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George Osborne ou la rigueur à la hache

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Publié le 19 octobre 2010 à 21:20 - Mis à jour le 19 octobre 2010 à 21:20

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« Le sinistre faucheur de la mort. » Ros Kayes, militante libérale-démocrate de longue date, n'a pas pu s'empêcher, en plein congrès de son parti le mois dernier, de lancer une attaque sanglante contre George Osborne, le chancelier de l'Échiquier britannique. Les libéraux-démocrates font pourtant partie de la coalition au pouvoir avec les conservateurs et sont censés travailler main dans la main avec George Osborne. Mais pour elle, c'en est trop : impossible d'approuver l'homme qui incarne à ses yeux le retour d'une idéologie anti-État.Plus jeune chancelier de l'Échiquier depuis 1886, George Osborne, 39 ans, va dévoiler ce mercredi les coupes budgétaires les plus radicales de l'histoire moderne du pays. Il cherche à réduire le déficit britannique de 11 % du PIB l'an dernier à 2 % en 2014-2015, d'ici à la fin du mandat parlementaire. Cela nécessite de couper les dépenses de l'État de 83 milliards de livres (95 milliards d'euros) en valeur réelle (auxquels s'ajoutent 33 milliards d'euros de hausses d'impôts, déjà annoncés). Pour les ministères non protégés (la santé et l'aide au développement seront épargnées), cela signifie une réduction d'un quart de leur budget en moyenne en valeur réelle d'ici à cinq ans ! C'est nettement plus que sous Margaret Thatcher.Si George Osborne a des doutes sur l'approche à suivre, il ne le montre certainement pas. Très sûr de lui, cela fait plus de deux ans qu'il prône la rigueur. C'est lui qui a poussé les conservateurs à s'opposer au plan de relance de Gordon Brown pendant la tempête financière de fin 2008. À l'automne dernier, six mois avant les élections, il a tenu un discours particulièrement dur, promettant le gel des salaires des fonctionnaires et l'allongement de l'âge de la retraite. Pas vraiment de la démagogie électorale traditionnelle...Alors que David Cameron, dont il est très proche, symbolise le recentrage des conservateurs, George Osborne est l'homme que ses opposants aiment détester. Ceux-ci le décrivent comme celui qui rêve de réduire l'État, assoiffé de sang comme un bourreau aimant à manier la hache. « Comme Peter Mandelson chez les travaillistes, George Osborne incarne le méchant », résume Tony Travers, politologue à la London School of Economics. Lui n'en a cure : clairement très confiant, il ne semble guère sensible aux critiques.Son ascendance aristocrate aide d'autant plus ses adversaires à le caricaturer. George Osborne est 18e baron de Ballentaylor ; son père a fait fortune dans les papiers peints haut de gamme, créant l'entreprise Osborne & Little. Né avec une petite cuillère en argent dans la bouche, il a fait ses études au très chic lycée privé Saint-Paul aux frais de scolarité annuels de 20.000 euros. Arrivé à Oxford, il a rejoint le fameux Bullingdon Club, réunion élitiste de fils de bonne famille, qui se rassemblent en queue-de-pie pour des beuveries mémorables (David Cameron et Boris Johnson, respectivement Premier ministre et maire de Londres, en ont aussi fait partie).Pourtant, même s'il reconnaît trouver l'État britannique trop gros, ce père de deux enfants de 9 et 7 ans se défend d'être un idéologue ultralibéral. « Je crois aux services publics, expliquait-il début octobre au congrès des conservateurs. Les gouvernements modernes n'existent pas que pour garantir la sécurité [...], mais aussi pour apporter la meilleure éducation et le meilleur système de santé. [...] Et je crois en la justice sociale. » Preuve d'une certaine idée de l'équité, il a multiplié les gestes « progressistes » depuis son arrivée au pouvoir : suppression des allocations familiales pour ceux qui gagnent plus de 50.000 euros ; suppression d'une partie des avantages fiscaux des plus riches épargnants ; maintien du taux d'imposition de 50 % (créé par les travaillistes) pour ceux qui gagnent plus de 180.000 euros.« David Cameron et George Osborne mènent un jeu de ?bon flic, mauvais flic? », estime Tony Travers. En d'autres termes, si le premier joue le gentil et le second le méchant, ils travaillent dans le même objectif.Idéologue ou pas, une autre question qui s'est longtemps posée sur George Osborne a été sa compétence. Personne ne met en doute qu'il est un brillant intellectuel. Rejoignant dès sa sortie de l'université en 1994 le Centre de recherche des conservateurs, il a rapidement grimpé les échelons, jusqu'à sa promotion en 2004 au poste de « chancelier du cabinet fantôme », à 33 ans ! Pourtant, sa jeunesse et son absence totale d'expérience dans la « vie réelle » (il n'a jamais dirigé un ministère ni travaillé dans une entreprise) faisaient de lui une donnée inconnue avant les élections. À la City, les commentaires désobligeants fusaient. « C'est un économiste qui n'a jamais été testé », persiflait en mai Stewart Robertson, chef économiste chez l'assureur Aviva...Mais il impressionne. Auprès du personnel du Trésor, d'abord : « Le jour de son arrivée en tant que chancelier, il a réuni tout le monde et fait un discours qui dégageait une immense confiance en lui, une totale maîtrise de ce qu'il devait faire », se rappelle un témoin de la scène. Six semaines après, il présentait un budget radical et convaincant pour de nombreux économistes. « Il y avait beaucoup de doutes le concernant, mais il s'est rapidement imposé », juge un économiste de la City, qui veut rester anonyme. Les marchés obligataires, qui attaquaient alors la zone euro, ont délaissé le Royaume-Uni, rassurés. « Notre victoire est l'absence de guerre », affirme George Osborne.Peut-être. À moins que son pari de la rigueur soit le mauvais. Au troisième trimestre, la croissance économique a nettement ralenti. « Le gouvernement s'est enfoncé tout seul, estime Chris Williamson, économiste à Markit. À force d'annoncer des mesures très dures, il ne peut plus reculer et doit imposer la rigueur. Pourtant, la croissance est déjà faible. » George Osborne sait que c'est son avenir politique - et celui de son gouvernement - qui se joue : avec un déficit réduit et une croissance maintenue, une réélection des tories en 2015 devrait être aisée ; en revanche, le retour de la récession risque d'anéantir tous ses espoirs politiques.Éric Albert, à Londre

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