité reste de créer des emplois pour réduire la pauvret頻, souligne Arturo Elias Ayub, porte-parole et gendre du patron.Le gouvernement et les députés mexicains feront-ils le poids face à ce Crésus planétaire ? On peut en douter, d'autant que, malgré ses zones d'ombre, l'homme suscite l'admiration. Selon un récent sondage du quotidien « Milenio », 59 % des Mexicains ont une « bonne » opinion de lui. 60 % pensent même que « le pays devrait en faire un exemple pour les enfants ». Frédéric Saliba, à Mexico

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