L'éditorial de Olivier Provost

 |   |  357  mots
Oublié le projet de loi réformant les retraites ! Gommé le texte repoussant l'âge de départ de 60 à 62 ans et la retraite à taux plein de 65 à 67 ans. La France est trop occupée à tenter de trouver une station essence alimentée en carburant, un itinéraire non bloqué par une manifestation, un vol ou un train non annulés. Et pour les parents, à convaincre leur progéniture lycéenne ou étudiante d'aller en cours plutôt que de protester contre ce qui risque de leur arriver dans... cinquante ans. Alors qu'à court terme c'est plutôt le chômage qui les guette, s'ils ne sortent pas avec le bon diplôme ou en sachant parler couramment le chinois. Cette « drôle de grève », comme le titrait mardi « La Tribune », vide les slogans protestataires et l'action des syndicats de leur sens. Plus rien n'existe que les conséquences collatérales du mouvement social : le désordre, parfois les dérapages, et ça et là leurs conséquences nuisibles sur l'activité et les entreprises. Quant au pouvoir, la prolongation du conflit et son lent pourrissement tendent même à le servir. Dans ce climat délétère, rien de mieux pour un président - surtout l'actuel - et un gouvernement que la possibilité de faire des déclarations solennelles mariant volonté de ne céder sur rien et fermeté régalienne sur le rétablissement de l'ordre. L'urgence est d'embastiller les casseurs et de réalimenter les pompes à quelques jours des départs en vacances. De quoi quitter les ors de Deauville - on a les Baden-Baden que l'on peut -, où le chef de l'État s'entretenait de l'avenir de l'Europe et même du monde, avec Angela Merkel et Dmitri Medvedev, pour retrouver le palais de l'Élysée où se trouvent, comme chacun sait, les vannes des oléoducs. La grande crainte du pouvoir devient moins celle du blocage général, qui lui permettrait de dénoncer la chienlit que le dérapage incontrôlé, l'accident qui transformerait en drame ce qui n'est plus qu'un interminable happening à la française. oprovost@latribune.f

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :