L'IFO ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt de la conjoncture allemande

L\'Allemagne est-elle sur le point de (déjà) sortir de la crise ? Soumise depuis six mois à un ralentissement de son économie, les signes d\'amélioration commencent à s\'amonceler. Ainsi, l\'indice IFO du climat des affaires outre-Rhin a progressé pour le deuxième mois de suite en décembre. Certes, tout n\'est pas réjouissant : le niveau de cet indice en décembre, 102,4, est encore inférieur à celui de juillet dernier, l\'indice de la situation actuelle est en recul en décembre de près d\'un point et l\'indice des attentes demeure inférieur à 100, ce qui indique que les chefs d\'entreprise allemands prévoient toujours une contraction de l\'activité.EncourageantMais plusieurs éléments sont encourageants. Depuis octobre, l\'indice des attentes est remonté de 4,7 points. La confiance des entrepreneurs se redresse dans l\'ensemble des secteurs, mais particulièrement dans le commerce de gros et la vente de détail. Signe que la reprise de la consommation et la reconstitution des stocks sont en cours. Par ailleurs, preuve qu\'il s\'est produit un retournement durant le mois d\'octobre, les commandes à l\'industrie y ont progressé de 3,9 % après un recul de neuf mois. Ce sont principalement les commandes de l\'étranger (+6,4 %) qui ont permis d\'inverser la tendance. Voici donc le scénario d\'une reprise menée à la fois par le moteur de la consommation et celui du commerce extérieur qui se dessine. « Il y a de bonnes chances que nous soyons sortis de la période délicate des derniers mois », confirme Andreas Martin, président de l\'Association des banques mutualistes BVR.Pas d\'optimisme démesuréPour autant, il n\'est pas encore temps de faire preuve d\'un optimisme démesuré. Ces signes positifs portent sur le futur, pas sur le présent. Tous les économistes en conviennent : l\'activité de la fin de l\'année sera encore très faible. Le commerce mondial tourne toujours au ralenti, le marché de l\'emploi se porte moins bien et malgré la meilleure humeur des marchés, le risque lié à la crise euro n\'a pas entièrement disparu. C\'est ce qui explique l\'affaiblissement du sentiment lié aux conditions actuelles mis en lumière par l\'IFO. Les BVR prévoient une croissance de 0,2 % au dernier trimestre 2012.L\'inconnu de la demande externeMais ensuite ? Le frémissement sur les commandes extérieures enregistré en octobre ne devrait pas être suffisant pour assurer un vrai redémarrage. L\'accélération des pays émergents, qui est désormais la seule source de croissance pour l\'industrie exportatrice allemande, va se mettre en place lentement. Le calendrier de cette reprise va déterminer la vigueur de la croissance en 2013. L\'institut IWH de Halle, en Saxe-Anhalt, prévoit une croissance de 0,7 % avec une accélération des exportations dès l\'été. L\'institut RWI de Essen, dans la Ruhr, pense que la reprise de la demande extérieure sera plus faible en raison d\'une chute plus forte que prévu de la demande en provenance de la zone euro, rigueur oblige. Il ne table donc que sur une croissance de 0,3 % en 2013.Une demande intérieure atoneChacun s\'accorde en revanche sur la faiblesse de la demande intérieure l\'an prochain. Si nul n\'attend une vraie dégradation du marché du travail sur l\'année 2013, sa stabilisation ou la légère hausse du chômage devrait comprimer la consommation allemande et sa croissance sera vraisemblablement moindre que celle de cette année. RWI s\'attend à une hausse de 0,5 %, IWH de 0,4 % contre respectivement 0,7 % et 0,5 % cette année. Quant aux investissements, le point faible de la croissance allemande en 2012 avec un recul attendu de près de 3 %, ils pourraient au mieux se stabiliser si la reprise des commandes se confirme. Reste enfin la consommation de l\'Etat. L\'Allemagne a un peu de marge de manœuvre puisqu\'elle devrait équilibrer ses comptes publics dès cette année. Mais le gouvernement fédéral refuse toute idée de relance par la dépense publique. La CDU d\'Angela Merkel entend maintenir le rythme de retour à l\'équilibre des comptes fédéraux et voudra même en faire un argument électoral. Outre-Rhin, on ne fait pas campagne à coup de dépenses publiques. Compte tenu du blocage du Bundesrat dominé par le centre-gauche, se serait difficile. Du coup, l\'effet conjoncturel de l\'action publique devrait être pratiquement nul l\'an prochain. Au final, l\'impulsion de la demande extérieure devrait donc restée faible, voire inexistant. On comprend que Berlin envisage de réduire sa prévision de croissance pour 2013, actuellement à 1 %.  Les bonnes nouvelles de l\'IFO de ce mercredi ne doivent donc pas caché la forêt de la faiblesse conjoncturelle de l\'Allemagne.

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