Gordon Brown joue sa survie politique en Écosse

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La pelouse impeccable qui donne sur une piscine couverte entourée de parois de verre permet de mesurer l'étendue de la folie des grandeurs qui s'était emparée de Royal Bank of Scotland. Le siège social de la banque, en banlieue d'Édimbourg, construit en 2005 sous les ordres de son ancien patron Fred Goodwin, comprend aussi une salle de gym, une immense cantine haut de gamme, un supermarché, deux cafés, un coiffeur et même un fleuriste. Cela ne devait être qu'un début : une route, qui s'arrête aujourd'hui en plein champ, a été construite pour de futurs agrandissements.Cinq ans plus tard, le siège de RBS symbolise la gloire passée de la finance écossaise : la banque a été nationalisée à 84 %. L'autre grande institution écossaise, Halifax Bank of Scotland (HBOS) a été rachetée en urgence par Lloyds pendant la crise. Croulant sous les créances douteuses, l'ensemble a été lui aussi sauvé par l'État britannique, qui en possède aujourd'hui 41 %. Bien involontairement, l'Écosse s'est retrouvée au coeur de la crise. Politiquement, cela a un fort impact, et risque de faire dérailler la progression des indépendantistes du Scottish National Party (SNP). Ceux-ci sont au pouvoir depuis 2007, après leur victoire surprise lors des élections au parlement écossais. Espérant faire aussi bien pour ces élections du parlement britannique, le SNP espère passer de sept à vingt sièges à Westminster. Mais la récession a fortement affaibli son argument en faveur de l'indépendance. « l'arc de la prospérité »Avant la crise, le Premier ministre écossais, Alex Salmond, affirmait que son « pays » pouvait rejoindre « l'arc de la prospérité » constituée par l'Islande, l'Irlande et la Norvège... Selon lui, l'indépendance était possible économiquement grâce au pétrole de la mer du Nord et aux institutions financières : le premier est en déclin, les seconds en partie en faillite. Ses opposants politiques se frottent les mains. « Qu'aurait fait une Écosse indépendante avec une telle banque géante ? s'interroge Vince Cable, des libéraux-démocrates. Elle aurait sans doute été en défaut de paiement. »En attendant les bénéficiaires du désamour à l'égard des indépendantistes sont les travaillistes. L'Écosse est l'un de leurs bastions. Ils y comptent 38 députés. Le gouvernement est lui-même riche en Écossais à commencer par Gordon Brown, Alistair Darling, le chancelier de l'Echiquier, ou Douglas Alexander, qui coordonne la campagne électorale travailliste. Les derniers sondages maintenaient le Labour à son nombre de sièges actuel, tandis que le SNP n'en remporterait que sept.Dans la circonscription d'Édimbourg Sud, James confirme. Étudiant, il a voté SNP et libéral-démocrate lors des deux précédentes élections. Mais il hoche la tête, l'air convaincu, face aux arguments d'Ian Murray, le travailliste : « Le SNP oublie de dire que le chômage a augmenté en Écosse depuis qu'il est au pouvoir. » S'il hésite encore à donner sa voix aux travaillistes, James rejette catégoriquement les conservateurs : « Ils font peur. » C'est l'une des particularités écossaises : les Tories n'ont qu'un seul député dans la région. Ici, aucun effet Cameron (voir interview ci- contre).Sauf forte performance du SNP mardi soir lors du débat télévisé prévu entre les leaders écossais, tout indique aujourd'hui qu'une percée des indépendantistes sera difficile. Alors que les élections britanniques se jouent désormais dans un mouchoir de poche, l'Écosse pourrait suffire à faire pencher la balance en faveur de Gordon Brown.

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